L’Union Européenne a donc initié hier soir une énorme levée de fonds internationale pour financer la course au vaccin. Et maintenant c'est la croisée des chemins: cette quête de la solution va-t-elle se faire dans un esprit de concurrence entre les pays ou dans un esprit de coopération ? C'est "le monde d'après".

Un chercheur travaille sur une piste de vaccin au laboratoire Sinovac à Pékin
Un chercheur travaille sur une piste de vaccin au laboratoire Sinovac à Pékin © AFP / NICOLAS ASFOURI / AFP

La course au vaccin, c’est LE grand symbole. Et c’est un appartement témoin de cette alternative qui vaut pour quasiment toutes les facettes de la crise du Covid : allons-nous vers plus de coopération internationale, ou vers plus de replis nationalistes ? 

Explorons les deux hypothèses. D’abord, la coopération. Faire du vaccin « un bien public mondial qui appartienne à tous », pour reprendre la formule d’Emmanuel Macron.

C’est dans ce sens qu’il faut regarder la levée de fonds de 7 milliards 400 millions d’euros effectuée hier par l’Union Européenne avec l’appui de l’Organisation Mondiale de la Santé. 40 pays se sont engagés, des mécènes, des artistes, et plusieurs institutions privées comme la fondation Gates. C’est dans ce sens aussi qu’a été lancé fin mars l’essai clinique européen Discovery destiné à comparer l’efficacité de plusieurs molécules.

L’intérêt d’une telle coopération internationale saute aux yeux

  • Augmenter nos chances d’une découverte rapide grâce au partage d’informations entre tous les laboratoires et tous les pays ;
  • Assurer ensuite, si un vaccin est découvert, une distribution équitable pour tous ;
  • Et ainsi éviter des rebonds épidémiques ailleurs dans le monde, qui nous reviendraient en boomerang.

La course à l'échalote sino-américano-européenne

L’autre hypothèse, c’est le chacun pour soi !

C’est ce que font les États-Unis : grands absents hier de cette conférence des donateurs, ils privilégient leurs propres recherches. En misant sur leurs géants pharmaceutiques comme Pfizer ou leurs start-ups de la biotechnologie comme Moderna Therapeutics. Sans compter la tentative indécente signée Trump de racheter une entreprise allemande prometteuse. On connait la rengaine du patron de la Maison Blanche : America First.

C’est ce que fait aussi la Chine. Elle a déjà 4 laboratoires engagés dans des essais cliniques, dont deux sur les humains : Sinovac et Cansino. Les obstacles bureaucratiques habituels en Chine ont été levés. Et déjà une usine se construit pour pouvoir fabriquer des dizaines de millions de doses si la molécule miracle est découverte.

Et même l’Europe : fidèle à elle-même, elle avance dans la cacophonie. D’autant qu’en l’absence de norme juridique européenne, les essais cliniques sont régulés différemment selon les pays. L’Allemagne parie sur l’entreprise BioNTech. Le Royaume-Uni mise sur l’université d’Oxford. Le Danemark mène un projet avec les Pays-Bas. Et l’essai européen Discovery s’enlise faute de coopération entre pays. Le bel affichage d’hier soir dissimule fort mal que chacun avance dans son coin.

Un bingo commmercial

Donc cette 2ème hypothèse, la concurrence entre pays, est la plus probable. C’est parti pour la course à l’échalote pour deux raisons.

D’abord, l’enjeu politique est énorme. Le symbole l’emporte sur toute autre considération : être le premier capable de protéger sa propre population, et devenir l’espoir de toute la planète, le Jedi contre le côté obscur du virus. Un mélange d’orgueil nationaliste et de détention du grand pouvoir scientifique de demain.

Ensuite, il y a l’enjeu commercial : une production de vaccin à une échelle industrielle planétaire. Les sommes en jeu sont colossales. C’est bingo, y compris en Bourse. Et les géants de l’industrie pharmaceutique n’ont pas la réputation d’être des philanthropes.

Les conséquences sont prévisibles :

  • Perdre du temps dans la recherche faute de partage d’information ;
  • A l’inverse aller trop vite pour décrocher le « marché du siècle », quitte à développer une molécule inefficace ou dangereuse ;
  • Et privilégier les pays riches dans la couverture vaccinale ;
  • Bref le monde d’avant, en pire.

Pour l’Europe ce serait pourtant une formidable occasion, grâce à la coopération, de montrer son utilité aux citoyens de l’Union. Mais ça sent déjà l’occasion ratée.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.