Les 7 pays du Sud de l’Union Européenne se retrouvent demain en Corse. Pour un sommet informel à l’invitation d’Emmanuel Macron. Sujet central : les vives tensions avec la Turquie en Méditerranée. Le ton est beaucoup monté ces dernières semaines, surtout avec la France. La désescalade s'impose. C'est le monde d'après.

Manoeuvres miiltaires grecques en Méditerranée fin août (document du ministère grec de la défense)
Manoeuvres miiltaires grecques en Méditerranée fin août (document du ministère grec de la défense) © AFP / Handout / GREEK DEFENCE MINISTRY / AFP

Un petit résumé des épisodes précédents, d’abord, parce qu’effectivement, l’engrenage s’est accéléré cet été, au son des bruits de botte. 

Déjà avant l’été, le soutien militaire turc au gouvernement, au demeurant légitime, de Fayez El Sarraj en Libye, avait déclenché une vive réaction de la France. Et cet été, c’est encore monté d’un cran. La Turquie a donc engagé, sous protection militaire, des manœuvres d’exploration, pour décrocher sa part du gâteau sur les énormes réserves de gaz situées en Méditerranée orientale. Sauf que tout ça se passe dans une zone considérée par la Grèce comme son territoire maritime. Et Paris a soutenu la position grecque en dépêchant sur zone une frégate et un porte-hélicoptère.

Dans cette partie de la Méditerranée, on n’est donc plus à l’abri d’une étincelle, qui pourrait déclencher un engrenage armé dangereux.

Si on ajoute à ce paysage d’autres contentieux, plus anciens, sur le génocide arménien, la question kurde, ou la division de Chypre, ça commence à faire beaucoup. Ces derniers jours, le ton est légèrement redescendu. Le président du Conseil européen Charles Michel a appelé à la « désescalade ». Mais pour l’instant, c’est juste un vœu pieux. Ça serait bien de passer à l’acte.

Une Turquie omniprésente face à une Europe désunie

La désescalade, c'est le choix de la raison. Pourquoi ?

D’une part, parce que la France reste un peu isolée dans sa stratégie de la tension avec la Turquie. L’Europe ne parle pas d’une seule voix, l’OTAN (dont fait partie la Turquie) pas davantage. Si on prend uniquement les 7 pays du Sud de l’Union qui participent au sommet de demain en Corse, au moins 3 d’entre eux (l’Italie, l’Espagne et Malte) n’ont pas très envie de se fâcher avec Erdogan, le président turc. Quant à l’Allemagne, elle adopte une position de médiation. En partie pour ménager la très importante communauté turque figurant sur son sol, c’est vrai, mais c’est comme ça. La voix des Européens serait plus forte si elle était unique, mais pour ça, il faut descendre d’un ton.

D’autre part, il est sans doute temps d’admettre le poids politique de la Turquie et de ses 80 millions d’habitants. Que ça nous plaise ou non. Membre essentiel de l’OTAN, interlocuteur incontournable en Libye, en Syrie, ou sur le dossier des réfugiés. Erdogan exerce sans aucun doute un pouvoir autoritaire peu respectueux des libertés, mais son influence dans les affaires du monde est croissante. Il faut donc bien faire avec, sauf à pousser la Turquie dans les bras de la Russie, ce qui n’est pas souhaitable.

Tout cela plaide pour une désescalade, une recherche de compromis.

Des demandes compréhensibles sur la question du gaz

Il ne s'agit pas pour autant de se prosterner devant ce nostalgique de l’empire Ottoman qu’est Erdogan, et de baisser pavillon comme si on était à Munich avant la Seconde Guerre Mondiale. Non, mais il s’agit de ne pas entrer dans un jeu de matamore. 

Ça nécessite de faire l’effort de comprendre le logiciel turc. Reprenons point par point.

Sur les réserves de gaz en Méditerranée, les demandes turques ne sont pas illogiques. Il suffit de regarder une carte : la Turquie compte 7200 kms de côte, comme la France, dont plus de la moitié sur la Méditerranée. On peut comprendre qu’elle demande un accès équitable aux réserves de gaz. Un compromis ne serait pas absurde. Sur les réfugiés, n’oublions pas que les Turcs conservent toujours sur leur sol 4 millions de migrants dont les Européens ne veulent pas. Donc ça nous arrange bien. Et sur la Libye, l’ingérence turque n’a pas moins de sens qu’une ingérence française ou italienne. Moins de 700 kms séparent les côtes turques des côtes libyennes. C’est la porte à côté.

Donc il ne s’agit pas de tout accepter. Il s’agit simplement de chercher à comprendre la logique de l’autre. Et ensuite, les leviers existent : il y a des moyens de pression sur la Turquie, économiques, financiers. Des moyens pour avancer de façon rationnelle. Par l’exemple dans le cadre d’une Conférence multilatérale sur la Méditerranée, idée avancée par Bruxelles.

Mais c’est loin d’être dans la poche. Parce que le sujet est à l’inverse devenu irrationnel, avec pas mal d’instrumentalisation politique des deux côtés. En France comme en Turquie. C’est une spirale toujours difficile à enrayer.

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