Face aux manifestations et aux émeutes, Donald Trump a donc choisi la voie de la répression. Avec un discours très ferme hier soir sur « la loi et l’ordre ». Et son attitude fait penser à celle de son grand rival, le chinois Xi Jinping. Plus ça va, plus ces deux-là se ressemblent. C’est le « monde d’après".

La pose prise par Donald Trump avec une Bible après les émeutes a déclenché la réprobation d'une partie du clergé
La pose prise par Donald Trump avec une Bible après les émeutes a déclenché la réprobation d'une partie du clergé © AFP / Brendan Smialowski / AFP

Officiellement, ils sont le négatif l’un de l’autre, des ennemis jurés : guerre commerciale, querelle sur le virus, accusation mutuelle d’espionnage, tension militaire en mer de Chine, etc. Sauf que plus ça va, plus leurs images se superposent dans un miroir.

D’abord, il y a donc ce choix commun de la répression. Référence au shériff pour l’un, au garde rouge pour l’autre. Mais le résultat est le même. Trump en appelle, je cite, à la « domination par la force », à la Garde Nationale et à l’armée face aux émeutiers de Minneapolis et d’ailleurs. Xi Jinping, lui, accroit peu à peu la répression contre les manifestants à Hong Kong où il promeut une nouvelle loi de sécurité nationale. Dans les deux cas, les deux dirigeants assimilent les manifestants exclusivement à des casseurs ou anarchistes et jamais à des militants épris de liberté et de justice.

Ils adoptent donc la posture de la loi et de l’ordre. Le but c’est d’abord d’exploiter la peur d’une partie de la population face au désordre. Peur bien présente aux États-Unis comme en Chine. C’est donc un discours qui peut plaire. 

Et l’un comme l’autre, ils portent ce discours d’une façon ultra personnifiée. Le pouvoir c’est moi. L’ordre c’est moi. Chacun à leur façon, Trump et Xi Jinping entretiennent le culte de la personnalité.

Culte de la personnalité et méthode de déni

Ajoutons le culte du déni et du mensonge car ce sont des orfèvres en la matière.

Leur penchant naturel à la dissimulation est accentué par le fait qu’ils soient tous deux sont en position de faiblesse. A 5 mois pile des élections, Trump est devancé par Biden dans tous les sondages. Et en Chine, plusieurs témoignages laissent penser que Xi Jinping est contesté au sein du parti.

Résultat, le déni. Déni des tensions sociales et des inégalités : en Chine, ce sont les travailleurs migrants, les Mingongs, qui en sont les victimes. Aux États-Unis, ce sont les Afro-américains : patrimoine médian 10 fois inférieur à celui des Blancs.

Déni ou dissimulation également sur l’épidémie de Covid : impossible de connaitre avec certitude le nombre exact de victimes en Chine. Même chose aux États-Unis, où il n’y a pas de chiffres fiables sur les morts en maisons de retraite. Et où Trump n’a cessé de minimiser le sujet, prédit la fin du virus à Pâques, etc. On connait la suite : près de 110.000 décès et c’est loin d’être fini.

Face aux risques d’explosion sociale, tous les deux font de surcroit le même pari : éteindre le feu par la reprise économique, par la création de richesse. C’est la planche de salut de Trump : apparaître d’ici novembre comme l’homme qui redresse une Amérique aujourd’hui engluée dans le chômage.

La Bible, le petit Livre Rouge et l'ennemi extérieur

Et les voilà donc assez proches de se faire la guerre. Et en cela aussi ils se ressemblent ! C’est logique. Là encore, leur stratégie est la même : cultiver le nationalisme, cimenter sa propre population autour de soi en désignant un ennemi extérieur. 

Même stratégie, et mêmes outils : la propagande, les fausses informations. C’est flagrant sur le virus, où Pékin comme Washington font assaut d’insinuations pour s’accuser mutuellement d’avoir créé le Covid de toutes pièces. Le tout via via le numérique. Trump tweete. Et Xi Jinping, lui, fait développer une application à sa gloire, version moderne du « petit livre rouge », le Xuexi Qiangguo. Objectif : désinformer.

Dans cette logique, Trump ajoute un ingrédient : la Bible, son petit livre rouge à lui. Et peu importe que sa foi soit douteuse, il n’utilise la religion que par calcul électoral.

Résumons-nous : bien sûr, les deux régimes sont différents mais plus les jours passent, plus Trump et Xi Jinping se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Et comme on a affaire à deux dirigeants orgueilleux et blessés, ça n’augure rien de bon.

On souhaite à l’Europe de se tenir à distance de l’un comme de l’autre.

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