Nos critiques ont-ils apprécié la lecture de "Le Lambeau" de Philippe Lançon,"Sleeping Beauties" de Stephen et Owen King, "L'Echelle de Jacob" de Ludmila Oulitskaïa, "Au café existentialiste" de Sarah Bakewell, "La Femme qui ne vieillissait pas" de Grégoire Delacourt ?

Que lire en ce moment ? Les critiques du Masque et la Plume vous conseillent
Que lire en ce moment ? Les critiques du Masque et la Plume vous conseillent © Getty / Justin Pumfrey

Pour en débattre, Jérôme Garcin s'est entouré de Patricia Martin (France Inter), Michel Crépu (NRF), Frédéric Beigbeder(Figaro Magazine) et Arnaud Viviant (Transfuge).

« Le Lambeau », Philippe Lançon 

Le Lambeau, c’est le gros récit (500 pages !) que signe Philippe Lançon, critique culturel à Libération, chroniqueur à Charlie Hebdo et un temps critique au Masque (théâtre). 

Gravement blessé, le 7 janvier 2015, lors de l’attentat de Charlie, il raconte ici comment sa vie a basculé dans l’horreur, dans l’enfer. La scène de l’attentat, longue d’une soixantaine de pages, est presque insoutenable à lire. S’il n’est pas mort ce jour-là, une partie de lui est morte avec ses camarades. Les balles des frères Kouachi lui ont arraché la mâchoire, l’ont défiguré, en ont fait une gueule cassée. « Blessure de guerre » a dit le pompier qui le transportait. 

Le livre de Lançon court de janvier à novembre 2015. C’est-à-dire les mois d’hospitalisation à la Salpêtrière, où il a subi dix-sept opérations, et ensuite aux Invalides. Mois de souffrance (« Je ne souffrais pas, j’étais la souffrance »)  et de reconstruction : « Ma mâchoire inférieure ayant disparu, on avait greffé à la place mon péroné droit, accompagné d’une veine et d’un bout de peau de jambe qui, sous le nom de palette, me tenait lieu de menton ». 

Un livre très intime où il dit aussi ce qu’il doit à ses alliés substantiels, parmi lesquels Proust, Kafka, Thomas Mann, Vélasquez et Bach, sa « morphine ». Un livre bouleversant et impressionnant... 

11'27

"Le Lambeau" de Philippe Lançon : les critiques du Masque et la Plume

► A retrouver chez Gallimard

« Sleeping Beauties », Stephen et Owen King 

Il est encore question de femmes avec Sleeping Beauties, traduit par Jean Esch chez Albin Michel. 

C’est l’énorme (830 pages) roman cosigné Stephen et Owen King. Le père du fantastique et son fils cadet imaginent que les femmes du monde entier, frappées par la fièvre Aurora et engluées dans un cocon visqueux, tombent dans les bras de Morphée et sont inatteignables durant leur sommeil. Et si on tente de les réveiller, elles se métamorphosent en furies vengeresses et assassines. Ce qui provoque la fureur des hommes qui ne s’accommodent pas d’être privés de femmes. 

Une seule femme, Evie, qui habite Dooling, une petite ville des Appalaches, semble immunisée contre cette maladie. Elle communique avec les rats et avec la nature et elle est arrêtée par la shérif Lila pour avoir tué un dealer psychotique et violeur. ..

8'39

"Sleeping Beauties" de Stephen et Owen King : les critiques du Masque et la Plume

► A retrouver chez Albin Michel

« L’échelle de Jacob », Ludmila Oulitskaïa 

Elle était à Paris, en mars, pour le Salon du livre, c’est sans doute la plus grande romancière russe contemporaine : Ludmila Oulitskaïa publie L’échelle de Jacob,  traduit du russe par Sophie Benech. 

Le cœur de ce roman qui traverse le XXe siècle, c’est une malle dans laquelle Maroussia a placé sa correspondance avec son mari Jacob, entre 1911 et 1936. Leur petite-fille, Nora, découvre ces lettres et surtout l’histoire de sa grand-mère, féministe avant l’heure, danseuse rythmique et communiste, jusqu’au jour où Jacob est déporté au Goulag, en Sibérie, pour sabotage. Tout le monde, même leur fils, le père de Nora, tourne alors le dos à la belle, à l’ardente Maroussia. Nora a hérité d’elle : scénographe, elle est libre de ses idées et de ses amours, et elle élève son fils seule. 

6'25

"L'Echelle de Jacob" de Ludmila Oulitskaïa : les critiques du Masque et la Plume

► A retrouver chez Gallimard

« Au café existentialiste », Sarah Bakewell 

Cinq ans après avoir remporté un beau succès avec son livre sur Montaigne conçu comme un manuel de développement personnel – Comment vivre – l’Anglaise Sarah Bakewell revisite la bande de Sartre et  Beauvoir dans Au café existentialiste

La liberté, l’être et le cocktail à l’abricot, traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat et Aude de Saint-Loup. Un gros livre de 500 pages, mais conçu un peu comme une série télé

Ça commence en 1932, dans un café de Montparnasse, le Bec-de-Gaz,  où Sartre et  Beauvoir écoutent Raymond Aron, qui revient de Berlin, leur présenter la phénoménologie allemande, un verre de cocktail à l’abricot à la main : « Tu vois, dit Aron à Sartre, tu peux parler de ce cocktail, et c'est de la philosophie ! ». C’est le début de l’existentialisme, dont le QG est situé à Saint-Germain-des-Prés, ses bistros, ses caves de jazz, sa chanteuse, Juliette Gréco, sa trompette, celle de Boris Vian, ses amours contingentes, ses brouilles historiques, ses cols roulés, son ombre portée, celle de Heidegger, et bien-sûr ses œuvres, de  La Nausée au Deuxième sexe, en passant par Etre et temps. 

Un livre de vulgarisation, mais bien fait.

7'39

"Au café existentialiste" de Sarah Bakewell : les critiques du Masque et la Plume

► A retrouver chez Albin Michel

« La Femme qui ne vieillissait pas », Grégoire Delacourt

La femme qui ne vieillissait pas, c’est le nouveau roman / nouveau succès de Grégoire Delacourt,  l’auteur de La Liste de mes envies et de On ne voyait que le bonheur. Un conte sur l’éternelle jeunesse. 

Delacourt se glisse une nouvelle fois dans la peau d’une femme : la première, Jocelyne, était mercière et avait gagné au Loto, la deuxième, Emma, succombait à la passion amoureuse.  Et voici donc Martine, alias Betty, née en 1952 dans le Nord de la France, d’un père revenu d’Algérie avec une jambe en moins et d’une mère fauchée à 35 ans par un chauffard. Le père convole ensuite avec une vendeuse de chaussures, Betty fait des études à la Catho de Lille, rencontre André, un charpentier et compagnon du Devoir, l’épouse et lui donne un fils. Mais voilà, la trentenaire Betty, qui est directrice de création à la Redoute, réalise soudain qu’elle ne vieillit plus. « Me voilà, dit-elle, le rêve de toutes les femmes. » Un rêve qui va tourner au cauchemar

Son mari, paniqué, la quitte et son fils supporte mal qu’on prenne sa mère pour sa copine. Betty n’aspire plus qu’à redevenir comme les autres, c'est-à-dire vieillir inéluctablement…  « Je voulais vieillir auprès d’un homme bon, patient, et puis un jour être grand-mère, devenir ces petits vieux que l’on croise parfois dans un parc, sur un banc, qui se tiennent la main et dont les beautés ont déteint l’une sur l’autre. » Je ne vous dirai pas ce qui lui arrive à… 63 ans.

7'20

"La Femme qui ne vieillissait pas" de Grégoire Delacourt : les critiques du Masque et la Plume

► A retrouver chez Lattès

Les conseils

  • Arnaud Viviant : Kwaï, de Vincent Hein (Phébus).
  • Frédéric Beigbeder : Cosme, de Guillaume Meurice (Flammarion).
  • Jérôme Garcin : Le Chagrin d'aimer, de Geneviève Brisac (Grasset).
  • Patricia Martin : Une drôle de femme, de Leylâ Erbil (Belleville Editions).
  • Michel Crépu : Traversée, de Francis Tabouret (POL).

Prochain enregistrement le vendredi 20 avril

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