Nos critiques ont-ils apprécié la lecture "Bitna, sous le ciel de Séoul" de JMG Le Clézio, "Une vieille histoire" de Jonathan Littell, "Je ne suis pas une héroïne" de Nicolas Fargues, "Autoportrait de Paris avec chat" de Dany Laferrière, "L’héritage des espions" de John Le Carré ?

Le printemps point le bout de son nez... Quel livre lire ?
Le printemps point le bout de son nez... Quel livre lire ? © Getty / Chris Tobin

Pour débattre, Jérôme Garcin s'est entouré de Michel Crépu (NRF), Nelly Kapriélian (Les Inrockuptibles), Olivia de Lamberterie (Elle) et Arnaud Viviant (Transfuge).

« Une vieille histoire », de Jonathan Littell 

Douze ans après Les Bienveillantes (Prix Goncourt, grand prix de l'Académie française et près de 900 000 exemplaires vendus), le Franco-américain Jonathan Littell, qui vit par ailleurs à Barcelone, revient donc au roman. Ces dernières années, il avait surtout publié de brefs essais sur Francis Bacon ou le nazi belge Léon Degrelle, réalisé des reportages et un documentaire sur les enfants-soldats en Ouganda qui a été projeté à Cannes. 

Bref, si le livre s’intitule Une vieille histoire. Nouvelle version, chez Gallimard, c’est qu’il s’agit en effet d’une version augmentée d’un texte paru en 2012. Un roman labyrinthique et onirique en sept chapitres qui échappe au résumé et dont je laisse à Littell le soin de décrire le dispositif : « un narrateur sort d’une piscine, se change, et se met à courir dans un couloir gris. Il découvre des portes qui s’ouvrent sur des territoires où se jouent et se rejouent les rapports humains les plus essentiels ». 

Comprenez : la guerre et la sexualité, que Littell décrit de manière obsessionnelle et répétitive, comme dans la Ronde de Schnitzler (même si on pense plutôt à Lynch, à Robbe-Grillet et parfois au marquis de Sade). 

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« Une vieille histoire », de Jonathan Littell : les critiques du Masque et la Plume

► Le livre de Jonathan Littell est à retrouver chez Gallimard

« Bitna, sous le ciel de Séoul », de JMG Le Clézio 

Six mois après avoir publié chez Gallimard un roman, Alma, où il renouait avec ses origines mauriciennes, JMG Le Clézio est déjà de retour, avec Bitna, sous le ciel de Séoul, mais cette fois, c’est en Corée du Sud qu’il nous emmène. 

Il y raconte comment Bitna, une étudiante pauvre de 18 ans, imagine des contes pour maintenir en vie une autre femme jeune qui, elle, est condamnée par une maladie incurable. Dans un de ces cinq contes, il y a un ancien policier devenu gardien d’immeuble : il élève des pigeons voyageurs qui franchissent la frontière et portent des messages à sa famille de Corée du Nord.  

C’est, dit l’éditeur, « une fable urbaine où la ville de Séoul est la troisième héroïne ». Séoul où Le Clézio a enseigné la littérature française à la fac et où il continue de beaucoup séjourner.   

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« Bitna, sous le ciel de Séoul », de JMG Le Clézio : les critiques du Masque et la Plume

► Le livre de Jean-Marie-Gustave Le Clézio est publié chez Stock

« Je ne suis pas une héroïne », de Nicolas Fargues

Je ne suis pas une héroïne, c’est un roman de Nicolas Fargues, l’auteur de One man show et de Beau rôle qui, pour la première fois, se transforme en femme. Ou du moins son narrateur. 

Géralde est une jeune Parisienne de 30 ans d’origine camerounaise qui a fait un mémoire à la Sorbonne sur James Baldwin et Toni Morrison. Elle en a ras le bol « d’inspirer spontanément les mots tigresse, lionne ou panthère », elle juge les blancs trop condescendants mais, a contrario, les Africains lui reprochent de vouloir se blanchir. 

Le roman raconte les déboires amoureux de Géralde, son voyage en Nouvelle-Zélande, où elle suivait Pierce mais où elle tombe amoureuse d’Hadrien, un documentariste français. 

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« Je ne suis pas une héroïne », de Nicolas Fargues : les critiques du Masque et la Plume

► Retrouvez le livre chez P.O.L.

« L’héritage des espions », de John Le Carré 

À l’heure où Poutine et Theresa May croisent le fer, John Le Carré, 86 ans, ancien agent du renseignement britannique pendant la guerre froide, va redevenir très tendance.  Car il ne désarme pas. 

Deux ans après la sortie, en France, de ses Mémoires – Le Tunnel aux pigeons – l’auteur de La Taupe publie son 24e roman, L’Héritage des espions, traduit au Seuil par Isabelle Perrin. 

Peter Guillam, un vieil espion dont le fameux George Smiley était le mentor et qui passait sa retraite en Bretagne, doit aujourd’hui rendre des comptes. Il est rappelé à Londres par son ex-employeur  pour justifier une opération visant à déstabiliser la Stasi durant la guerre froide, expliquer pourquoi des innocents ont été sacrifiés au nom de la raison d’Etat, et comment, en 1961, l’espion britannique Alec Leamas et son amie Liz Gold ont été trouvés morts au pied du mur de Berlin.  

C’est aussi  l’occasion, pour le Carré, de rendre un dernier hommage à son héros récurrent George Smiley, officier de renseignement du Cirque qu’on retrouve dans L'Appel du mort, La Taupe, Comme un collégien ou encore Les Gens de Smiley, et qui porte aujourd’hui un panama….

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« L’héritage des espions », de John Le Carré : les critiques du Masque et la Plume

L'Héritage des espions est publié au Seuil

« Autoportrait de Paris avec chat », de Dany Laferrière

Et un livre étonnant, totalement fait main, si j’ose dire, et qui n’est pas sans me rappeler L’histoire du théâtre dessinée de feu notre ami André Degaine, c’est l’Autoportrait de Paris avec chat, de Dany Laferrière, chez Grasset. 

Québécois né à Port-au-Prince et membre de l’Académie française,  l’auteur de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer et de Comment conquérir l’Amérique en une nuit propose en effet, en grand format, la version calligraphiée, dessinée et colorée d’un véritable chant d’amour à Paris. « Tout mon mérite, écrit-il, vient du fait que peu de gens qui dessinent aussi mal que moi ont osé faire un livre de ce genre. Je recule, ici, jusqu’à l’enfance de l’art. » 

En compagnie d’un chat très bavard, il évoque donc le Paris de Balzac, d’Hemingway, de Vian, de Prévert, de Barthes, du Café de Flore et de l’Académie, où il a été élu au fauteuil de Montesquieu et d’Hector Bianciotti, il parle même de la « circo » d’Arnaud Viviant, et il reproduit son éloge de Bianciotti sous la Coupole. Pour Laferrière, « Dessiner est une autre façon d’écrire ».   

6 min

« Autoportrait de Paris avec chat », de Dany Laferrière : les critiques du Masque et la Plume

► Le livre de Dany Laferrière est publié chez Grasset

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