Marcel Ophüls révolutionne le film documentaire en 1969 avec "Le Chagrin et la Pitié". A l’occasion de la parution du livre "Dialogues sur le cinéma", co-écrit avec Jean-Luc Godard, il revient sur sa vie marquée par l’histoire du XXème siècle.

Le documentariste Marcel Ophüls
Le documentariste Marcel Ophüls © Getty / Chip Hires

Marcel Ophüls raconte une vie de combat pour imposer sa vision du film documentaire. Aux origines de sa combativité, une enfance marquée par la guerre et l’image d’un père “formidable”.

Max Ophüls, le père de Marcel Ophüls

Marcel Ophüls voue une grande admiration à son père, le cinéaste Max Ophüls : "un des grands génies du cinéma du XXème siècle”. Il confie ne s’être jamais senti écrasé par la stature et l’autorité de ce père célèbre. 

Max Ophüls était très lucide sur les enjeux de la seconde Guerre Mondiale : “Antinazi, il savait qu’on allait au casse-pipe."

Aux origines du film "Le Chagrin et la Pitié" 

Difficile pour Marcel Ophüls de définir exactement ce qui l’amène à tourner Le Chagrin et la Pitié : “C’est une suite de hasards qui font que les choses arrivent à leur heure.”

Le réalisateur remonte le cours de cette “suite de hasards” pour François Busnel, de sa rencontre avec le journaliste André Harris à son renvoi de l'ORTF en 1968. C’est à ce moment-là qu’il commence à tourner Le Chagrin et la Pitié avec pour seul moteur “son idéalisme”. 

La vie du film Le Chagrin et la Pitié est bousculée à toutes les étapes. Difficulté de financement, difficulté de distribution : le film sorti en 1969 ne sera diffusé à la télévision française qu’en 1981.

L’ORTF, institution “quasi-totalitaire”, dit Marcel Ophüls, refuse en effet de diffuser le documentaire qu’elle estime “diffamatoire” pour la résistance. Censure encore douloureuse pour le documentariste notamment quand il évoque Simone Veil, opposée à la diffusion du film : “J’ai eu à la subir !”

Pierre Mendès France, l’incorruptible

Des hommes politiques du XXème siècle, Marcel Ophüls ne sauve que Pierre Mendès-France : le plus brillant et le plus incorruptible.

Il pose un regard très dur sur François Mitterrand qu’il juge “cynique” et “arriviste” : “Je n’aimais pas ce mec bien avant l’histoire de Bousquet.”

De son enfance marquée par la guerre, il garde une peur intacte de l’antisémitisme et un rejet du Front National : “ces combats-là ne sont jamais gagnés.” C’est pour cette raison qu'il affirme : “On ne peut pas être neutre. On ne peut pas être pacifiste.”

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