L’Inde vient d’enregistrer un record de nombre quotidien de contaminations au coronavirus. La démographie et la pauvreté expliquent en partie cette flambée.Mais ce n’est pas la seule explication : la corrélation entre régimes populistes et mauvaise gestion de l’épidémie devient flagrante. C’est le monde d'après.

Contrôle de température dans une maternité de Mumbai
Contrôle de température dans une maternité de Mumbai © AFP / SL Shanth Kumar / The Times Of India / The Times of India via AFP

L’Inde en effet se retrouve à son tour au cœur de la tempête épidémique. Les indicateurs basculent dans le rouge. La propagation du virus ne semble plus maîtrisée dans le pays.

Quelques chiffres pour fixer les idées. Plus de 90.000 cas au cours des dernières 24h, record mondial. Ça ne cesse de monter. Le pays compte désormais plus de 4 millions 200.000 cas, chiffre le plus élevé au monde, après les États-Unis. Et on dénombre 73.000 morts. Alors, je vous l’accorde, c’est relativement peu comparé à la population, 1 milliard 300.000 millions d’habitants. Mais la pyramide des âges (26 ans d’âge médian) explique cette mortalité faible. Et surtout, le chiffre réel est certainement beaucoup plus élevé. L’une des rares villes indiennes à pratiquer la transparence dans les chiffres, Pune, affiche d’ailleurs des statistiques beaucoup plus inquiétantes.

Il est difficile de ne pas faire un lien entre cette flambée et l’incohérence de la gestion de la crise par le gouvernement populiste et nationaliste de Narendra Modi.

Des exemples de cette incohérence :

  • Le renvoi avant l’été de millions de travailleurs migrants dans leurs campagnes : ils y ont propagé le virus ; 
  • La réouverture, en pleine flambée épidémique, du métro à Mumbaï et New Delhi, et dans quelques jours du célèbre Taj Mahal ;
  • Enfin la volonté politique de minimiser l’épidémie : « tout va bien, nous avons assez de lits, tout est sous contrôle ».

Trump, Bolsonaro, Modi, même échec

On retrouve ce mélange d'incohérence avec tous les gouvernements populistes. A l’Inde de Modi, ajoutons les Etats-Unis de Trump, le Brésil de Bolsonaro, le Mexique de Lopez Obrador, voire dans une moindre mesure le Royaume Uni de Boris Johnson. Autant de gouvernements aux accents populistes et nationalistes. Autant de bilans catastrophiques face au virus.

A eux 5, ces pays, les plus touchés au monde, cumulent 400.000 morts, près de la moitié du total de la planète, et 16 millions de cas, 60% du total mondial. Et encore, je le répète, on ne se base là que sur les statistiques officielles. Dans tous ces pays, le constat est le même : celui de l’inefficacité face à l’épidémie.

Ce résultat est le fruit des mêmes ingrédients :

  • Le déni de réalité : le virus n’est pas grave, c’est une simple grippe, dit Bolsonaro.
  • La remise en cause de la compétence des médecins et des scientifiques : c’est Trump et son eau de javel.
  • Le rejet de la responsabilité sur les autres : la faute aux chinois pour Trump, la faute aux musulmans pour Modi.
  • Et surtout l’incompétence : retard à l’allumage, décisions erratiques et contradictoires.

Le crash test Covid est sans appel : les gouvernements populistes sont en échec sur toute la ligne.

La tentation d'un autoritarisme accru

Mais ils ne sont pas pour autant en voie de disparitions, parce que les raisons de leur émergence sont toujours là, peut-être plus encore qu’auparavant : 

  • Le rejet des élites, 
  • La crise économique qui va se durcir, 
  • La poussée nationaliste sur fond de rétablissement des frontières, 
  • Le poids de la dictature des réseaux sociaux, 
  • La non résolution de la question migratoire. 

Donc les partisans du populisme se moquent de cet échec patent sur le virus.

Ça va même plus loin : si évolution du populisme il y a après ce constat d’échec, ce ne sera pas forcément dans le sens d’un retour dans le giron de la démocratie pluraliste. Les succès face au virus de démocraties comme l’Allemagne ou la Nouvelle Zélande pourraient pourtant séduire. Mais non : les partisans de Trump, de Modi ou de Bolsonaro, vont plutôt avoir tendance à regarder vers les régimes autoritaires. Remettons de l’ordre dans tout ça, seul un pouvoir fort est efficace, etc. Et c’est vrai d’ailleurs que certains régimes autoritaires (la Chine, le Viet Nam) se sont montrés efficaces dans leur lutte contre la Covid. Mais à quel prix pour les libertés…

On se résume : l’échec patent des populistes face à la pandémie devrait, si on vivait dans un monde logique, sonner le glas de ces passions tristes. Mais le risque est élevé de voir plutôt l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants populistes, plus dure, plus autoritaire, encore moins démocratique.

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