Moscou a réagi fermement après les demandes d’explication de Berlin sur l’empoisonnement de l’opposant Alexeï Navalny. « Il n’y a aucune raison de nous accuser » estime le Kremlin.Mais ce qui frappe, ce n’est pas le déni russe, c’est la fermeté allemande: Berlin en première ligne. C'est "le monde d'après".

La chancelière allemande lors de son point presse sur l'empoisonnement de Navalny le mercredi 2 septembre
La chancelière allemande lors de son point presse sur l'empoisonnement de Navalny le mercredi 2 septembre © AFP / Markus Schreiber / POOL / AFP

Rien de nouveau sous le soleil à Moscou : la technique de l’empoisonnement, l’utilisation du Novitchok (une spécialité russe), les dénégations sur toute forme de responsabilité. Tout ça fait partie de la panoplie du Kremlin depuis belle lurette : seuls les naïfs seront étonnés.

Non, le fait nouveau, le plus intéressant, le plus spectaculaire dans cet épisode, c’est la grande fermeté allemande. Il faut regarder les images de la conférence de presse d’Angela Merkel hier pour comprendre : la chancelière le visage fermé, le ton calme mais déterminé, droit dans ses bottes. Et utilisant un vocabulaire peu diplomatique : « le doute n’est plus permis, Navalny a été victime d’une arme destinée à le réduire au silence, de très graves questions sont posées au gouvernement russe ».

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Berlin a acquis la certitude de l’empoisonnement de Navalny. Le savoir est une chose. Le dire et pointer Moscou du doigt en est une autre. Angela Merkel assume le risque d’une crise diplomatique sérieuse avec Moscou. Le contraste est saisissant avec cette Allemagne qui depuis 70 ans nous avait habitués à intervenir à pas feutrés sur la scène géopolitique. Un changement majeur est en cours. Et cette affaire Navalny en est l’appartement témoin.

Turquie, Libye, Chine: Berlin sur tous les fronts

Et les indicateurs de cette affirmation diplomatique se multiplient comme les petits pains ces derniers mois.

Il y a d’abord les sujets où l’Allemagne joue les intermédiaires :

  • La présence turque en Méditerranée : le chef de la diplomatie allemande a engagé la semaine dernière une médiation entre Grecs et Turcs. 
  • Ou le conflit en Libye : Berlin a organisé au début de l’année une conférence réunissant tous les belligérants. L’Allemagne utilise sa neutralité pour essayer de jouer les faiseurs de paix. C’est nouveau. 

Il y a 5 ans, sur la Syrie, elle aurait pu le faire. Mais elle ne l’avait pas fait.

Ensuite, il y a les sujets où Berlin s’affirme comme un leader et parle cash

  • Outre cette affaire Navalny, la Chine. Avant-hier, le ministre allemand des affaires étrangères a donc demandé le retrait de la loi sur la sécurité à Hong Kong, le tout en présence de son homologue chinois.
  • Et puis bien sûr leadership sur l’Europe : Berlin a mis tout son poids politique dans la balance lors du sommet de juillet dernier sur le plan de relance post confinement.
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On parlait ici même hier de l’offensive diplomatique française depuis le début de l’été. Dans un autre style, la calme détermination de l’Allemagne est encore plus frappante. D’autant, répétons-le, qu’elle est nouvelle.

La fin du parapluie américain

Il y a au moins trois explications à cette évolution.

La première c’est que le monde a changé. L’Allemagne ne peut plus compter sur son grand parrain américain qui la protégeait stratégiquement depuis 1945. Washington n’est plus fiable. Et de l’autre côté, les menaces chinoises et russes se précisent. Donc Berlin en conclue qu’il est temps d’assumer ses responsabilités.

La deuxième, c’est que le temps fait son œuvre. La neutralité allemande est un héritage de son passé, lourd à porter. Une réticence à s’engager, un devoir de réserve après l’horreur nazie. Mais le temps passe. Selon une enquête de l'an dernier, plus de 50% des Allemands de moins de 30 ans, souhaitent que leur pays s’engage davantage. Et le personnel politique évolue aussi : Angela Merkel veut sans doute « sortir par le haut ». Et plusieurs dirigeants de la nouvelle génération (Norbert Röttgen, Heiko Maas par exemple) prônent une Allemagne plus interventionniste.

Les appels du pied de l'étranger

Enfin troisième raison : Berlin reçoit des appels du pied de l’étranger. Il y a beaucoup de monde à souhaiter voir Berlin s’investir davantage en utilisant son capital de neutralité et sa puissance économique. Un exemple : Nathan Law, l’un des dirigeants de la contestation à Hong Kong vient d’écrire une lettre ouverte appelant l’Allemagne à convaincre l’Europe de durcir sa politique envers la Chine. 

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L’affirmation diplomatique allemande ne fait sans doute que commencer. La question est de savoir si elle s’accompagnera ensuite d’une affirmation militaire, LE sujet par excellence qui demeure tabou chez nos voisins.

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