Le Brésil est désormais le pays à connaître le plus grand nombre de décès quotidiens du coronavirus. Et le président Bolsonaro a beau gérer l’épidémie de façon catastrophique, non seulement il tient, mais menace de durcir le régime. C’est le « Monde d’après ».

Dimanche 31 mai Jair Bolsonaro s'est livré à Brasilia à un nouveau bain de foule sans aucune mesure de protection malgré le virus
Dimanche 31 mai Jair Bolsonaro s'est livré à Brasilia à un nouveau bain de foule sans aucune mesure de protection malgré le virus © AFP / EVARISTO SA / AFP

Cette vidéo date d’une grosse semaine. Elle est hallucinante. On y voit Jair Bolsonaro, lors d’un conseil des ministres, appeler ses partisans à prendre les armes. Le moment est stupéfiant. C’est donc comme ça, en prônant l’insurrection armée, que ce président d’extrême droite entend répondre aux critiques et aux enquêtes ouvertes contre lui par la justice fédérale brésilienne. 

Et tout ça se produit au moment où le Brésil vit un carnage. 560 000 personnes contaminées, officiellement 31 000 morts mais les épidémiologistes évoquent des bilans très supérieurs, 100 000, 200 000 décès, peut-être davantage. Le pire au monde avec les Etats-Unis. Et des ravages dans les quartiers populaires de Sao Paulo ou de Rio. Comme vous le racontent nos envoyés spéciaux sur place Olivier Poujade et Arthur Gerbault.

Et en face que fait Bolsonaro ? Il parle de la maladie comme d’un rhume, ne porte jamais de masque, s’offre des bains de foule, voit dans la choloroquine la solution à tous les problèmes, dénonce « la promotion de l’homosexualité par l’OMS », vire son ministre de la santé et entame le "déconfinement". 

Incompétence. Obscurantisme. Trump puissance 2. C’est dire. Et bien malgré tout ça, non seulement il est toujours là, mais il est à l’offensive.

Généraux nostalgiques et pasteurs évangéliques

C’est possible parce qu’il a des soutiens. Le premier ce sont les groupuscules d’extrême droite. Désormais il les fait défiler dans la capitale Brasilia, un peu sur le mode d’un rassemblement du Ku Klux Klan. En tête de liste, son fils Eduardo qui appelle, je cite, à « punir les juges ».

Ensuite, il y a les Eglises évangéliques, en pleine ascension ces dernières années au Brésil, elles séduisent déjà 30% de la population.  De nombreux pasteurs de ces Eglises nient le danger du coronavirus.

Et puis il y a l’armée. Les militaires occupent déjà un tiers des postes ministériels, dont le général Mourao à la vice-présidence. Or une partie de l’Etat major de l’armée (et de la population) est nostalgique de la dictature militaire.  Certains invoquent déjà le recours à l’article 142 de la Constitution qui pourrait permettre au président de s’arroger presque tous les pouvoirs.

Et puis Bolsonaro joue sur son image d’incarnation de l’ordre. Il cherche à séduire en se posant comme le seul capable de mettre fin à la criminalité généralisée qui règne dans certains quartiers du pays.

La Bible, les balles et les bœufs

Ajoutons d’autres soutiens: les milieux d’affaires, les grands propriétaires terriens, l’agro business ravi de la carte blanche donnée par le Président à la déforestation. C’est un triptyque célèbre au Brésil. BBB : les balles, la bible, les bœufs. 

Ajoutons encore toute une petite bourgeoisie qui demeure effrayée par l’opposition de gauche du Parti des travailleurs, vue comme une menace absolue. Par exemple, Daniel Silveira, ancien policier et député de Rio, allié de Bolsonaro, qualifie les opposants, je cite, de « fils de putes communistes » qui pourraient « se prendre une balle ».

Alors c’est vrai, l’économie est en chute libre. Le PIB brésilien pourrait perdre 6 à 10% cette année. Mais les soutiens du président préfèrent encore ça à un retour de la gauche au pouvoir.

Résultat : Bolsonaro conserve un socle électoral de 25 à 30%, c’est beaucoup. Et 50% des Brésiliens estiment qu’il doit rester au pouvoir, malgré les scandales en série. Du coup, on ne peut pas écarter l’hypothèse d’un basculement, d’une militarisation. 

La démocratie brésilienne est au bord du gouffre. Le pays se meurt du virus. Mais Bolsonaro lui est bien vivant.

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