Lorsqu'il est parachuté sur le territoire français, Daniel Cordier devient le secrétaire particulier de Jean Moulin. Pendant près d'un an, il est sous les ordres de l'envoyé spécial du général de Gaulle. Sa mission unifier les réseaux de la Résistance intérieure.

Daniel Cordier en 1942
Daniel Cordier en 1942 © AFP / Musée de l’Ordre de la Libération

Après des mois, des semaines et presque une année et demie à attendre dans des camps de formation, Daniel Cordier est enfin envoyé en France. Il est désormais un agent des services secrets français parachuté en France libre. Et pourtant l'aventure qu'il avait tant souhaitée, ne démarre pas comme vous il l'aurait voulu. On lui annonce que sa mission consiste à devenir le radio d'un homme, mais un homme qu'il n'apprécie pas tellement. Même s'il ne l'a jamais rencontré, cet homme s'appelle Georges Bidault. 

"Avec Georges Bidault, ce sont les démocrates chrétiens qu'on tournait en ridicule à l'action française et tout d'un coup, avoir tant travaillé et avoir tant attendu pour être le radio et le secrétaire d'un adversaire, de quelqu'un en plus que je méprisais... 

Le jour ou le capitaine Bienvenue m'a annoncé ça, j'ai réagi. Je lui ai dit "quand même il y a deux ans que j'attends et Bidault c'est un adversaire politique". Il m'a répondu "Qu'est ce que vous êtes en train de dire? Il y a d'un côté la résistance et de l'autre côté, les collaborateurs. Bidault est dans la résistance et vous le servirez. Et point à la ligne ! "

La rencontre avec Jean Moulin

Tout commence sur une contrariété. Mais une fois sur place, Daniel Cordier est accueilli par Jean Moulin.

"Le représentant de la France libre en France était Jean Moulin, mais on ne connaissait pas son nom. Son nom de code était Rex, et c'est le nom que l'on nous donnait. Il avait l'autorité sur toutes les personnes qui venaient de Londres. J'étais le troisième. J'étais sous son autorité, c'est à dire que c'était à lui de nous indiquer ce qu'il fallait faire. Et puis, si ça ne marchait pas, de nous réprimander et au besoin de nous renvoyer à Londres. Il avait le pouvoir absolu." 

Daniel Cordier se met donc au service de Georges Bidault.. Mais pas pour très longtemps

"Celà faisait deux ou trois jours que j'étais à Lyon. L'adjudant Schmitt, qui était un de mes camarades de la France libre, qui avait été mon premier chef de groupe et qui était rentré dans le BCRA (Bureau central de renseignements et d'action) lui aussi, me dit "Rex veut te voir, rendez-vous sur la place principale de Lyon." Il faisait très chaud, il était 2h de l'après midi. Il n'y avait personne dans les rues et nous sommes montés dans les petites rues derrière la mairie. Et nous sommes arrivés dans un vieil immeuble. 

C'est une vieille dame charmante qui nous a ouvert la porte et qui a ouvert la porte du salon, un salon immense, qui devait faire 70 mètres carrés avec de très hauts plafonds. C'était très joli et sur la droite, il y avait un homme assis dans un fauteuil avec une chaise devant lui sur laquelle il y avait une masse de documents, qu'il était en train de feuilleter. Et quand la porte s'est ouverte, il a tourné la tête vers nous. Il s'est levé et il a dit bonjour à Schmitt et Schmitt a dit :"Je vous présente le nouveau, Bip W."

Rex s'est tourné vers moi, le visage très ouvert, avec un très joli sourire et il m'a dit "J'espère que tout s'est bien passé, que vous n'êtes pas trop fatigué". 

Voilà donc LA rencontre qui a changé la vie du jeune Daniel Cordier. Avant de se remettre au travail, Moulin demande à Cordier de le retrouver au restaurant Le Garet. Devant la mine ahurie du jeune homme il l'incite à aller acheter un plan. Arpentant les rues de Lyon, seul, Daniel Cordier se souvient d'avoir eu un sentiment de peur.

"Tout d'un coup, je me suis senti très, très seul dans cette rue et j'ai eu peur parce que je me suis dit. "Tout le monde voit que j'arrive de Londres, que je suis un agent et tout le monde va me dénoncer. C'est dans ma tête, c'est les premiers jours, c'est constant. Dès que je sors dans la rue, les gens me regardent souvent à cause de mon costume. L'habillement des gens qui venaient de Londres était hélas très différents de la majorité des Français, même des jeunes Français. 

Il suffisait de regarder simplement mes chaussures, qui étaient des chaussures assez exceptionnelles que j'avais commandées spécialement chez un chausseur de Londres. Je ne comprends pas d'ailleurs comment j'étais parti avec des chaussures comme ça. Elles étaient rouges ! Il suffisait de regarder mes chaussures pour comprendre que je venais d'ailleurs." 

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