Le résistant défunt racontait, au micro de François Busnel, comment il prit la décision de s'engager pour sauver le destin de la France suite à la demande de l'Armistice, quelle fut sa réaction lorsqu'il vit pour la première fois Charles de Gaulle et entendit les mots solennels de l'homme providentiel en juillet 1940.

L’ancien membre de la Résistance française Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin, vétéran de l’Ordre des Compagnons de Libération à Paris, 2013
L’ancien membre de la Résistance française Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin, vétéran de l’Ordre des Compagnons de Libération à Paris, 2013 © AFP / Martin Bureau

Daniel Cordier a 19 ans lorsqu'il arrive à Londres en juin 1940. Jeune homme aux idées conservatrices, lorsqu'il se rend compte que la patrie est danger après la proposition d'armistice du maréchal Pétain à l'Allemagne Nazie, c'est un grand retournement qui s'opère dans la tête du jeune militant de l'Action française qui va se débarrasser de ses préjugés pour s'engager dans La France libre sous les ordres de Charles de Gaulle avant de devenir le secrétaire de Jean Moulin, une fois qu'il retourne en France après être allé à Londres : 

Le 17 juin 1940 : l'effroi devant la demande de l'armistice par le maréchal Pétain

À cette époque Daniel Cordier vendait encore les pages de L'action française et était un fervent partisan pour qu'un militaire soit au gouvernement, prêt à tout pour gagner la guerre et pour que le maréchal Pétain devienne le chef du gouvernement, alors certain que la guerre serait gagnée, que tout cela annonçait assurément la victoire. Il raconte comment il était certain que la France devait avoir à sa tête un homme qui lui permettrait de gagner la guerre contre les Allemands. 

Il raconte comment il reçut la demande de l'armistice, comment il se retrouva en pleine désillusion et sa culpabilité sur le moment estimant que si son père l'avait laissé s'engager, la situation n'aurait surement pas été la même. 

À ce moment-là j'étais amoureux, je pensais à me marier mais je l'ai quittée pour servir la France

Cet agissement de Pétain sonnait pour lui l'effacement, le retour à la réalité, et que l'heure était venue de sauver la France. Sa première idée avait été d'inviter ses camarades de l'Action française à prendre les voitures de leurs parents respectifs et prendre leur fusil de chasse pour aller à la rencontre de l'armée allemande qui défilait sur la route des Pyrénées. En décidant de rejoindre l'Afrique du Nord, le destin l'a finalement conduit à quitter Bayonne, le 21 juin 1940, pour gagner, à sa grande surprise, Londres.

"Sauver une France qui n'existe plus"

Dans les tous premiers jours du mois de juin, il raconte quelle sinistre atmosphère il régnait alors dans les esprits de la jeune garde de ce qui deviendra la France libre, comme dans l'esprit des Français reclus à l'idée de se faire à l'idée que la France était vaincue. 

La France n'existe plus en temps de paix. Il n'y a plus que des hommes et des femmes qui courent les routes, s'exilent de manière désespérée vers le sud

Il raconte dans quel chaos la France était plongée alors même que, pour une grande majorité des Français, la guerre semblait finie, et était dans l'attente que les Allemands donnent leur réponse à la proposition de Pétain quant à l'armistice. 

Après le discours de Pétain, la guerre est finie pour la majorité des Français

L'inquiétude vis-à-vis du destin de la France était si forte chez lui comme chez nombre de ses camarades qu'il explique à quel point beaucoup avaient peur d'être empêchés de partir pour Londres par leur parents.

La rencontre avec l'homme providentiel et le récit de son engagement 

Son engagement a été l'un des moments les plus bouleversants sa vie. Il raconte dans les moindres détails dans quel état d'esprit il était lorsqu'il s'est retrouvé à Londres dans ce fameux hall désaffecté au moment de s'engager avec ses autres camarades qui pensaient avec autant de ferveur qu'il fallait libérer la France. L'émotion à l'évocation de ce moment où il a fait exister la France, cette soirée où il savait qu'il devait bientôt rencontrer le général providentiel, mais aussi, par la simple voix de tous les jeunes gens qui entonnaient l'hymne national français. 

J'en ai encore les larmes aux yeux, c'est un souvenir merveilleux et bouleversant parce que la France n'existait plus à ce moment-là

Il passe également en revue les détails de tous ses agissements à Londres où il reste assez longtemps afin d'être formé à des missions qu'il décrit formidablement bien dans son livre Alias Caracalla (Gallimard, 2009). Ses souvenirs autant que les missions qui le formaient à la clandestinité, au sabotage, sa collaboration avec les services secrets, dirigés par le colonel Passy. Il avait 21 ans quand il écrit ses souvenirs et considère qu'avec ce qu'il a vécu, la vieillesse a commencé, pour lui, à l'âge de 25 ans.

Je suis venu pour venger la France. Je voulais faire mon devoir

Daniel Cordier avait 22 ans lorsqu'il était parachuté en France, auprès de Georges Bidault, puis ensuite auprès de Jean Moulin. 

📖 LIRE - Daniel Cordier - Alias Caracalla (Gallimard, 2009)

Les invités
Les références
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.