Après le tourisme et l’automobile, l’aéronautique : le gouvernement a présenté son plan de soutien à cette filière où 100.000 emplois sont menacés. Et si dans cette phase où tout le monde redoute un grand plongeon économique, on jouait les Cassandre optimistes ? Et si l'économie repartait ? C'est le "monde d'après".

Manifestation ce mardi 9 juin de guides touristiques à Rome pour demander l'aide de l'Etat
Manifestation ce mardi 9 juin de guides touristiques à Rome pour demander l'aide de l'Etat © AFP / Andrea Ronchini, Ronchini / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Je vous l’accorde, c’est contre intuitif. 

Les prévisions de la Banque Mondiale publiées hier annoncent une chute  sans précédent depuis 75 ans : 5% de récession, des dizaines de millions de personnes plongées dans la pauvreté. Et un recul du PIB très élevé dans certains pays. Moins 10% en France. Au moment où le chômage menace, ça peut paraître indécent de dire que tout n’est pas si noir.

Et pourtant, le fait est là. Tout n’est pas si noir. En tous cas dans les pays européens. D’abord, la mise sous perfusion de l’économie a fonctionné : maintien des emplois, subventions publiques pour les salaires par le chômage partiel. L’État a payé. Le filet de protection tient. En s’endettant massivement, c’est vrai. Mais aujourd’hui, le coût de la dette est faible, voir nul pour une institution comme l’Union Européenne.

Et pour la deuxième phase, la relance, les annonces relèvent du traitement de cheval. Plus de 1500 milliards au niveau européen. Sans compter les plans de chaque pays. Les volumes sont là. Objectif : relancer la machine progressivement, pour que l’offre ait le temps de répondre à la demande des consommateurs. Sinon il y aura inflation. En termes macro-économiques, ça peut marcher. 

Un redémarrage en U pas en V

Après ce qui nous intéresse, c’est la micro-économie, l’emploi, le salaire de chacun ! Et là aussi, même si le verdict est plus compliqué, il y a des raisons d’espérer.

Le fait est que ça repart. En France ou en Allemagne, l’activité du mois de mai est déjà très supérieure à celle du mois d’avril. Dans le bâtiment, dans l’automobile, dans les services aux personnes, ça repart. La consommation d’électricité redémarre, la saison touristique estivale pourrait être à peu près préservée. 

Au Japon, les perspectives de redémarrage sont assez rapides. Et selon une enquête de Manpower dévoilée par Les Echos, les employeurs, dans le monde, sont relativement confiants sur une relance des embauches d’ici 12 mois.

12 mois. C’est là qu’on touche à la question suivante : la reprise oui, mais quand ? Un bon indicateur, c’est ce qui se passe dans l’usine du monde, j’ai nommé la Chine : le redémarrage est lent. La consommation n’a pas repris comme avant, les salaires sont en panne, les commandes tardent à venir.

Les économistes appellent ça une courbe en U, pas en V. On reste dans le creux un certain temps, comme dans la partie basse d’un U, sans rebondir aussitôt comme dans un V. Sans compter que certains pourraient rester en bas du U : une partie de l’industrie, certains centres commerciaux, le business des croisières, etc.

Vite et carboné ou moins vite et vert ?

Il y a le quand. Et puis il y a aussi le comment ? Repartir oui mais comment ? C’est la question désormais rituelle : est-ce qu’on repart comme avant, sur le même modèle ?

En fait, il y a un lien avec la question Quand. Pourquoi ? Parce que le grand argument en faveur du retour au monde d’avant, c’est qu’il faut aller vite, pour sauver la croissance, les emplois, etc. Donc repartons sur les bases que l’on connait.

Par exemple, le beau discours sur les « relocalisations » au nom de la souveraineté économique, va avoir du mal à se traduire dans les faits. Ce n’est pas demain la veille que les médicaments vont cesser d’être fabriqués en Inde ou en Chine, et les textiles au Bangladesh ou au Viet Nam.

Le problème du vite, c’est qu’il est à courte vue. Si l’économie du monde d’après doit enfin intégrer l’impératif écologique, il faut un temps d’adaptation pour effectuer les transitions énergétiques nécessaires, sur les transports (l’automobile, l’aéronautique), le bâtiment, l’agriculture.

Si à l’inverse on n’intègre pas cet impératif, parce qu’on veut redémarrer vite sans réfléchir, on sauvera des emplois à très court terme, mais on fonce dans le mur à moyen terme. Y compris en termes d’emplois.

Vite pour un bénéfice immédiat. Ou un peu moins vite pour éviter la cata. Faites votre choix.

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