Dans les deux cas, Covid comme Brexit, la gestion britannique est confuse, pour ne pas dire catastrophique, en ce jour de rentrée scolaire à Londres et aussi de réunion de négociation sur l'accord commercial avec l'Europe. A tel point qu'on peut se demander si Boris Johnson sait ce qu’il fait. C’est le monde d’après.

Le premier ministre britannique lors d'une réunion avec ses principaux ministres ce 1er septembre au Foreign Office
Le premier ministre britannique lors d'une réunion avec ses principaux ministres ce 1er septembre au Foreign Office © AFP / TOBY MELVILLE / POOL / AFP

« J’ai un message pour les Français qui critiquent la gestion de l’épidémie par leur gouvernement. Venez chez nous : c’est 10 fois pire ». Voilà ce que me confiait cet après-midi un ancien ministre britannique. Et il faut bien le dire : le bilan Covid du Royaume-Uni est catastrophique.

D’abord, le bilan humain : près de 42.000 morts, chiffre probablement sous-évalué puisque les décomptes ne sont pas fiables dans les maisons de retraite. C’est beaucoup plus qu’en France. Ensuite le bilan économique : le produit intérieur brut a reculé de plus de 20% au 1er semestre, c’est la chute la plus importante, et de loin, de tous les pays européens. Déjà plus de 700.000 emplois sur le carreau.

Il y a ces chiffres, abstraits. Il y a surtout, très concrètement, une gestion calamiteuse du gouvernement :

  • Retard à l’allumage de près d’un mois sur les mesures de confinement au printemps ;
  • Cacophonie sur les examens de fin du secondaire et les conditions de port du masque dans les écoles ;
  • Annulation puis rétablissement de la quarantaine pour les arrivées de l’étranger, le tout sans aucun contrôle dans les faits, etc.

Résultat : de tous les grands pays, le Royaume-Uni est celui où la critique est la plus forte sur la gestion de l’épidémie par les pouvoirs publics. 54% de défiance. Et pour la première fois depuis des mois, l’opposition travailliste est au coude à coude dans les sondages avec la majorité conservatrice. Bref, zéro pointé.

Immobilisme et impréparation sur le Brexit

Et c’est donc aussi la cacophonie sur l’autre gros dossier, le Brexit ! Au début de l’été, Boris Johnson avait pourtant promis une « accélération des discussions ». Résultat : zéro.

Le compte à rebours a repris : l’accord commercial qui doit mettre le Brexit en musique doit être signé avant fin décembre, ce qui nécessite un « deal » de principe fin octobre, le temps ensuite que tout le monde ratifie. Et rien n’avance depuis des mois. Tous les négociateurs européens disent la même chose : la délégation britannique ne fait aucune proposition sur les dossiers clés et prépare à peine les sessions de discussion. Londres se contente de camper sur ses positions : utiliser la pêche comme un levier dans la négociation (ce qui pour le coup est de bonne guerre), mais surtout réclamer un accès libre au marché européen sans en respecter les règles. Et ça ne bouge pas d’un millimètre.

Qui plus est, à l’intérieur du Royaume-Uni cette fois, l’improvisation est de mise : les trois quarts des entreprises ne sont pas prêtes pour les conséquences d’un « no deal », par exemple une pénurie en approvisionnements venus du continent. Les discussions doivent officiellement reprendre lundi prochain. Pour l’instant, on va droit dans le mur.

Une partie de poker

Pour expliquer ce chaos, cette cacophonie britannique sur les deux sujets clés du moment, Covid et Brexit, on peut formuler deux hypothèses : l’amateurisme ou le calcul.

Première option : l’amateurisme. C’est possible. Même au sein du parti conservateur au pouvoir, certains députés qualifient la politique du gouvernement actuel de 

« girouette qui fonctionne au doigt mouillé selon le sens du vent »

Les dossiers sont mal préparés, l’improvisation règne. Dans plusieurs équipes ministérielles. Et jusque chez le premier ministre lui-même. « BoJo » est un showman pétillant, mais pas un bourreau de travail. Or ces deux sujets, Covid et Brexit, nécessite minutie et technicité.

Deuxième option : c’est une stratégie délibérée, le choix du chaos. Boris Johnson n'est pas un imbécile. Un peu de poker et l’espoir de ramasser la mise au bout du compte. En comptant, sur le dossier du virus, que les chercheurs d’Oxford seront les premiers à trouver un vaccin fiable. Et hop, les Britanniques auront alors sauvé la planète. En misant, dans le dossier du Brexit, sur le fait que les conséquences économiques d’une absence d’accord seront invisibles, parce qu’avalées dans l’impact global de la récession liée à l’épidémie. 

Et puis Boris Johnson peut se dire qu’il a du temps devant lui : les prochaines élections générales ne sont prévues que dans trois ans et demi. A un détail près quand même : nous parlons d’un régime parlementaire, et si le chaos s’installe, les députés sont donc à même de virer le premier ministre d’un jour à l’autre. 

Et la liste est longue des prédécesseurs de BoJo à être ainsi passés à la trappe.

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