Qu'est-ce que tu fais pour les vacances ? Des millions de personnes se posent la question, en particulier les familles, mais aussi les professionnels du tourisme. Alors, faut-il réserver maintenant ou pas ? Quelles garanties, s'il fallait annuler ? À quelles conditions la saison touristique peut-elle se dérouler ?

Quelles vacances pour cet été ?
Quelles vacances pour cet été ? © AFP / Jc Milhet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

12h30 - 13h : Quelles vacances cet été ?

Nos invités : 

  • Didier Arino, Directeur du Cabinet d'études et de conseil Pro Tourisme
  • Catherine Millet, Maire d’Étretat
  • Solange Escure , Directrice de la Fédération Nationale des Gîtes de France

Extraits ci-dessous de l'entretien 

Etat des lieux général du secteur du tourisme 

Didier Arino, directeur du Cabinet d'études et de conseil Pro Tourisme : "Le secteur du tourisme a subi un tsunami avec une mise à l'arrêt de la totalité de ce secteur. Cela veut dire qu'il y a 2 millions de personnes qui travaillent directement dans le secteur : 1,2 million de salariés et 700 000 non salariés ou indépendants. Donc, sur ces 2 millions de personnes, il y en a 90% qui ne travaillent pas. Et pour les salariés qui sont au chômage partiel, le secteur a d'ores et déjà perdu 40 milliards d'euros.

Ce sont des pans entiers de notre territoire qui sont à l'arrêt parce que fortement dépendants du tourisme. 

Il faut voir qu'une destination comme la Corse, un tiers de la richesse produite là-bas est lié au tourisme. Sur les territoires balnéaires, c'est entre 15 et 25%.  

C'est un secteur qui est sinistré et qui, de plus, n'a absolument aucune visibilité sur les périodes et les modalités d'ouverture.

Car, si certains peuvent encore louer leur gîte, il faut savoir que par arrêté administratif, les campings et les villages de vacances sont fermés, sans avoir de perspective sur une date d'ouverture.

Et puis, il y a aussi toutes les destinations balnéaires :

Si on dit que les plages sont fermées, le seront-elles ensuite un peu plus tard ? Mais le balnéaire sans la plage, c'est un peu compliqué !

Au-delà des acteurs du tourisme, d'autres filières sont impactées

Didier Arino : "Les ostréiculteurs ne vendent quasiment plus d'huîtres dans les destinations touristiques ; ça représente la moitié de leurs débouchés.

Les pêcheurs français distribuent la moitié de leurs pêches via les restaurants et ceux-ci sont fermés…" 

Peut-on partir en camping ?

Didier Arino : "On sait très bien qu'il faut mettre en place des protocoles. Certains ont beaucoup travaillé dessus, comme Gîtes de France, mais aussi la Fédération de l'hôtellerie de plein air, les campings. 

Une chaîne comme Flower Camping, qui est la plus grande chaîne répartie un peu partout en France, ou Sunelia pour une chaîne plus haut de gamme, ont décidé de louer un mobil-home sur deux pour permettre la distanciation et de laisser 24 heures entre deux locations, avec un protocole extrêmement sévère de nettoyage drastique.

On le voit aussi pour les piscines, où il y a tout un protocole qui a été mis en place : toutes les deux heures un nettoyage complet, une personne pour quatre mètres carrés, un travail sur les cheminements, des animations en petit groupe, des clubs enfants qui respectent de façon drastique la distanciation sociale… 

Tout ce travail a été fait, mais aujourd'hui, ils sont dans l'incapacité de savoir à quel moment ils vont pouvoir ouvrir ni avec qui. D'ailleurs, bon nombre décident de ne pas rouvrir parce qu'ils n'ont pas pu recruter leur personnel : il y a 50 000 saisonniers qui sont aujourd'hui sur le carreau parce que, compte tenu de l'incertitude de la venue de la clientèle étrangère (25% en moyenne des clients dans l'hôtellerie de plein air), c'est le flou le plus complet. 

Peut-on partir dans un gîte ?

Solange Escure, Directrice de la Fédération Nationale des Gîtes de France : "Des règles sont en train d'être préparées ; nous y travaillons dans le cadre du comité de la filière tourisme avec tous les acteurs du tourisme. Dans un premier temps, nous travaillons sur les mesures d'accueil et les mesures d'hygiène à mettre en place pour rassurer nos clients qui vont venir dans nos hébergements. Donc, on est déjà sur ce kit sanitaire d'accueil pour tous les hébergeurs. Et dans un deuxième temps, il y aura des modalités pratiques pour l'utilisation de la piscine, pour tout ce qui est spa, tous les espaces bien être.

Nous pensons que nous allons pouvoir louer nos hébergements. C'est un tourisme diffus, avec une répartition des hébergements sur l'ensemble du territoire, dans des petits hameaux en majorité. Les règles de distanciation sociale seront présentes.

Quand vous louez une maison avec un grand terrain, il n'y aura personne autour de vous. Donc, effectivement, nous avons une carte à jouer.

Peut-on être remboursé d'un séjour ?

Didier Arino  précise les conditions : 

> si le séjour est à venir : "on ne peut pas dire que fin juin ou fin juillet, on ne peut pas dire aujourd'hui si la réservation est en zone rouge ou non. Est-ce que les zones vont évoluer ? Donc, si le client de son propre chef décide d'annuler et si les conditions de vente ne lui permettent pas d'annuler, il perd son son acompte, voire la totalité de son séjour. 

> en revanche, si cela concerne le confinement présent ou passé : "si pour des raisons sanitaires, le client ne peut pas se rendre dans la zone de l'hébergement, dans ces cas là, il y a un à-valoir, c'est-à-dire un avoir qui lui permettra ensuite de consommer son séjour dans les 18 mois ou, à l'issue des 18 mois, d'être remboursé. 

C'est l'ordonnance du 25 mars : cette mesure a été mise en place pour protéger les opérateurs du tourisme de façon à ce qu'ils ne fassent pas faillite. Pour être très clair, ça permet de ne pas rembourser les acomptes, mais de pouvoir différer son séjour. Mais à l'issue des 18 mois, les clients auront le remboursement total".

Quand en saura-t-on plus sur les vacances ?

Tous attendent la décision prévue fin mai, qui va préciser dans quelles conditions les Français pourront partir en vacances.

Booking ou pas Booking ?

Didier Arino : 

Evidemment que quand on prend un séjour qui est non modifiable, non remboursable, et qu'on passe par une plateforme comme Booking, on se retrouve avec une entreprise qui ne pense qu'au profit. 

En revanche, quand on a affaire à des opérateurs qui sont basés en France comme Gîtes de France, à des opérateurs, des agences de voyages traditionnelles, à des opérateurs comme des chaînes de camping ou de villages de vacances qui sont basés dans l'Hexagone, on a beaucoup plus de chance d'avoir une compréhension et un respect du client".

Demain, un autre tourisme ?

Didier Arino : 

Cette crise doit nous faire penser à un autre tourisme. 

On était dans un tourisme de masse, où tout était rentabilité, investissement. D'un côté, des clients qui voulaient le prix toujours le plus bas et qui n'étaient absolument pas choqués de payer un billet d'avion 30 € pour traverser l'Europe alors que ce n'est absolument pas le coût.  Il va falloir qu'on soit dans un tourisme beaucoup plus responsable, beaucoup plus ancré dans les territoires, beaucoup plus inclusif. 

Le tourisme de masse, fait de selfies et de statut social, pour regarder les destinations de dos, va laisser certainement la place à un tourisme qui sera un tourisme beaucoup plus humain, beaucoup plus proche des territoires. 

Et si les professionnels ont le devoir d'être au service de leurs clients, je crois que demain, le touriste, le vacancier devrait être au service des territoires et des habitants de ces territoires par son apport, de façon à avoir un tourisme qui est un tourisme qui rapporte au territoire et plus à un tourisme qui pollue, un tourisme qui était devenu suicidaire". 

La suite du programme du Grand Rendez-Vous

12h56 : "Carnets de solution" de Philippe Bertrand. Les conséquences de la crise sanitaire Covid-19 auprès des personnes âgées de plus de 70 ans avec Martine Gruère, Vice-Présidente de l’association Old’Up 

13h : Le journal

13h30 - 14h : Le grand rendez-vous, le mag

  • "Le virus au carré" de Mathieu Vidard : Etes-vous prêts à vous faire tracer numériquement pour le suivi du Covid ? Avec Emmanuel Hirsch, Professeur d'éthique médicale, Président du Conseil pour l'éthique de la recherche et l'intégrité scientifique de l'Université Paris-Saclay et Directeur de l'Espace éthique de la région Île-de-France 
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