Les entreprises sont-elles tenues de distribuer des masques aux clients ? Quel est le coût des mesures sanitaires pour les entreprises ? Doit-on s'attendre à une vague de licenciements économiques ?

Les entreprises face au déconfinement
Les entreprises face au déconfinement © AFP / Amaury Cornu / Hans Lucas / Hans Lucas

12h30 - 13h : Les entreprises face au défi du déconfinement

Nos invités : 

  • François Asselin, président de la CPME (Confédération des Petites et Moyennes Entreprises)
  • Clément de Souza, directeur de l’entreprise de mobilier Access-sit
  • Serge Magdeleine, directeur de la transformation digitale du groupe Crédit Agricole
  • Benjamin Levy, directeur de l’entreprise de e-learning Gymglish 

Vos questions au 01 45 24 7000 et sur l'application France Inter, rubrique "Intervenez"

12h56 : "Carnets de solution" de Philippe Bertrand : Radio Velpo, la radio des enfants pour les enfants confinés.
Suzanne, 7 ans présente l’émission accompagnée d'une soixante d'enfants chroniqueurs en alternance, le tout coordonné par son papa, Jean Roussel

Les invités répondaient aux questions de Pierre Weill

Edouard Philippe a demande le maintien autant que possible du télétravail lors du déconfinement. Benjamin Levy, directeur de l’entreprise de e-learning Gymglish a 50 salariés dans son entreprise :  comment gérer ce télétravail ? "Ce ne sera pas un grand bouleversement, on est passés assez facilement au télétravail total le week-end du 15 mars et on va passer à partir du 11 mai dans un système basé sur les envies, les besoins et les contraintes de chacun. On va rouvrir partiellement notre bureau parisien et laisser chacun libre de venir ou de ne pas venir en invitant quand même les gens à rester en télétravail comme c’est la consigne, mais en permettant toutefois à certains de venir s’ils en ont besoin. Mais sur un rythme réduit avec un planning connu d’avance et en s’assurant qu’il n’y aura qu’un tiers de l’effectif normal présent au bureau."

Vous avez quand même besoin de personnel sur place pour réaliser ces vidéos de cours ? "Oui et non. Oui, mais finalement pour un nombre de tâches assez réduites. On peut faire beaucoup de choses en ligne et à distance. Sur la question de la faisabilité elle-même, notamment dans le cas des audios, on a besoin de se rendre sur place, mais cela reste très limité. En revanche, il y a des gens qui expriment le besoin de sortir un peu, dans le respect des règles sanitaires, donc on va quand même rouvrir la porte du bureau. Mais on a la chance d’avoir assez peu de choses à faire, qui ne puissent pas se faire à distance."

Que disent vos salariés de ce confinement ? Y a-t-il des traumatismes ? "Des traumatismes, pas que je sache aujourd’hui. On est inégaux face au confinement, certains sont seuls, d’autres sont en famille, d’autres dans des espaces vastes, avec des jardins. On a certains qui sont contents, qui sont prudents, d’autres qui nous ont exprimé le besoin de sortir. C’est varié, c’est pour cela qu’on va continuer de favoriser le télétravail, mais on va quand même ouvrir une porte à ceux qui 'n’en peuvent plus', bien qu’ils ne l’aient pas exprimés comme cela. Et non pas en revenant avec un rythme de quatre ou cinq jours par semaine au bureau, mais en essayant de rouvrir la porte du bureau et de permettre des petites réunions en présentiel et même si celles-ci ne sont pas impossibles à mener en ligne."

Vous allez changer la disposition de vos locaux pour garantir une sécurité sanitaire ? "Changer non, on va s’assurer qu’on n’ait pas plus d’un tiers de l’effectif présent au même moment. On a trois étages, donc on va s’assurer que la densité de personnes dans les trois étages et dans les pôles de bureaux soient limités, qu’on respecte bien la distanciation, qu’on nettoie régulièrement les poignées de portes, on a bien évidemment commandé des masques, du gel etc. Donc ce n’est pas un bouleversement, mais une configuration avec moins de demandes. Mais bien sûr s’il n’y a pas de volontaires pour venir, on se limitera aux quelques tâches qu’on ne peut pas faire en ligne."

Il y avait des open space chez vous ? "Il y en a, mais il y a aussi des salles fermées." Mais dans le nouveau contexte, les open spaces semblent dangereux : "Hier on a pu voir que l’Assemblée nationale est un open space, on nous dit de ne pas être trop proches les uns des autres. On va s’en assurer."

Pierre Weill pose des questions à François Asselin, président de la CPME (Confédération des Petites et Moyennes Entreprises) : Édouard Philippe a détaillé un déconfinement prudent, mais indispensable pour éviter l’écroulement de l’économie française, ce risque est là aujourd’hui pour les PME ? "A la base, on partait pour trois semaines renouvelées jusqu’au 11 mai. Maintenant on se rend compte qu’on va peut-être vivre avec cette situation pendant un an voire deux ans, tant qu’on n’a pas de vaccins, ni de thérapies efficaces. Nous devrons vivre donc travailler, avec cette épée de Damoclès. Ça ne sera plus pareil qu’avant. Pourquoi ? Parce que quand bien même que vous continuez votre activité, les mesures sanitaires sont telles que vous n’arriverez pas à retrouver notre niveau de productivité d’antan. Le risque dans tout cela, les collaborateurs que vous avez en chômage partiel, vous ne puissiez pas tous les réintégrer pendant cette année et ces deux ans devant nous."

Si on n’est pas assez prudents, l’épidémie va repartir. Si on pèche par excès de prudence, c’est l’économie qui risque de s’effondrer.

Que faire face à cela ? "Il faut maintenir les mesures d’aides aux salariés et aux entreprises, pour éviter que trop rapidement que le chômage partiel devienne du chômage tout court. Malheureusement, il y en aura. C’est aux entreprises et aux salariés de faire en sorte de développer d’autres solutions, de mettre par exemple, en formation beaucoup des collaborateurs de manière longue, collaborateurs dont nous aurons besoin lorsque la situation redeviendra normale. Quand on imagine des solutions sur une formation d’un, deux ou trois mois, on peut faire des outils intéressants, mais il faut penser à quelque chose de beaucoup plus long, donc peut-être imaginer des rotations entre personnels dont on aura besoin et qu’on ne peut pas réembaucher tout de suite."

Muriel Pénicaud disait ce matin qu’il y aura une baisse de la prise en charge du chômage partiel à partir du 1er juin : "On peut tout à fait comprendre que l‘Etat ne puisse pas porter les salariés du secteur marchand ad vitam eternam, mais maintenant si Muriel Pénicaud dit que le chômage partiel va en décroissant en terme de prise en charge pour les entreprises et bien on aura une croissance de licenciement économique. Chacun prendra ses responsabilités. Pour qu’une entreprise puisse perdurer elle doit équilibrer ses dépenses et ses recettes. Aujourd'hui c’est déjà un exploit de pouvoir le faire."

Si Muriel Pénicaud dit que le chômage partiel va en décroissant en terme de prise en charge pour les entreprises et bien on aura une croissance de licenciement économique.

Faisons une supposition, un salarié de PME avec les mesures sanitaires prévues, mais pourtant il est contaminé, est-ce qu’il peut se retourner vers son employeur ? "C’est toute la difficulté à laquelle nous faisons face. La CPME a dit dès le début qu'il fallait que tous les acteurs d’une entreprise prise travailler en confiance, c’est-à-dire que le salarié pourra toujours se retourner contre qui il veut, s’il est contaminé, comme tout Français. Mais la difficulté des mesures barrière, c’est qu’on est pas sûrs que la maladie ne vienne pas frapper un de vos collaborateurs. Donc qu’est-ce qu’il se passe ? On peut toujours reprocher à l’employeur de ne pas en avoir fait assez. Dans le Code du travail, il y a une obligation de moyens, il n’empêche qu’il y a quand même un Code pénal, donc on peut venir vous chercher en responsabilités. Il faut absolument que, s’il n’y a pas de faute intentionnelle de l’employeur, et même de ses responsables, il ne puisse y avoir de poursuites au pénal. Parce que d’un seul coup c’est toute l’économie qui peut s’arrêter parce que les gens ont peur de cette responsabilité qui nous dépasse. Un entrepreneur d’une petite entreprise choisira le tribunal de commerce plutôt que le tribunal correctionnel." 

Cécile pose une question à l'équipe : les entreprises sont-elles tenues de distribuer des masques aux clients ? "Non elles ne sont pas tenues. Mais vous avez entendu dans la bouche du Premier Ministre : demain un commerçant peut exiger que les gens soient équipés d’un masque en rentrant dans sa surface de vente. Là où on doit fournir ses salariés en masque, les gens qui viennent de l’extérieur dans votre entreprise, quelque soit la nature de votre activité, c’est à eux de s’équiper. Quand les masques seront en distribution, vous aurez certainement des distributeurs de masques chez les commerçants dans les mois qui viennent. Mais pour l’instant, il faut être responsable, et donc s’équiper."

Quel est le coût des mesures sanitaires ? "Il y a des coûts directs et indirects : les coûts directs ce sont les masques, les gels hydro-alcooliques… On peut en faire l’évaluation facilement. Quand on était déjà dans des métiers qui protègent ses salariés, c’est plus simple. Mais quand on est dans des métiers qui n’ont pas ses investissements, ce sont des coûts supplémentaires et il faut en prendre compte. Parce que le Premier Ministre propose à certaines communes de financer la moitié des masques nécessaires à la population, nous disons à la CPME que nous avons des cotisations ATMP (Accident du Travail-Maladie Professionnelle), on pourrait très bien défalquer les coûts de mesures sanitaires sur ces cotisations. Cela ne serait pas une aide directe mais la reconnaissance de l’effort que l’on fait pour protéger vos salariés. Pour les frais indirects, ce sont des frais lourds, comme le fait de nettoyer ses surfaces de travail toutes les deux heures, c’est un temps non-productif. Donc soit on a un client qui accepte de payer un peu plus cher, ou alors on est coincé par la concurrence, il va alors être compliqué d’équilibrer entre prix de vente et prix de revient." 

Pierre Weill se tourne alors vers Clément de Souza, directeur de l’entreprise de mobilier Access-sit : comment préparez-vous ce confinement ? Vous avez changé votre production pour ne pas pratiquer trop longtemps ce chômage partiel. "Entre le 16 mars et le 1er avril, nous avons arrêté notre production, étant donné que nos clients sont des restaurateurs et tous les chantiers s’étant arrêtés, on ne pouvait plus livrer. Donc nous avons été dans l’obligation de mettre les employés en chômage partiel. Cela a été la première étape, il a fallu ensuite mettre en place un PEG, avec l’espoir d’avoir un déconfinement assez rapide, pour pouvoir reprendre notre activité. Le PEG n’est pas éternel. Mais ce qui s’est passé : j’ai eu des amis qui ont été pris par le covid-19 et j'ai des amis chefs d’entreprise qui m’ont appelé et nous avons transformé notre production. Nous sommes passés de la production d’immobilier à la production de blouses. Nous avons créé un collectif qui s’appelle blouse pour l’hôpital, dans le val d’oise, qui rassemble 1 100 bénévoles qui sont des personnes de troisième qui sont chez eux et 288 bénévoles qui sont des livreurs. Et l’unité de production fabrique des kits prêts à coudre, nous en fabriquons 5 à 6 000 par jour. Les blouses sont distribuées aux hôpitaux du Val d’Oise."

Vos productions vont-elles être modifiées par les mesures sanitaires ?  "Evidemment, lorsqu’il a fallu reprendre une partie de notre activité, sachant que notre élan de solidarité a été suivi par la plupart de nos collaborateurs, 80% sont en activité aujourd’hui, les autres sont ceux qui prennent les transports en commun. On a mis en place un protocole pour les gestes barrière (masque, visière, gants, lavage de mains), donc cela réprésente 15% de travail en moins. C’est une contrainte. On a repris notre activité, pour certains clients. Mais quand on perd 50% de chiffre d’affaire en revenant dans une situation plus complexe, ce n’est pas simple à gérer, mais il est évident que ce sont des contraintes liées à l’entreprise, en ajoutant la crainte de ce qu’il va se passer après : si un collaborateur tombe malade, qu’est-ce qui se passe ?"

Pour finir cette émission Pierre Weill pose des questions à Serge Magdeleine, directeur de la transformation digitale du groupe Crédit Agricole.

Le Crédit Agricole a lancé une plateforme pour rassurer les salariés qui vont reprendre le chemin de l’entreprise. Coment cela va fonctionner et pourquoi voir mis en place cela ? "Elle n’est pas encore en place, elle est en co-construction avec la société OnePoint. Elle est partie d’une constat de beaucoup de chefs d’entreprise, c’est qu'au fond, la plupart des salariés ont envie de revenir au travail mais ont peur d’y contracter le Covid. Avec le fondateur de OnePoint, nous avons imaginé que la technologie nous permettrait de restaurer la confiance. La technologie permet de soigner des patients avec la télémédecine, elle permet de continuer l’économie avec le télétravail. Donc nous, on a créé CoPass, un pacte de confiance entre les salariés, les structures syndicales et les chefs d’entreprise, pour un retour au travail au plus juste par rapport au niveau de fragilité d’un collaborateur face au covid-19. Concrètement, cela se matérialise par une web app, avec un questionnaire médical et de santé, qui lui détermine un niveau de fragilité, face au covid et en fonction de cela on détermine un QR code avec un code couleur (vert, jaune, orange, rouge), pour que chacun entreprise détermine un protocole de travail le plus adapté au collaborateur."

Il n’y a pas un risque de fuite d’informations essentielles ? "Vous posez une question fondamentale qui est le traitement des données personnelles et leur sécurité. Cette web app n’est pas une application mobile, elle est sans traçage car sans données géographiques. Il y a trois points fondamentaux sur les données. Nous nous plions à toutes les réglementations en vigueur, notamment le RGPD et la CNIL, la confidentialité totale des données (l’employeur n’a aucun accès aux données de santé et personnelles du collaborateur), et enfin les données de santé puisque la loi l’exige, sont hébergées chez des opérateurs HDS (hébergeur de données de santé)."

13h : Le journal

13h30 - 14h : Le grand rendez-vous, le mag

  • "Le virus au carré" de Mathieu Vidard : le futur du toucher et du langage du corps avec Bernard Andrieu, philosophe du corps
  • #maviedeconfiné : vos messages sur le répondeur 01 56 40 68 68 
  • Antoine De Caunes et son choix musical : "Back on the Chain Gang" des Pretenders
    La version live qui figure sur l'album "Isle of view"
  • Le petit atelier de Vincent Josse: avec le pianiste Alexandre Tharaud
Programmation musicale
  • ETIENNE DE CRECYRevelation (instru secours)
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