A 25 ans, Daniel Cordier est déjà un vétéran. Il décide alors de quitter les services secrets, se tourne vers la peinture, devient collectionneur. Il lancera en France les carrières de Dubuffet ou de Rauschenberg, tout en restant fidèle à la mémoire de celui qu'il appelle le patron Jean Moulin.

Daniel Cordier
Daniel Cordier © AFP / Ulf Andersen

21 juin 1943, Caluire

Daniel Cordier n'a pas assisté à l'arrestation de Jean Moulin. Ce dernier l'avait envoyé en zone nord auprès de ses représentants et il n'a appris que quelques jours plus tard la terrible nouvelle. Après Caluire Daniel Cordier se souvient que la résistance n'était pas au mieux. 

"C'est d'abord un certain délabrement dans la zone occupée parce que la période des derniers moments de Jean Moulin était une période de très grande arrestation au sein de l'armée d'armistice, de l'Armée secrète, des résistants. Et heureusement qu'il avait été prévu que toute la direction partirait à Paris. La résistance a continué en zone libre. Mais la direction de la Résistance était à Paris et tous les chefs et secrétariats, etc. Parce que ça aurait été une hécatombe." 

Jusqu'en novembre 42, l'idée qui régnait, c'est qu'être arrêté par les Français, c'était regrettable, mais ce n'était "pas grave". Quand la Gestapo est arrivée en novembre 42 avec l'armée allemande, le problème a été tout à fait différent.

En décembre 1943, Daniel Cordier est "grillé", Il doit rentrer à Londres.

"Je m'en souviens avec un très grand remords, je dois le dire aujourd'hui, mais finalement, je ne voulais pas être arrêté. Me suicider. J'avais la pilule dans la poche. Mais est ce que j'aurai le temps et surtout ce que j'aurai le courage? 

Parce que c'est très beau de dire qu'on a une pilule pour s'empoisonner immédiatement. Mais il faut beaucoup de courage pour se suicider quand on a 20 ans. 

C'est une question dont j'avais parlé avec certains de mes camarades, dont j'étais très proche, parce que quand nous étions en Angleterre, nous savions que nous partions avec cette pilule. 

Moi, j'avais peur et je me disais, Si on me torture, qu'est ce que je vais dire? Est ce que je vais tenir ou au contraire, est ce que je vais tout dire? C'est à dire livrer tout, puisque je suis au centre de tout. Il y avait presque deux ans que j'étais en France, j'étais la plus longue mission, du BCRA et j'ai eu peur. J'ai eu peur de moi. 

Oui, si je prends cette pilule, je mourrai tout de suite. Mais est ce que j'aurai le courage de prendre cette pilule, je ne sais pas et je ne sais toujours pas.

La démobilisation

En 1946, Daniel Cordier est démobilisé. Il a 25 ans. Il devient chef de cabinet du colonel Passy à la tête des services de contre espionnage. Mais ça ne l'intéresse pas. 

"Est ce que c'est une carrière qui m'intéressait ? Probablement pas. J'ai fait de très mauvaises études puisque j'étais Action Française, je vendais les journaux, j'organisais des réunions, etc. Ma vie est tout à fait chaotique. 

Mon avenir c'était Jean Moulin. 

Mais ça, c'est probablement une idée d'enfant. C'est un attachement. C'est la première fois  dans ma vie que j'avais une responsabilité et une responsabilité croissante. J'étais responsable et tout d'un coup la disparition de Moulin, ça a tout changé. Mais ça, c'est une idée probablement enfantine. qu'est-ce que vous voulez, c'est comme cela." 

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