Alors que Houston, au Texas, s’apprête à célébrer les obsèques de George Floyd, le week-end a été marqué par de nouvelles mobilisations de soutien un peu partout dans le monde. Les manifestations se sont même intensifiées. L'occasion de s'interroger sur les raisons d'un tel écho planétaire. C'est "le monde d'après".

Un aborigène s'adresse à la foule lors de la manifestation du 6 juin à Melbourne en Australie
Un aborigène s'adresse à la foule lors de la manifestation du 6 juin à Melbourne en Australie © AFP / William WEST / AFP

La raison la plus évidente, c’est la communauté de destin. La mort de George Floyd fait écho. Dans plusieurs autres sociétés touchées par la discrimination ou les violences policières.

L’exemple le plus frappant, c’est l’Australie. 20.000 personnes avant-hier dans les rues de Sydney et de Melbourne, pour dénoncer le sort réservé à la minorité aborigène : vol de leurs terres, négation de leur culture, centaines de morts en détention. Tout cela est su en Australie, mais rien n’est fait. Ce week-end, le gouvernement conservateur de Scott Morrison s’est contenté de dénoncer 

"Des manifestants irresponsables qui risquent de propager à nouveau le virus". 

Un petit parfum de Trump.

Ce sentiment de discrimination, on le retrouve, dans une autre variante, chez les Palestiniens, endeuillés par la mort d’Iyad Halak, ce jeune homme autiste tué par la police israélienne. On le retrouve au sein des populations issues de l’immigration en Allemagne ou en Italie. Au Royaume Uni où les manifestants ont déboulonné ce week-end la statue d’un ancien esclavagiste. En France où, on l’a vu, le drame américain réveille la mobilisation sur les conditions de la mort d’Adama Traore en 2016, et relance le débat sur les violences policières.

Chaque pays a ses particularités. Mais nombreux sont les pays où les discriminations sont fortement ressenties par les populations dites des « minorités ethniques ». C’est la première explication de cette mondialisation des manifs.

Une traînée de poudre partie de Minneapolis

On est frappé aussi par la vitesse à laquelle ces mobilisations sont apparues partout dans le monde: une traînée de poudre. C’est la combinaison de trois facteurs.

Le premier c’est le confinement. Cette période a, en même temps, frappé les minorités « visibles » : plus de morts que la moyenne. Et mis en évidence le rôle joué par ces populations dans des fonctions essentielles mais mal payées (les livreurs ou les caissières de supermarchés). Le virus et le confinement mettent au premier plan le sujet des discriminations.

Deuxième facteur (incontournable en 2020) : les réseaux sociaux. Ils propagent les fausses informations, mais ils favorisent les mobilisations. Quelques heures à peine après sa mort, les images du calvaire de George Floyd, apparaissaient déjà sur les comptes Instagram des adolescents en Europe.

Enfin troisième facteur, les médias traditionnels. Qu’ils soient américains, avec la puissance de diffusion qui les caractérise. Ou qu’ils soient étrangers, avec une importance très forte, presque démesurée, accordée à tout ce qui se passe aux États-Unis, a fortiori sous Donald Trump. Donc tous les ingrédients sont réunis pour accélérer le processus.

Trump dans le viseur des manifestants

A propos de Trump, il y a aussi un peu un règlement de comptes avec le président américain. C’est le dernier facteur. Il n’y aurait pas cette mobilisation mondiale si l’agonie de George Floyd s’était déroulée dans un autre pays, quel qu’il soit.

Cette affaire donne l’occasion d’exprimer un rejet massif de Donald Trump un peu partout dans le monde. Ce n’est pas un hasard si les manifestations ont souvent lieu devant les ambassades américaines, parfois aux cris de « Fuck Trump ».

En janvier dernier, une enquête du très sérieux Pew Center, dans 33 pays, avait dévoilé que 64% des populations dans le monde ne font pas confiance à Donald Trump. Et encore étions nous avant le virus et avant la mort de George Floyd. Seulement 13% de confiance en Allemagne, 19% en France, 28% au Canada. 

Et c’est bien un rejet de Trump, pas des États-Unis, qui conservent, dans cette même enquête, une côte de confiance à 54%. On peut donc aussi voir dans ces manifestations mondiales comme l’expression d’un regret ou d’un espoir : que les États-Unis redeviennent un symbole de liberté, un grand frère.

Ces mobilisations nous disent que le « soft power » américain n’est pas tout à fait mort. Que le « rêve américain » n’est pas tout à fait mort. Mais que Donald Trump l’enterre un peu plus chaque jour.

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