Nos critiques ont-ils aimé "Qui a tué mon père" d'Edouard Louis, "La disparition de Stephanie Mailer" de Joël Dicker, "Vers la beauté" de David Foenkinos, "Journal d’Irlande" de Benoîte Groult, "Mon autre famille" et "Chroniques de San Francisco 3" d'Armistead Maupin ?

Que pensent les critiques du "Masque et la Plume" des livres du moment ?
Que pensent les critiques du "Masque et la Plume" des livres du moment ? © Getty / Alexander Spatari

Pour en débattre, Jérôme Garcin s'est entouré de Nelly Kapriélian (Les Inrockuptibles), Olivia de Lamberterie (Elle), Jean-Claude Raspiengeas (La Croix) et Arnaud Viviant (Transfuge)

« Qui a tué mon père », d'Edouard Louis

On commence avec le très attendu troisième livre d’Edouard Louis, l’auteur d’En finir avec Eddy Bellegueule. Celui-ci s’intitule Qui a tué mon père, sans point d’interrogation et il est très court : 90 pages. Court et dense comme un monologue théâtral en forme de réquisitoire contre tous ceux qui, selon lui, ont rendu son père gravement malade, « presque mort ». 

Ce père ouvrier, alcoolique, violent, qui autrefois le frappait et le traitait de pédé, Edouard Louis le défend aujourd’hui contre les dominants – de Chirac à Macron en passant par Sarkozy et Hollande - dont les systèmes l’ont humilié, brisé, broyé, réduit à la misère. Des noms de présidents qu’il veut, dit-il, faire entrer dans l’Histoire « par vengeance ». 

Dans ce texte dédié à Xavier Dolan mais très inspiré par Bourdieu, le fils dit enfin à son père qu’il l’aime et se demande s’il est normal « d’avoir honte d’aimer »...

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"Qui a tué mon père" d'Edouard Louis : les critiques du Masque et la Plume

► Paru aux Editions du Seuil

« Vers la beauté », de David Foenkinos 

Vers la beauté, le nouveau roman de David Foenkinos, l’auteur de La Délicatesse et de Charlotte

Soit un professeur d’histoire de l’art, spécialiste de Modigliani, Antoine Duris. Oui, Duris, comme Romain Duris. Il quitte soudain sa bonne ville de Lyon, son bel appartement, son école des Beaux-arts et son divorce. Il débarque à Paris pour y devenir, le croirez-vous, gardien au musée  d’Orsay. Mathilde, la DRH qui l’engage ne comprend pas ce qui pousse un homme surqualifié à briguer un tel poste et se demande quel diable de secret il peut bien cacher. Duris, lui, ne pense qu’à une chose : dialoguer chaque jour avec la Jeanne Hébuterne qu’a peinte Modigliani. Et croire à « la puissance cicatrisante de la beauté » au prétexte que « les tristesses s’oublient avec Botticelli, les peurs s’atténuent aves Rembrandt, et les chagrins se réduisent avec Chagall. » 

8 min

"Vers la beauté" de David Foenkinos : les critiques du Masque et la Plume

► Le nouvel ouvrage de David Foenkinos est édité chez Gallimard

« Journal d’Irlande », de Benoîte Groult 

Journal d’Irlande - Carnets de pêche et d’amour 1977-2003 : c’est le journal posthume de Benoîte Groult, préfacé par sa fille Blandine de Caunes. 

La journaliste et romancière féministe, disparue en 2016, dont on lit toujours Ainsi soit-elle ou Cette mâle assurance, était partie, un jour de 1977, pour l’Irlande. Avec son troisième mari, Paul Guimard, l’écrivain des Choses de la vie et le conseiller, à l’Elysée, du président Mitterrand, elle y avait acheté une maison au-dessus de l’Atlantique Nord. Elle y passa 25 étés. 

D’abord pour sacrifier à sa passion : la pêche au homard, à la langouste, au carrelet, à la crevette, aux crabes. Mais, dans ce journal rédigé entre ses 57 et ses 83 ans, Benoîte Groult raconte, et sans chichis, son autre passion, aussi physique et gourmande que la première : pour son amant américain Kurt, de dix ans son aîné. 

Dans ce livre, qui est une manière de lutter contre ce qu’elle appelle « l’atroce vieillesse », on voit passer tout le gotha  rose de l’époque : François Mitterrand, Jean Glavany, les Badinter ou encore Régis Debray.  

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"Journal d’Irlande" de Benoîte Groult : les critiques du Masque et la Plume

► Le livre de Benoîte Groult est publiée aux éditions Grasset

« La disparition de Stephanie Mailer », de Joël Dicker 

Le nouveau roman, nouveau best-seller, de Joël Dicker, 33 ans, l’auteur genevois de La vérité sur l’affaire Harry Québert (trois millions d’exemplaires vendus, et bientôt porté à l’écran par Jean-Jacques Annaud) et du Livre de Baltimore

Un roman de 640  pages, qui se déroule, comme les précédents, aux Etats-Unis. Plus précisément à Orphea, une petite station balnéaire chic et imaginaire proche de New York, où un quadruple meurtre, dont celui du maire de la ville, a été commis en 1974. Vingt ans plus tard, la Stephanie Mailer du titre, une journaliste locale qui était sur la piste du coupable, disparaît dès le début du roman. Et les crimes reprennent de plus belle. Un policier, Jesse Rosenberg, enquête alors sur la disparition de Stephanie Mailer. 

Pour le reste, le style n’a pas changé : il n’y en a toujours pas. Sauf si l’on considère les expressions toutes faites (« l’étau se resserrait », « la tension était palpable » et « le sang ne fait qu’un tour ») comme des figures de style… On trouvera d’ailleurs dans ce polar des piques contre la critique pour qui « tout ce qui n’a pas de succès est forcément très bon…»

9 min

"La disparition de Stephanie Mailer" de Joël Dicker : les critiques du Masque et la Plume

► A retrouver aux éditions de Fallois

« Mon autre famille » et « Chroniques de San Francisco 3 », d'Armistead Maupin 

Double actualité pour l’Américain Armistead Maupin, 73 ans, figure tutélaire outre-atlantique du monde gay : d’une part la sortie du troisième volume de ses fameuses et brûlantes Chroniques de San Francisco, traduites par Michèle Albaret-Maatsch et Bernard Cohen, et d’autre part la publication de Mon autre famille, traduit par Marc Amfreville, un livre illustré de photos de Maupin à tous les âges et qu’il a dédié à « Christopher Turner, mon mari bien-aimé ». 

Cette autre famille, c’est celle des homosexuels, qu’il a épousée si j’ose dire à San Francisco, au début des années 1970, après avoir divorcé de sa famille biologique et réactionnaire de Caroline du Nord, dont il avait si bien adopté les valeurs qu’il s’était engagé dans la marine et avait servi au Vietnam. Bref, il publie en même temps son autobiographie et les chroniques de son accomplissement. Et, à la fin de Mon autre famille, il publie une lettre qu’il a adressée à sa mère en 1977, où il lui dit : 

Etre gay m’a appris la tolérance, la compassion et l’humilité, m’a fait entrer, Maman, dans la grande famille humaine...

3 min

"Mon autre famille" et "Chroniques de San Francisco 3" d'Armistead Maupin : les critiques du Masque et la Plume

Mon autre famille est publié aux Editions de l'Olivier

Les Chroniques de San Francisco 3 est édité également aux Editions de l'Olivier

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Prochain enregistrement le jeudi 24 mai

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