En compagnie du lauréat du 31e Prix des auditeurs, Emmanuel Mouret, pour "Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait", les critiques Sophie Avon, Nicolas Schaller et Xavier Leherpeur commentent le palmarès des films français et étrangers 2021.

Les deux lauréats du 31e Prix des auditeurs : Emmanuel Mouret pour "Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait" et Thomas Vinterberg pour "Drunk"
Les deux lauréats du 31e Prix des auditeurs : Emmanuel Mouret pour "Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait" et Thomas Vinterberg pour "Drunk" © Getty / Stephane Cardinale - Corbis / Daniele Venturelli / Contributeurs

Avec vos critiques

  • Sophie Avon (Sud Ouest)
  • Nicolas Schaller (L’Obs)
  • Xavier Leherpeur (7ème Obsession)

En présence du lauréat du film français, voici les résultats du vote des auditeurs du Masque & la Plume : 

Lauréat du Prix des Auditeurs des films français

1)   "Les Choses qu'on dit, les choses qu'on fait" de Emmanuel Mouret

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Le film présenté par Jérôme Garcin 

Emmanuel Mouret met en scène la ronde des sentiments amoureux. Daphné (Camélia Jordana) est enceinte de son compagnon François (Vincent Macaigne) qui est séparé de sa femme Louise (Émilie Dequenne). Ils sont en vacances dans une maison dans le Vaucluse où débarque, en l'absence de François, parti pour son travail, un cousin, Maxime (Niels Schneider), qui est traducteur et qui se rêve romancier. Pendant quatre jours, Daphné et Maxime vont se raconter leurs histoires d'amour respectives. Commence alors un enchaînement absolument virtuose de combinaisons sentimentales, d'imbroglio, de marivaudage, de jeux, de l'amour et du hasard au sens propre. 

▶︎ Disponible en VOD sur Universciné et Canal Plus puis en DVD.

2)  "Adieu les cons" de Albert Dupontel

NS : "Heureusement que Dupontel est là, avec ses cartoons sociaux qui font toujours du bien. Ça regorge d'idées, avec son talent de dialoguiste, des seconds rôles formidables. Malgré un sentimentalisme un peu forcé, il arrive à cette espèce de satire sociale un peu folle". 

Il y en a peu comme lui qui font ça

SA : "Je ne suis pas fan des films de Dupontel et, là, j'ai été embarquée. J'ai été émue en même temps que je riais. 

C'est vraiment un cinéaste artificier. C'est un feu d'artifice ce film, ça fonctionne

3)  "Eté 85" de François Ozon 

XL : "François Ozon peut mieux faire. C'est un film très personnel, peut-être trop personnel, qui n'arrive pas au bon moment de sa filmographie, mais qui a un charme et une solidité scénaristique et de mise en scène absolues".

SA : "C'est solaire et tragique. On redécouvre tout ce qui est au cœur de son cinéma".

NS : "Après Grâce à Dieu, c'est forcément un peu plus mineur". 

4)   "Antoinette dans les Cévennes" de Caroline Vignal

SA : "C'est un voyage intérieur, une psychanalyse sous le soleil, avec aussi la grâce de Laure Calamy".

NS : "C'est charmant cette espèce de Calamity Jane de l'amour". 

C'est un one woman show

5)   "Adolescentes" de Sébastien Lifshitz

NS : "Il y a un effet vraiment saisissant de voir ce passage de l'adolescence qui est crucial. Comment le déterminisme social et la vie séparent une amitié peu à peu". 

SA : "C'est très beau, et très fort. Cette métamorphose de ces jeunes filles qu'il filme en direct, en plus d'être au cœur du rapport mère-fille qui, je trouve, est filmé avec une acuité extraordinaire".

XL: "Il y a aussi le rapport amical, sororal entre ces deux filles, et comment la réalité historique et sociétale affluent". 

C'est un film magistral

6)   "Josep" de Aurel 

XL : "C'est tellement justifié. Il y a des propositions formelles. Il y a une façon de travailler le trait, de travailler la peinture, la charte graphique qui est complètement expressionniste, sur un sujet qui grave : la guerre d'Espagne. 

Le film est constamment à la bonne émotion et à la bonne distance

SA : "Cela montre comment l'animation arrive à prendre en charge un tel sujet. C'est magnifique".

NS : "C'est un hommage vibrant, au dessin de Josep Bartoli". 

Un film très étonnant et très singulier

7)   "La Fille au bracelet" de Stéphane Demoustier 

XL : "Une très bonne surprise. Un film inspiré d'une histoire vraie, d'un fait-divers avéré, qui arrive à trouver du romanesque et de la dramaturgie dans une salle de prétoire qui s'y prête. Tous les cinéastes ne savent pas le faire et Stéphanie Demoustier le réussit complètement".

SA : "C'est un film de procès, mais qui va à contre-courant du procès, parce qu'on ne va pas vers la vérité mais vers l'opacité. Ce paradoxe nourrit vachement le film, et il en fait un film passionnant".

NS : "C'est surtout le portrait d'une adolescente d'aujourd'hui, et de son rapport au réel, à la morale très insaisissables à l'époque des réseaux sociaux. Un film très rigoureux, mais un peu sage".

8)   "Effacer l'historique" de Gustave Kervern et Benoît Delépine 

SA : "Je n'aime pas le film. Je le trouve très expédié, un peu paresseux".

XL : "Cette guerre aux GAFA est assez savoureuse".

NS : "C'est peut-être un de leur meilleur, avec ce comique stoïque et un peu dépressif. Ils arrivent quand même à cristalliser quelque chose de l'époque, de cette espèce d'absurdité et d'inhumanité de l'ubérisation, il y a beaucoup d'idées, même si ce n'est pas toujours ça". 

9)   "Petit pays" de Eric Barbier 

NS : "C'est trop d'honneur pour un tel film. C'est un peu scolaire, même si c'est très compliqué de retranscrire à la fois le regard d'enfant sans édulcorer la rudesse du sujet. C'était très casse-gueule". 

C'est à moitié gentiment réussi

SA : "C'est très fidèle au roman. Sur le saccage de l'enfance, on s'attendait à quelque chose de pire avec Eric Barbier et, franchement, il s'en sort plutôt pas mal".

10)  "Enorme" de Sophie Letourneur 

SA : "J'aime beaucoup le film. C'est un film gonflé et en même temps assez sulfureux tellement il est iconoclaste, notamment sur le désir de maternité d'un homme, franchement, c'est formidable".

NS : "C'est à la fois très déroutant et absolument très salutaire. La manière dont elle inverse les clichés entre les hommes et les femmes et dont on a l'impression que les névroses des personnages font exploser les coutures. On croit que c'est un naturalisme au début et ça se révèle finalement être une farce". 

XL :" C'est à la fois une farce et un film presque d'horreur, parce qu'elle utilise le format carré. La manière dont elle fait rentrer Jonatan Cohen et Sophie Letourneur dans le cadre serré telle une espèce de prédateur qui veut absolument avoir une question de vie et de mort sur son épouse, c'est impressionnant. C'est un film qui m'a fait peur de temps en temps et que je trouve remarquable".

► Suivent dans l'ordre ►

11) "Un pays qui se tient sage" de David Dufresne

12) "Mignonnes" de Maimouna Doucouré

13) "Tout simplement noir" de Jean-Pascal Zadi

14) "Le Sel des Larmes" de Philippe Garrel

15) "Seules les bêtes" de Dominik Moll

16) "Cuban Network" de Olivier Assayas

17) "Paris-Brest" de Philippe Lioret

18) "Terrible Jungle" de Hugo Benamozig et David Caviglioli

Films étrangers

1)   "Drunk" de Thomas Vinterberg 

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Sophie Avon : "C'est un de ses meilleurs films même si je le trouve néanmoins un peu surclassé en première position. Ce n'est pas le meilleur film étranger de l'année. C'est un beau film à travers ce personnage de Mads Mikkelsen qui en fait peut-être beaucoup mais qui est filmé comme un type qui avait tout pour être heureux et s'aperçoit trop tard qu'il ne l'a pas été. À travers lui, c'est aussi le portrait d'un pays qui n'est pas heureux non plus". 

Nicolas Schaller : "Le film porte sur notre inaptitude au bonheur, ce qui rend le film plus intéressant qu'il ne l'est. Le film a beaucoup plu aussi parce que les circonstances sont favorables à son succès, avec la question de l'alcool. Le confinement a joué en faveur du succès du film. Il y a un lâcher prise assez jubilatoire". 

Xavier Leherpeur : "C'est un de ses meilleurs films même si je continue à le trouver un tout petit peu secondaire".

2)   "Séjour dans les monts Fuchun" de Gu Xiaogang 

Jérôme Garcin : "C'est absolument magnifique"

SA : "C'est magnifique. Comment un cinéaste aussi jeune a cette quiétude intérieure, cette ampleur. Il y a des choix de mise en scène très forts et, en même temps, il ne fait jamais le malin avec sa caméra. C'est vraiment superbe".

XL : "Un film somptueux. C'est l'antithèse du film "1917". C'est sophistiqué mais au moins personne ne vient appuyer le trait".

3)   "1917" de Sam Mendes 

XL : "Ça ne m'intéresse pas du tout. C'est un film d'exploit où il n y a aucun suspense puisqu'on suit un comédien du début jusqu'à la fin, dont on sait bien qu'il ne va pas sauter sur la mine à côté de laquelle il marche. Le plan séquence est une prise de pouvoir du metteur en scène, c'est l'antithèse du cinéma". 

NS : "Il y a néanmoins un génie, c'est le chef opérateur Roger Deakins dont Sam Mendes se sert pour faire passer cette odyssée très proprette, sans aspérités, pour un grand film sur la guerre. Il y a un problème d'incarnation. 

C'est entre le mauvais théâtre et la démonstration du jeu vidéo 

SA : "Ça mérite mieux que ça. C'est quand même un film qui dit aussi que quand on revient de la guerre, on revient mort, même si on revient vivant. J'ai trouvé ça fort".

4)   "Dark Waters" de Tood Haynes 

SA : "Comment le rêve américain a muté en désastre ? C'est ce que dit ce film magnifique. Un film très fouillé et très complexe. Il s'en sort très bien. Par sa maîtrise, par sa douceur, il en fait une élégie, un film poétique sur l'état de l'Amérique d'aujourd'hui".

NS : "C'est très beau, il donne son style au film, c'est presque filmé comme un thriller horrifique, avec cette menace invisible qui transparait (à la fois l'impunité des élites et de ce groupe industriel et, en même temps, de ce poison qu'on ne voit pas, qui infiltre l'image). 

Mark Ruffalo est habité par le rôle, il est vraiment très bon

XL : "Intéressant de voir comment un cinéaste de l'indépendance américaine new-yorkaise se prête au grand cinéma américain, avec un acteur qui prend puissamment le film. C'est extrêmement intéressant". 

5)   "La Communion" de Jan Komasa 

NS : "Le film est intéressant quant à la réflexion sur le pardon, la place de la religion dans la société polonaise. Ça démarre en trombe, et le film devient un peu plus convenu, compensé par un acteur et une mise en scène assez forte".

SA : "L'acteur est formidable, d'une intensité incroyable, mais un film un peu surclassé peut-être". 

XL : "Une force d'incarnation exemplaire. Le début brave tous les mystères possibles et inimaginables. La fin est un peu cartésienne, un peu trop démonstratrice". 

6)   "Ondine" de Christian Petzold 

SA : "C'est l'un de mes films préférés. Un film très délicat, ponctué de sortilèges, qui va vers le fantastique et qui, malgré ses sortilèges, est dans une justesse des sentiments, dans une vérité de l'amour, ce qui rend le film absolument bouleversant, magnifique".

XL : "Absolument somptueux, d'une fluidité dans l'interprétation, dans la mise en scène". 

C'est superbe !

7)   "Michel Ange" de Andreï Kontchalovski 

SA : "C'est du solide. C'est un beau film. Un portrait de Michel-Ange, à la fois roublard et génial, dans la rudesse d'un siècle où tout est sale, mais dans lequel règne une obsession de la beauté qui est très forte". 

XL : "Un film que j'aime beaucoup, avec un contraste entre le divin auquel le travail de Michel-Ange touche et, en même temps, la saleté dans laquelle il officie, y compris dans sa sexualité, dans son rapport pervers avec les gens qui vont le subventionner".

Un très beau film qui se gagne !

8)   "La Femme des steppes, le flic et l'œuf" de Quanam Wang 

JG : "J'ai adoré ce film" 

XL : "C'est une merveille. Un film qui fait vraiment confiance à la mise en scène de situation". 

Un film d'une poésie folle 

NS : "J'aurais préféré voir un documentaire sur cette bergère qui est fascinante. C'est beaucoup de désordre pour pas grand chose. Il y a un vrai sens du plan : ces steppes sont assez hypnotiques et fascinantes, mais, au bout d'un moment, je trouve le sujet assez fumeux".

9)   "Eva en août" de Jonas Trueba 

NS : "Un film très troublant, porté par cette actrice qui flâne dans les rues de Madrid. C'est gratifiant de voir ce film, cette chronique très sensible, assez juste, mais peut-être un poil longuette".

XL : "Un cinéma qui sait imposer sa temporalité et sa façon de regarder un personnage, une vile, un instant. C'est un peu long mais une fois qu'on l'a prise auprès d'elle, dans ses rues, le film se déroule comme il doit se dérouler". 

10)  "Dans un jardin qu'on dirait éternel" de Tatsushi Omori 

XL : "C'est une très bonne surprise qui conclut deux années durant lesquelles le cinéma japonais d'auteur a retrouvé ses lettres de noblesse. À la fois dans les films et auprès du spectateur. C'est un film qui était parfait pour cette année, pour cette période de confinement : il apportait de la sérénité, de la pureté, de la douceur et de l'exotisme.

C'est un film extrêmement intelligent, extrêmement féministe

SA : "J'avais très peur au départ parce que c'était un film sur les rituels, donc lent, contemplatif. Et, finalement, je l'ai trouvé haletant et captivant".

NS : "On apprend bien à faire la cérémonie du thé… Je suis beaucoup plus café. Bon ce n'est pas désagréable".

► Suivent dans l'ordre ►

11) "Le Cas Richard Jewell" de Clint Eastwood

12) "Tenet" de Christopher Nolan

13) The King of Staten Island" de Judd Apatow

14) "Yalda, la nuit du pardon" de Massoud Bakhshi

15) "Trois étés" de Sandra Kogut

16) "Bacurau" de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles

17) "La Llorona" de Jayro Bustamante

18) "Kajillionaire" de Miranda July

19) "Kongo" de Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav

20) "Chained" de Yaron Shani

21) "Beloved" de Yaron Shani

22) "L'Extraordinaire Mr. Rogers" de Marielle Heller

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