Le danseur britannique d’origine bangladaise a présenté son spectacle "Outwitting the Devil" pour la première fois sur les planches d’Avignon. Il raconte à la table du Mag de l’Eté la genèse de cette épopée de Gilgamesh moderne et revient sur son parcours de chorégraphe à la renommée internationale.

Akram Khan
Akram Khan © AFP / CARL DE SOUZA

Dans Outwitting the Devil, présenté du 17 au 21 juillet dans la Cour d’honneur du Palais des papes d’Avignon, Akram Khan redonne vie aux douze tablettes en argile de L'Épopée de Gilgamesh. En ranimant les souvenirs du vieux protagoniste, il livre un récit qui épouse nos inquiétudes contemporaines, à l’heure d’une destruction des éco-systèmes. Sensible à la protection de la nature et des légendes qu’elle convoque, Akram Khan met à l’honneur la Terre-mère et aime faire converger les différentes origines et inspirations. Formé à l’école du khatak, danse traditionnelle indienne, il est repéré à 13 ans pour danser dans Le Mahâbhârata de Pierre Brook en 1985, avant de faire ses armes en danse contemporaine et de créer sa propre compagnie. Il s'impose rapidement comme l’un des plus grands danseurs sur la scène mondiale. 

Sa danse met en miroir les pratiques traditionnelles et modernes, dans un duo qui vient s’incarner dans des collaborations frappantes : il monte sur scène dans des performances contrastées et emportées avec le danseur belge Sidi Larbi Charkaoui, la danseuse étoile Sylvie Guillem, le danseur de flamenco Israël Galvan, sans oublier l’actrice Juliette Binoche en 2008.  Dans sa dernière création, il continue à faire dialoguer les cultures avec une troupe de danseurs internationaux, parmi lesquels le doyen français Dominique Petit.

Ses créations, tant en tant que danseur ou que chorégraphe, n’ont de cesse de faire dialoguer ces différentes pratiques dans des performances intimistes, parfois autobiographiques, comme dans Desh en 2011, souvent narratifs. Un récit par le corps qui honore la tradition du kathak, le nom de la danse signifiant « raconter des histoires » en sanscrit. En 2018, il tire sa révérence sur scène en tant que danseur avec le chant d’adieu Xenos, qui plonge dans son histoire personnelle et celle de sa région d’origine. La performance prend un virage politique, l'artiste y incarne un soldat inconnu de l’Empire britannique, paysan guerrier du nord de l’Inde, qui a officié pendant la première guerre mondiale. Un retour à des origines qu’il continue d’explorer depuis les coulisses, en tant que chorégraphe, sur les planches du festival d’Avignon.

Extraits de l'émission

Parmi les artistes qui l'ont inspiré, le danseur cite les artistes Michael Jackson, Cipres Tabar, Charlie Chaplin et Buster Keaton. Et le boxeur Mohammed Ali.

"Pour moi la dance est primaire ; il faut qu'elle vous arrive dans les tripes. Et peut-être un jour plus tard, ou un mois, ou même un an, votre cerveau va l'intellectualiser pour mettre dans des mots ce que vous avez ressenti. Car la vie n'est pas logique. L'art montre la vie, d'une façon toute tordue parfois. [...] Les grands œuvres que j'ai pu voir, dans les films, au théâtre : je n'ai pas toujours bien compris sur le moment, mais j'ai ressenti quelque chose de très profond". 

Je souhaite que les hommes politiques de nos jours soient remplacés par des artistes , car il faut qu'on aborde le monde d'une autre façon.

À propos de son spectacle, Outwitting The Devil, qu'il présente ce soir à la Cour d'honneur du Palais des papes : "Je suis émerveillé et j'ai peur. C'est un lieu extraordinaire, il y a une histoire - mais pas juste une histoire esthétique, mais aussi de sang. Nous allons danser dans un lieu où il y a eu des conflits. Ce qui m'intéresse, c'est comment transformer ceci et créer un lieu où vous pouvez vous permettre d'avoir une énergie positive. Ce lieu a eu une influence énorme sur ma nouvelle création". 

Dans l’agenda du mardi 23 juillet 

  • Le coup d’envoi du Paléo festival a été lancé aujourd’hui, pour six jours de musique. Plus de 210 concerts et spectacles au programme, parmi lesquels Charlotte Gainsbourg ce soir et Lana Del Rey demain. 
  • Le documentaire Chercher le garçon, de Marc Dufaud et Thierry Villeneuve, est en salle dès demain, et retrace la vie de Daniel Darc, chanteur du groupe vedette des années 198 Taxi Girl. Le fruit de 25 ans de tournage.
  • La 32e édition du festival Un Violon sur le Sable s'est ouverte hier. Chaque année à Royan, trois jours de concerts de musique classique sont organisés sur le sable, devant la mer. 

Programmation musicale

  • What do you mean, Skepta/J Hus
  • Je suis africain, Rachid Taha
  • Falsa baiana, Joao Gilberto
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