Joyce Carol Oates est l’une des grandes voix de la littérature américaine contemporaine. Interviewée par François Busnel, elle évoque son enfance à la ferme, sa découverte des livres, son goût d’écrire et d’enseigner. Comment l'inspiration lui vient, les grands thèmes qui traversent ses livres.

Joyce Carol Oates au moment du prix Fémina (2005)
Joyce Carol Oates au moment du prix Fémina (2005) © Getty / Frédéric Souloy

Joyce Carol Oates

" JC Oates est l’une des plus grandes romancières contemporaines américaines. A l’occasion d’une exposition qui lui était consacrée, on la présentait comme la "wonder woman  de la littérature américaine, précisant qu’elle avait écrit en quarante ans, plus de 115 livres, 55 romans, 400 nouvelles, 8 livres de poésies et plus de 30 pièces de théâtres…".  Depuis elle a encore écrit bien plus d'ouvrages… 

Ses personnages sont ambigus, torturés, névrosés, aux prises avec les dysfonctionnements de la famille ou du couple. On croise des adolescents criminels, des adolescents martyrisés, des pères bourreaux, des tueurs en série, des kidnappeurs, des terroristes… mais tous racontent à leur manière l’histoire de l’Amérique, depuis la Grande Dépression des années 30 jusqu’à l’Amérique de l’après 11 septembre.

Livre après livre elle confronte la part civilisée de l’être humain à sa part de sauvagerie. Elle montre notamment comment les hommes et les femmes négocient avec la violence,  les lois, avec la mort… Ses grands romans s’intitulent Blonde (2000), Nous étions les Mulvaney (1996), ou encore Eux (1969) qui remporta le prestigieux National Book Award (l’équivalent du Goncourt aux Etats-Unis). On lui doit également un  passionnant journal (Journal, 1973-1982) magnifique réflexion sur la littérature et la vie de l’artiste. Elle a aussi publié un récit poignant sur la mort de son mari  et la chute libre qui l'a suivi, publié sous le titre J'ai réussi à rester en vie (2011). " François Busnel

François Busnel reçoit la romancière américaine alors que les éditions Philippe Rey publient Le mystérieux Mr Kidder  et peu de temps après la sortie du film Confession d’un gang de filles adapté d’un de ses romans par le réalisateur par Laurent Cantet.

Extraits de l’entretien : 

(propos traduits par Paloma Goulemot)

F.B : Quand avez-vous su que vous vouliez écrire ?

J.C.O : J’ai toujours écrit, même  petite, au tout début je dessinais des histoires en images au crayon. Puis en grandissant c’est devenu plus précis. A 14 ans, ma grand-mère m’a offert une machine à écrire et je me suis plongée dans les livres de Faulkner, Hemingway, Fitzgerald… la plupart des gens lisent sans s’intéresser à la structure des romans. Moi, ce qui m’intéresse c’est de comprendre la construction. La littérature était non seulement un plaisir mais une manière de comprendre comment écrire.

FB : Vous enseigner aussi la littérature, comment ces deux vies se nourrissent-elles ?  

JCO : L’écriture est une pratique obsessive et très solitaire, l’enseignement au contraire est une pratique très sociale. Ecrire me vide totalement, l’enseignement me communique au contraire beaucoup d’énergie. Passer une heure sur Hemingway avec mes étudiants me nourrit énormément, on s’amuse, on rit.

F.B Quels sont les souvenirs les plus anciens de votre vie familiale à la ferme ?

J.C.O : Il n’y avait pratiquement pas de livre, il y avait les histoires d’Edgar Allan Poe, celles d’Alice au pays des merveilles, ces deux livres m’ont beaucoup impressionnés.

F.B : Dans vos livres, il y a en effet le grotesque et la dureté de ces deux univers, mais vous, vous ajoutez la voix intérieure de vos personnages, comment avez-vous trouvé votre style ?

J.C.O : 

Je ne suis pas naturellement fantaisiste, je suis plus intéressée par les réalités sociales, notamment les tensions entre les différentes classes sociales, ceux qui ont de l’argent et ceux qui n’en ont pas… même si l’intériorité des personnages m’intéresse aussi.  

C’est le cas dans Le mystérieux Mr Kidder qui confronte les clients chics d’une station balnéaire et le personnel venu des banlieues pauvres de New Jersey…"

F.B : Comment voyez-vous l'évolution de la place de la femme dans la société américaine ?

J.C.O :  Les Etats-Unis sont un drôle de pays, très divisé et très divers ! Pour chaque avancée obtenue on fait trois pas en arrière ! Il y a encore des gens qui pensent que les femmes ne devraient pas travailler mais rester à la maison...  

F. B : Pourquoi y-a-t-il autant d'enfants maltraités, battus, violés... dans vos romans ?

J.C.O : Je pense que la tragédie est la forme artistique la plus élevée. C'est elle qui permet à un personnage de prendre conscience  de son courage, de qui il est. C'est comme dans les pièces de Shakespeare... Une comédie ne donnera pas la même profondeur. J'aime qu'il y ait une évolution possible pour triompher... 

Je ne crois pas que la littérature soit un art léger.

La suite à écouter...

Le choix musical de l'invité :

  • Erik Satie - Gnossienne n°3 - interprète: France Clidat

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