Jeanne BENAMEUR
Jeanne BENAMEUR © RF / Anne Audigier

Les insurrections singulières

Jeanne Benameur envoie Antoine, ouvrier dont la vie part à la dérive, à l'autre bout du monde... à la redécouverte de lui-même.C'est l'un des plus beaux romans de l'année. Une invitation à laisser le monde entrer en soi, jusqu'à la métamorphose. Antoine, la quarantaine, "fait" l'ouvrier dans une usine de la banlieue parisienne. Il lui manque les mots. Ils sont là, pourtant, les mots, au fond de lui, tout au fond, coincés, incapables de sortir. Est-ce parce qu'il ne sait pas dire les choses que sa petite amie le plaque après quatre ans d'une relation hésitante ? Voilà Antoine seul, de retour dans la petite maison de ses parents. Face-à-face quotidien avec son père, ouvrier à la retraite qui confectionne des maquettes de bateaux qui ne verront jamais le large, avec sa mère, qui l'emmène vendre ses babioles sur le marché de Montreuil le dimanche. Antoine est perdu. Décalé. A l'usine, on lui a donné quinze jours de congés forcés : on délocalise. Au Brésil. Moins cher. C'est un dimanche au marché qu'Antoine va faire la rencontre la plus déterminante de sa vie. Marcel est libraire. Il vend des livres anciens. Un drôle de personnage, Marcel. On ne sait presque rien de sa vie passée, mais on imagine que ce solide gaillard a vécu à la lisière des grandes folies. Le travail, il sait ce que c'est et se garde bien de vitupérer ou de défiler. Sa femme est morte il y a longtemps. Tous les jours, il se rend sur sa tombe et lui lit quelques pages d'un livre. Sa manière à lui de ne pas vieillir. Marcel ouvrira à Antoine la porte de ce royaume qui se conquiert à n'importe quel âge : la lecture. Avec une grâce et une sensibilité peu commune, Jeanne Benameur évoque la rencontre de ces deux solitudes. Les passages dans lesquels elle décrit le lent apprentissage de la lecture, de la littérature, par Antoine, sont bouleversants et devraient être lus à haute voix à tous ceux qui croient ne pas aimer lire. Lorsque Antoine décidera de fuir quelques jours en solitaire au bord d'une plage pour faire le point sur sa vie qui part à vau-l'eau, Marcel lui fera parvenir un très vieux livre racontant l'histoire de ce jeune aristocrate français du début du xixe siècle, qui quitta son vieux pays pour le Brésil, où il fonda l'usine de sidérurgie qui, aujourd'hui, va remplacer celle de la banlieue parisienne. Déclic. Et voici Antoine et Marcel embarqués dans le même avion à destination... du Brésil. Changer la vie, clament les ouvriers syndiqués. Oui, répond ce superbe roman. Avec un livre. La vraie révolution n'est pas le Grand Soir, c'est le Grand Soi. François Busnel pour L'Express

programmation musicale

David Linx - Diederik Wissels - Maria Pia de Vito

Step away album: Our voice, three voicesparution: 2005

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