Le gouvernement brésilien de Jair Bolsonaro vient d’être recadré sur sa tentative de dissimulation des chiffres de mortalité du virus, recadré par la justice brésilienne. Et on doit s'interroger sur la pertinence des « classements » du taux de mortalité par pays. Des classements peu fiables. C'est "le monde d'après".

La morgue de Rio, fin mai dernier
La morgue de Rio, fin mai dernier © AFP / Carl de Souza

Si l’affaire n’était pas tragique, on pourrait dire que Jair Bolsonaro s’est fait prendre les doigts dans le pot de confiture. En essayant, avec une ficelle grossière, de cacher l’ampleur de l’épidémie au Brésil. L’histoire vaut son pesant.

Il y a trois jours, le nouveau ministre brésilien de la santé (c’est le 3ème en trois mois et c’est un militaire sans formation médicale) modifie les règles de publication des statistiques sur la mortalité. Publication repoussée à 22h, pour empêcher la reprise de l’info dans les journaux télé du soir et dans la presse écrite, vu les délais d’impression. Et abandon du calcul cumulé du nombre de décès depuis le début.

Le mensonge aux gros sabots version brésilienne

Rappelons que le Brésil est en train d’être ravagé par l’épidémie : déjà près de 40.000 morts et une courbe qui monte en flèche. Le hic, pour le pouvoir, c’est que la Cour Suprême brésilienne s’est emparée du sujet. Et hier soir elle a retoqué cette dissimulation des chiffres. En imposant le rétablissement des statistiques cumulatives.

Ajoutons que même comme ça, ce bilan est très sous-estimé. Le plus grand laboratoire de santé de Sao Paulo estime qu’il faut le multiplier par 6. Bref, le pouvoir d’extrême droite de Jair Bolsonaro ment sur les ravages du virus. Mais comme ses tentatives de manipulation sont lourdingues, au moins on sait à quoi s’en tenir. 

Des décomptes peu fiables ou impossibles dans les maisons de retraite

Et il y a d’autres pays où c’est encore plus compliqué de savoir ce qu’il en est ! Il y a en fait deux types de mensonges.

Première catégorie : la dissimulation délibérée des chiffres. 

  • En Iran, l’épidémie a semblé curieusement s’arrêter d’un coup, la voilà maintenant qui rebondit. Ça sent l’embrouille à plein nez.
  • Dissimulation probable également en Chine où le nombre de décès à Wuhan en février mars a été très supérieur aux chiffres officiels des morts du virus.
  • Très probable encore en Russie : vu le nombre de cas recensés dans le pays (près de 500.000), le nombre de morts (6300) parait étrangement bas

Deuxième catégorie : le mensonge par omission. On oublie de compter. Ou on n’a pas les moyens de compter

Exemple les morts dans les maisons de retraite : 

  • Très difficile de faire remonter ces statistiques des régions en Italie, il manque 19.000 morts à l’appel.
  • Calcul tardif et sous-évalué au Royaume Uni, il faut sans doute rajouter 10.000 morts aux 40.000 des chiffres officiels. 
  • Non prise en compte des maisons de retraite dans certains Etats américains (par exemple la Californie pourtant très touchée). Anthony Fauci, le conseiller scientifique de Trump admet que la réalité est très au-dessus des statistiques.

Et c’est encore pire ailleurs : il faut sans doute multiplier les chiffres par 5 ou 10 en Inde ou au Pakistan par exemple. A côté de tout ça, le décompte français, pourtant critiqué, est assez transparent.

La Belgique victime de sa transparence

La question mérite donc d'être posée: ces classements sur le taux de mortalité par pays ont-ils un sens ? Oui et non.

Admettons que malgré son côté morbide, ce type de classement est un indicateur utile de l’efficacité politique face à la crise. Mais alors dans ce cas, et de une, il faut attendre la fin de l’épidémie et on en est loin : elle flambe en Amérique Latine ou en Asie du Sud, plusieurs pays vont sans doute « nous passer devant ».

Et de deux, comparons ce qui est comparable. Uniquement les décès en milieu hospitalier. Ou bien uniquement les pays qui comptent aussi les décès en maisons de retraite. Ou bien uniquement ceux qui comptent vraiment les décès à domicile. Et là c’est simple : il n’y a que la Belgique. C’est pour ça qu’elle est montrée du doigt, à tort, comme ayant le pire taux de mortalité.

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A ce compte-là, on peut dire, sans risque de se tromper, que la France, face au virus, s’en est tirée nettement moins bien que l’Allemagne, mais nettement moins mal que le Royaume-Uni, l’Italie ou l’Espagne.

En fait, il faudrait surtout créer un autre classement, plus révélateur sur l’état de la démocratie. C’est le palmarès du degré de transparence dans les chiffres, ou à l’inverse du degré de dissimulation.

Dans ce classement-là, les régimes totalitaires et les pouvoirs populistes remportent haut-la-main la palme du mensonge.

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