Dans six mois pile, le 4 novembre prochain, on connaitra le nom du prochain Président des États-Unis, puisque les élections sont prévues la veille, le 3 novembre. Et pour vous, malgré ses faux-pas dans la crise du coronavirus, Donald Trump conserve toutes ses chances. C’est le « Monde d’après ».

Donald Trump interviewé le 3 mai sur Fox News au pied de la statue d'Abraham Lincoln à Washington
Donald Trump interviewé le 3 mai sur Fox News au pied de la statue d'Abraham Lincoln à Washington © AFP / JIM WATSON / AFP

Au premier coup d’œil, on se dit que Donald Trump ne fera pas partie du « monde d’après ». Pour deux raisons principales.

La première tient à lui-même. Il fait preuve d’une telle incompétence et d’une telle incohérence dans sa gestion de la pandémie que vu d’Europe, ça peut paraitre inconcevable de le voir se succéder à lui-même en novembre.

Depuis deux mois, dans le meilleur des cas, il se contredit lui-même, sur la gravité du virus ou l’impact économique. Dans le pire, il tient des propos dangereux, comme cette interrogation sur l’utilité d’avaler du désinfectant. Il ne manifeste que peu d’empathie pour les victimes. Et il se retrouve en porte à faux sur la nécessité d’une meilleure couverture santé, le combat de son prédécesseur Barack Obama. 

La deuxième raison c’est qu’en face, l’opposition démocrate présente un front uni. Tout le monde s’est rallié à Joe Biden, de Bernie Sanders à Hillary Clinton en passant par Barack Obama. On est loin des divisions d’il y a 4 ans.

Et puis surtout, le bilan de la pandémie est déjà catastrophique aux Etats-Unis : près de 68.000 morts, alors même que les décomptes n’ont pas vraiment commencé dans les maisons de retraite. Conséquence : Biden fait la course en tête, 48 contre 42 pour Trump dans les sondages nationaux. 

93% de soutien au sein de l'électorat républicain

Et pourtant la course n'est pas jouée. Regardons d’un peu plus près. 48/42, 6 points de retard pour Trump. En fait c’est incroyablement peu. Trump conserve son électorat : 93% de soutien chez les Républicains. Et sa côte de confiance nationale a plutôt remonté par rapport au mois de décembre. En face, Biden, ne l’oublions pas, est âgé (78 ans en novembre) et il est soupçonné de comportements déplacés avec les femmes.

Et puis Trump, omniprésent à la télévision, continue de flatter tous les bas instincts de son électorat. 

Enfin n’oublions pas que les intentions de vote au niveau national n’ont aucun intérêt pour prédire le résultat. Trump perdra, comme il y a 4 ans, le vote populaire. Mais il gagnera s’il impose dans les Etats clés : l’Arizona, le Michigan, la Pennsylvanie, la Floride ou le Wisconsin. Et dans certains d’entre eux, Trump ne compte que 2 à 4 points de retard. Rien n’est joué.

La stratégie du taux d'abstention

Et puis 6 mois c’est encore loin ! C’est l’autre facteur : on peut compter sur Trump pour tenter des coups d’ici là. Pas seulement dépenser des centaines de millions de dollars en publicité électorale.

Non, je parle d’une autre stratégie : Trump va sans doute essayer de dissuader l’électorat des démocrates de se rendre aux urnes. Plus la participation sera faible, plus ça profitera à Trump. Parce que l’électorat démocrate, en particulier l’électorat noir afro-américain, hésite souvent à se déplacer.

On peut donc compter sur le patron de la Maison Blanche pour profiter du virus en essayant :

  • De limiter le vote par correspondance en bloquant le budget nécessaire,
  • D’imposer des règles sanitaires et des contrôles d’identité dans les bureaux de vote,
  • De pousser certains juges à radier une partie de l’électorat.

Le tout avec le même but à chaque fois : limiter la participation.

Il y a même une autre hypothèse encore plus radicale : repousser le scrutin prévu le 3 novembre au motif que la sécurité sanitaire ne serait pas assurée. On n’en est pas là. Mais ce n’est pas exclu. Parce que Donald Trump est bien déterminé à faire partie du « Monde d’après ».

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