Eric Fottorino
Eric Fottorino © Radio France / Marine Beccarelli

Eric Fottorino

pour "Mon tour du Monde"

paru chez Gallimard

Résumé :

Vingt-cinq ans de ma vie je me suis levé tôt pour faire et refaire Le Monde, tâche de petit dieu stylo à la main et joie au coeur. Quel plus beau métier que de courir le monde pour un journal du même nom frappé en lettres gothiques ? Modeste rubricard de la bourse et de l'agriculture, grand reporter, chroniqueur, rédacteur en chef, directeur de la rédaction, du journal, patron d'un groupe de presse. tout s'est enchaîné si vite et si fort que j'ai longtemps pris ma vie pour Le Monde. Dans la jungle épaisse de ces pages vous verrez l'Afrique, quelques morceaux d'Asie et d'Amérique du Sud, la Russie quand elle était encore l'URSS et quand elle ne le fut plus. Vous verrez des Éthiopiens affamés sous la férule marxiste et le regard lumineux mais fragile de Mandela, l'arrogance de Bongo au Gabon, la sale trogne de Noriega au Panama. Vous sentirez à Madagascar, où régnait un dictateur désenchanté, des effluves entêtants de vanille. Vous traverserez le Mali jusqu'à Tombouctou sur la route du « Dakar » et rencontrerez Cheickh Hamidou Kane en peul philosophe, auteur jadis du plus beau livre sur l'homme noir confronté à la blancheur. Vous comprendrez à Carthagène, la ville de Garcia Marquez, pourquoi j'ai désespéré de voir le tiers-monde se développer. Vous verrez Mexico après le tremblement de terre, le Vietnam après le communisme, vous verrez du pays, des hommes et des femmes, des songes et des idées, des artistes, des savants, des puissants et des vaincus, des golden boys de 1987 et des ruinés de tous les jours, vous saurez des milliers d'histoires car le journalisme n'est que cela ; rencontrer puis raconter. Et recommencer. Puisque le temps passe et s'accélère, vous accéderez alors au saint des saints du Monde vu de l'intérieur, à ses montées d'adrénaline, à ses bouclages matinaux et périlleux, le chronomètre au ventre, le trac et la passion toujours au rendez-vous. L'aventure avait commencé avec un stylo et un carnet, une machine à écrire, et voici qu'à la lenteur enfiévrée succéda l'ordinateur froid que réchauffa jusqu'à l'explosion l'étincelle numérique. Vous suivrez l'incroyable révolution technologique de la presse écrite, l'irruption du multimédia et des journaux gratuits, les tremblements du papier menacé par la désaffection des lecteurs, l'effondrement des recettes publicitaires, des réseaux de distribution, du modèle industriel des imprimeries, la fin d'un monde. Vous apprendrez comment, élu par mes pairs à la tête de ce gros navire à la dérive, je me suis battu dos au mur, sans grands moyens, de crise en crise, pour tenter de sauver le plus grand journal français, dans un environnement de pressions politiques et financières incessantes. Vous verrez Le Monde comme enjeu de pouvoir et d'influence, les manoeuvres harcelantes du chef de l'État et de ses amis zélés, le cynisme de quelque conseiller ou grand banquier. Vous découvrirez mes précieux alliés dans la bataille. Vous comprendrez aussi que le plus beau journal du monde est traversé de contradictions, entaché parfois de médiocrités collectives qui tranchent avec le talent individuel. Que les apparatchiks d'une rédaction peuvent succomber sans broncher aux brutalités du grand capital.

Mon tour du "Monde"
Mon tour du "Monde" © Radio France

Choix musical de l'invité:

On the road again - Bernard Lavilliers __

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