Didier Bezace
Didier Bezace © Radio France / Anne Audigier

Directeur du Théâtre de la Commune d'Aubervilliers joue Georges Clémenceau dans une fiction qui sera diffusée samedi 10 novembre sur France 3 et prépare la mise en scène de Que la noce commence au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers

Que la noce commence

d’après le film Au diable Staline, vive les mariés ! de Horatiu Malaele

scénario Horatiu Malaele et Adrian Lustigadaptation et mise en scène Didier Bezace au Théâtre de la Commune – Centre dramatique national d’Aubervilliersmar et jeu à 19h30, mer et ven à 20h30, sam à 18h, dim à 16h

L’histoire

Roumanie 2009, une équipe de reportage de la chaîne privée Paramedia parcourt le pays à larecherche des « faits étranges » qui s’y sont déroulés. Elle interviewe le maire d’une petitecommune, Mr Gogonea – qu’on appelait Gogonica quand il était enfant. Celui-ci la mène surun site industriel en ruine étrangement peuplé de femmes en noir fantomatiques et d’une vieilleprostituée insolente, Marinela, qu’il semble bien connaître. Aux journalistes curieux etimpressionnés par l’aspect lugubre du lieu, Gogonea explique que bien des années auparavant ily avait à cet endroit un village que les Soviétiques ont détruit pour bâtir une usine et que bientôtdes capitalistes européens vont reconstruire un autre village… de vacances celui-là. Mais ques’est-il passé réellement ici qui puisse expliquer le malaise diffus ressenti par les journalistes ?Gogonea se tait et regarde au loin. Son silence ému nous ramène 60 ans en arrière, trèsexactement quelques jours avant la fin du printemps 1953…À l’orée d’un grand champ de blé mûrissant, juché sur les épaules de son copain, Sile le nain, etarmé d’une vieille paire de jumelles, Gogonica, âgé d’une dizaine d’années, regarde Iancu etMara – une vingtaine d’années chacun – faire passionnément l’amour, comme chaque jour aumilieu des épis. Iancu est le fils de Vrabie et de Suzanna ; Mara, la fille d’Aschie et de Fira. Lelibertinage affiché des deux jeunes gens est un scandale permanent, une plaie ouverte dansl’honneur des familles, tout le monde est au courant – c’est d’ailleurs le seul qui passe dans levillage puisque l’électrification soviétique tarde à se réaliser et qu’on doit s’éclairer au gaz.Tout le monde en parle au café, notamment, où se réunissent quotidiennement les villageois,Coriolan, ancien professeur, poète et philosophe qui rêve de s’envoler et circule sur son grandBi ; Marinela, jeune et belle putain qui sirote sa prune entre deux passes ; Sandu, l’instructeurculturel régional ; Monsieur Gogonea, le père du petit Gogonica, maire du village chargé parles autorités soviétiques de l’éducation politique de ses administrés, tâche redoutable tant lesesprits sont rétifs au progrès révolutionnaire ; et tous les autres : la grand-mère de Mara, sourdeet paisible, son grand-père distrait et parkinsonien, le nain, Alexandru et Carnu, joyeuxalcooliques… Chaque jour que Dieu fait, les pères des jeunes gens, blessés dans leur honneur,se défient. Ils en viendraient aux mains, si l’imminente bagarre n’était empêchée in extremispar des « évènements » importants tels que la projection obligatoire, sur un vieux drap tendu,des actualités soviétiques ou d’un chef-d’oeuvre du cinéma russe, ou bien l’arrivée soudained’un cirque…Un jour enfin, au moment où l’affrontement entre les chefs de famille galvanisés par quelquesverres de prune, devient inévitable, Iancu annonce qu’il va épouser Mara. À la colère succèdentimmédiatement la liesse et la fraternité. Rassemblés au café, les pères s’embrassent, les mèrescommencent à préparer l’abondante nourriture qui réunira tout le monde autour de la table, lesfiancés essayent leurs beaux habits, Coriolan astique ses ailes, Gogonica portera un jolicostume, on répète les discours, on prépare des numéros, la noce aura lieu le ... ?« La noce n’aura pas lieu », déclare l’officier russe qui vient de surgir sur la place, flanqué d’untraducteur et du maire responsable de ses administrés : pendant une semaine et pour honorer lamort de Staline, petit père des peuples, roumain compris, il sera interdit de rire, de boire et dechanter…« La noce aura lieu quand même », confie Aschie aux convives consternés, elle aura lieu ensilence et dans la nuit.Ainsi devient-il l’ordonnateur pointilleux d’une étrange et muette cérémonie où l’on mangesans couverts, on trinque sans bouteille, on parle avec des gestes et on danse sans musique.4/17Il traque tout bruit suspect susceptible de dénoncer le déroulement clandestin de l’évènementqui lui tient le plus à coeur, le mariage de sa fille. Jusqu’au moment où les larmes de la mariéeattristée par tant d’énergie consacrée à camoufler le plus beau jour de sa vie, dans le secretd’une nuit volée à l’occupant, le font céder ; bouleversé par les pleurs de Mara, Aschie brise lesilence : « Que la noce commence !! »Elle sera tonitruante… mais brève, interrompue brutalement par le fracas d’un char russe quiéventre la maison et écrase sous ses chenilles tout ce qui se trouve sur son passage. D’une ballede révolver, l’officier soviétique abat Aschie, tue l’oiseau qui cherchait à s’enfuir avec ses ailesblanches de garçon d’honneur. Les hommes du village sont emmenés, les femmes sontreconduites dans les maisons, Gogonica s’est caché sous la table… « Que s’est-il passé,monsieur le maire ? », demande, en 2009, le journaliste en quête de « faits étranges », au petitgarçon devenu grand et maire lui-même, après son père, de cette terre dévastée. Il ne répondpas, il regarde les veuves glisser silencieusement au milieu des ruines industrielles. La camérade Paramedia tourne sous la pluie les images en noir et blanc de ce désastre.

« Clemenceau »

Clemenceau
Clemenceau © Radio France
### le 10 novembre à 20h35 sur France 3 Réalisation : **Olivier GUIGNARD** **Scénario : Serge** **BERSTEIN et Jacques KIRSNER** ### Résumé: 1917. Année terrible. Celle où les hommes se révèlent. Rien ne va, l'ennemi menace Paris. Les alliés sont battus sur tous les fronts. L'armée française se révolte. Le pouvoir politique est impuissant. Année où les gouvernants vont chercher l'homme qu'ils détestent. Pour son intégrité, sa puissance, son refus du compromis : CLEMENCEAU. Une enquête menée en 1924 par une jeune journaliste québécoise nous fait découvrir ce personnage complexe, hors du commun. Georges Mandel, le général Mordacq, Georges Wormser, parmi ses collaborateurs mais aussi Raymond Poincaré, Aristide Briand parmi ses adversaires, sans oublier son complice Claude Monet se retrouveront dans ce film, alors que des archives traitées de manière originale nous font plonger dans les années 1917-1924.
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