Il sonde les secrets de famille. Il traque les ombre du passé, celle de l'Occupation à laquelle il a consacré ses grands livres, mais aussi celle des années 1960, beaucoup plus présentes dans ses derniers romans. François Busnel recevait l'écrivain à l'occasion de la parution de "L'herbe des nuits".

Patrick Modiano en 2015 à l'Elysée lors de la remise de la Légion d'Honneur
Patrick Modiano en 2015 à l'Elysée lors de la remise de la Légion d'Honneur © Maxppp / PATRICK KOVARIK / POOL/EPA/

Au cœur de son oeuvre et de son nouveau roman : Paris

Quel Paris ? Une topographie, une géographie, un univers, mais surtout une oeuvre. Ses premiers pas en littérature ont lieu en 1968 avec La place de l'Etoile publiée chez Gallimard, grâce notamment à Raymond Queneau, son ancien prof de géométrie. 

Quatre ans plus tard, il signe le scénario du film de Louis Malle, Lacombe Lucien. 

Quatre ans plus tard encore, il reçoit le prix Goncourt pour Rue des boutiques obscures. Depuis, il a publié quelques chefs-d'oeuvre comme Dora Bruder, Un pédigrée ou encore Dans Le café de la jeunesse perdue. 

Son nouveau roman s'intitule "L'herbe des nuits"

C'est une plongée dans le Paris interlope des années 1960, en un temps, donc, où l'iPhone n'existait pas. Un jeune homme rencontre un groupe d'étudiants, de pseudo étudiants, aux activités louches dans un hôtel de Montparnasse. 

Sont-ils vraiment les étudiants qu'ils prétendent être ? Qui est-elle cette Danny aux multiples identités et qui commandait invariablement Cointreau dans un bistrot parisien ? 

Le narrateur, lui, est un héros discret qui revient sur sa jeunesse à l'époque de l'affaire Ben Barka, jamais cité, si présente. Il avait vingt ans, tout comme l'auteur à l'époque. 

Extraits de l'entretien 

Patrick Modiano : "Quand on commence un roman, il y a toujours quelque chose qui déclenche le processus. Je me souviens qu'un dimanche je me suis retrouvé tout à fait par hasard du côté de Montparnasse. C'était dans la partie de Montparnasse plus périphérique. Celle où se dresse la tour qui a remplacé la gare et les rues avoisinantes, dont la rue d'Odessa. 

Et brusquement, cela réveillé certains souvenirs ou certaines images de ce quartier que j'avais connu furtivement dans les années 1960.

Ces souvenirs, ces impressions étaient fugaces. Il a fallu que d'autres sensations reviennent pour écrire ce livre.

Puis les sensations font que les souvenirs se mêlent à l'imaginaire. Cela provoque une sorte d'amplification comme lorsque vous revoyez en rêve certains événements de votre vie qui vous ont frappés : un bac raté, un moment de frayeur, un lieu angoissant... Les rues dans vos rêves sont les mêmes, mais elles sont aussi légèrement différentes. 

On n'est pas dans la nostalgie. On est dans l'intemporel.

Ce sont des choses qui resurgissent du passé. C'est comme quand vous retrouvez un disque vinyl familier gondolé. La musique sera déformée, mais vous la reconnaîtrez. C'est ce que j'essaye de traduire dans mes livres. 

Ecrire est un peu antinomique parce qu'à la fois, il faut se laisser dériver, faire la planche comme dans un rêve, mais en même temps, il faut diriger, et guider lecteur. Les surréalistes parlaient d'écriture automatique, mais là, c'est plus compliqué parce que l'écriture automatique, c'est quelque chose de très spontané. 

Or, là, il ne faut pas se réveiller du rêve. Mais en même temps, il faut une mise en ordre."

Choix littéraire et musical de l'invité 

  • Le livre : Manon Lescaut de l'Abbé Prévost
  • La musique : Ella Fitzgerald "Early Autumn" Mozart, concerto n°23 pour piano et orchestre et Django Reinhardt "Manoir de mes rêves"
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