La Commission Européenne a publié cet après-midi ses prévisions de croissance pour les 6 mois à venir : elles sont très mauvaises. Mais ça n’empêche pas les places boursières de tenir le choc. Ce paradoxe est-il rassurant ou inquiétant ? C’est le « Monde d’après ».

Un passant devant les cotations du Tokyo Stock Exchange au Japon en pleine crise du coronavirus
Un passant devant les cotations du Tokyo Stock Exchange au Japon en pleine crise du coronavirus © AFP / Kazuhiro NOGI / AFP

« Noir c’est noir » ! On ne va pas rajouter façon Johnny « qu’il n’y a plus d’espoir ». Mais bon c’est quand même un peu la cata.

La commission européenne prévoit donc une chute moyenne du produit intérieur brut de 7,4% dans les pays européens cette année. Plus de 9% en Italie et en Espagne, 8% en France, 6,5% en Allemagne. Avec les ingrédients que vous imaginez : forte hausse du chômage, récession, endettement généralisé, fermeture des entreprises qui n’ont pas de fonds de roulement.

Et par-dessus le marché, il s’agit de prévisions optimistes : elles se basent sur l’absence d’une deuxième vague épidémique et sur la réussite des négociations commerciales du Brexit. Dans les deux cas, c’est pas gagné !

Et c’est pareil pour le reste de la planète :

  • Récession attendue de 6 à 7% aux États-Unis avec 30 millions de chômeurs ;
  • Recul de même ampleur au Brésil et au Mexique ;
  • Croissance en berne en Chine et en Inde ;
  • Économie informelle à l’arrêt en Afrique.

Partout, la chute de la production est sans précédent depuis 90 ans. Donc oui, « noir c’est noir ».

Un mois d'avril record pour l'indice américain S&P

Sauf que les Bourses, elles, résistent, et c'est frappant. Ça nourrit même ce sentiment d’un gouffre entre le monde de l’économie réelle (notre monde de pauvres mortels) et l’univers parallèle de la finance.

Il y a bien eu une vraie chute mi-mars, au début du « grand confinement mondial ». Mais depuis les places boursières ont repris des couleurs. 

Aux États-Unis, l’indice S&P vient de connaitre son meilleur mois d’avril depuis 33 ans, et le voilà quasiment revenu à son niveau de novembre dernier. En Allemagne, 9% pour l’indice Dax en avril ; en France, 4% pour le CAC40.

Donc les places boursières ne sont pas inquiètes. Pourquoi ? Parce qu’elles pensent les États capables de rembourser leurs dettes soudain faramineuses. Pourquoi ? Parce qu’en coulisses, les grandes banques centrales (américaine, européenne, britannique) rachètent une partie croissante de ces dettes. Autrefois, on aurait dit qu’elles font fonctionner la planche à billets. Aujourd’hui, il s’agit de créer informatiquement des lignes de crédit. Mais avec des chiffres colossaux : des milliers de milliards d’euros.

Il y a un avantage. Cette stabilité boursière évite un engrenage dangereux : une crise de la dette qui se transformerait en crise bancaire, puis en crise économique généralisée qui frapperait tout le monde. De ce point de vue c’est rassurant.

Amazon au plus haut, les petits au plus bas

Cela dit, il est probable que quelqu'un va quand même payer la facture; et le plus probable c’est que ce soit les petits, parce qu’ils sont fragiles et n’ont pas les réserves pour traverser la tempête.

Les petits à l’échelon des pays d’abord. Par exemple, la chute du baril de pétrole va avoir plus d’impact au Nigeria et en Algérie qu’en Arabie Saoudite. En Europe, le Portugal et la Grèce (bien que peu touchés par le virus) vont souffrir : parce qu’ils dépendent du tourisme (environ 20% de leurs ressources) et parce qu’ils se remettent à peine de la crise financière.

Les plus fragiles aussi au niveau des individus. Le processus boursier en cours peut créer des bulles spéculatives (par exemple dans l’immobilier) qui frapperont les plus démunis en bout de chaine. A l’inverse, les plus riches pourraient profiter des actifs boursiers.

Les petits enfin à l’échelle des entreprises. Qui marque des points en Bourse depuis un mois ? Les géants de la nouvelle économie : Amazon, qui a battu son record historique fin avril ; Google qui est revenu à son niveau de novembre, Netflix qui explose les compteurs, etc. Et comme le projet d’une taxe GAFA au niveau mondial vient d’être reporté, tout va bien.

On se résume : le risque c’est le creusement des inégalités. Le sujet n’est pas financier, il est social. Donc politique. Parce que si ce fossé des inégalités se creuse, il va nourrir une forte instabilité politique.

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