Emmanuel Macron était en Irak aujourd’hui, après avoir passé un moins de 48h au Liban. Et ce double déplacement est le dernier acte d’un été où la diplomatie française s’est montrée hyperactive. Mais cette frénésie comporte aussi des limites et des risques. C’est le « monde d’après ».

Emmanuel Macron avec son homologue irakien Barham Saleh lors de son déplacement à Bagdad ce 2 septembre
Emmanuel Macron avec son homologue irakien Barham Saleh lors de son déplacement à Bagdad ce 2 septembre © AFP / Sabah ARAR / AFP

Le constat saute aux yeux : ça ne s’est pas arrêté de l’été ! Paris a fait feu de tout bois depuis début juillet : les conseillers diplomatiques d’Emmanuel Macron et le ministre des affaires étrangères n’ont guère eu de vacances.

Aujourd’hui, c’était donc Bagdad : une visite express le temps de réitérer le soutien français à la lutte contre le djihadisme dans un pays pris entre l’ingérence iranienne et l’ingérence américaine. Hier et avant-hier, c’était le Liban. Deuxième visite en moins d’un mois, après le déplacement éclair suite à l’explosion dans le port de Beyrouth début août. Objectif : mettre la pression sur les dirigeants politiques des différentes confessions libanaises.

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Et auparavant, il y avait eu :

  • La rencontre avec Angela Merkel à Brégançon sur fond de crise en Biélorussie, au Mali et au Niger ;
  • Le déploiement militaire en Méditerranée (une frégate, deux avions, un porte hélicoptère) pour contrer les velléités turques sur les eaux grecques ;
  • Et en juillet le long sommet européen où Paris et Berlin ont pesé de tout leur poids sur le plan de relance post confinement.

Bref, deux mois d’activisme international non-stop. Et sur le plan intérieur, la séquence semble d’ailleurs avoir profité au chef de l’État : 54% des Français estiment qu’Emmanuel Macron défend bien les intérêts de la France.

La puissance du verbe et des symboles

La première critique souvent formulée est celle de l'efficacité: la France remue beaucoup d’air, mais avec peu de résultats concrets. C’est une critique un peu facile et en partie injuste.

C’est injuste parce que, certes la France est inefficace en Libye ou en Syrie, mais elle ne l’est pas sur tous les sujets. Après un long travail de préparation avec Berlin, Paris est parvenu à ses fins sur le plan de relance européen : 750 milliards souscrits solidairement par les 27. Et sur le dossier libanais, Emmanuel Macron n’est pas reparti de Beyrouth les mains vides : un nouveau gouvernement doit être constitué d’ici 15 jours. L’espoir de voir les leaders confessionnels mettre un mouchoir sur leurs intérêts personnels, est faible, mais il existe désormais.

C’est aussi une critique un peu facile parce que les relations internationales ne sont pas qu’une histoire d’actes et de résultats : elles se jouent aussi sur la puissance du verbe. La France est désormais une force de second rang sur le grand échiquier géopolitique, donc c’est aussi en parlant haut et fort qu’elle peut espérer conserver son aura. De ce point de vue, le déplacement ultra rapide à Beyrouth début août était un symbole efficace. 

Discrétion sur Hong Kong, silence sur l'Afrique

En revanche, on peut formuler deux autres critiques, plus pertinentes à mon sens, sur cette frénésie diplomatique.

La première, c’est le deux poids deux mesures. La France est hyper active sur certains dossiers, mais très discrète voire silencieuse sur d’autres. Discrète sur Hong Kong. Loin des positions fermes tenues par l’Allemagne : hier le ministre allemand des affaires étrangères a formellement demandé, en présence de son homologue chinois, le retrait de la loi sur la sécurité à Hong Kong. Silencieuse sur les campagnes électorales à haut risque qui se dessinent en Afrique Noire. En Guinée comme en Côte d’Ivoire. Avec deux présidents prêts à briguer un 3ème mandat grâce à des tripatouillages constitutionnels. Le tout avec la bénédiction de Paris.

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La deuxième critique pertinente, c’est le risque de l’isolement. Sur le Liban, la France est bien seule à agir. Pas sûr que ça suffise malgré nos liens historiques privilégiés. L’Europe ne suit pas. Sur la Turquie, même chose. L’Europe ne suit pas. Et l’Allemagne se positionne en médiatrice, loin des postures guerrières de Paris. Sur la Russie, le « dialogue stratégique » prôné par Emmanuel Macron avec Moscou reste mal compris à Berlin et à l’Est de l’Europe. 

Un diplomate étranger a cette formule amusée : 

La France voudrait que l’Europe parle d’une seule voix, mais à condition que cette voix soit celle de la France

Comme ça ne peut pas marcher, Paris prend le risque de se retrouver tout seul.

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