Le projet de révision de la Constitution a été adopté aujourd’hui par le Parlement algérien. Ce texte sera soumis à référendum le 1er novembre. Une réforme censée répondre aux attentes du « hirak », le mouvement de contestation contre le régime. Mais en réalité, rien ne change dans le système algérien.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune lors de sa cérémonie d'investiture le 19 décembre 2019
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune lors de sa cérémonie d'investiture le 19 décembre 2019 © Getty / Farouk Batiche/picture alliance

Par Franck Mathevon

A en croire le président algérien Abdelmadjid Tebboune, son projet de réforme de la Constitution, soumis à référendum le 1er novembre, « répond aux revendications » du "hirak".  Il vise à « lutter contre la corruption », il promeut « la justice sociale » et un « pluralisme médiatique libre et indépendant »

Le communiqué officiel de la présidence semble correspondre parfaitement aux attentes des contestataires.

Et puis Tebboune, élu président le 12 décembre 2019, tient sa promesse de campagne : cette réforme était au cœur de son projet.

Le chef de l’Etat se montre aussi conciliant avec la France.

En juillet, Paris a remis à Alger les restes de 24 combattants algériens tués au début de la colonisation. Une mission sur la « mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie » a été confiée à l’historien Benjamin Stora qui travaille sur le sujet avec le directeur du centre des archives algériennes, Abdelmadjid Chikhi.

Le président Tebboune a aussi accordé cet été des interviews à des médias français pour parler d’une « relation apaisée » entre la France et l’Algérie. On n’a pas toujours entendu ce discours.

Enfin, la justice continue à faire le ménage dans les années Bouteflika. De nombreux anciens dirigeants et hommes d’affaires ont été condamnés ces derniers mois pour corruption.

Un projet voté par une Assemblée élue sous Bouteflika

Mais en réalité, rien de tout cela n’apaise la colère des Algériens.

D’abord la réforme de la Constitution est rejetée par toutes les figures du « hirak ». Pour les contestataires, elle renforce les pouvoirs du président. Point. Pour preuve, elle a été votée aujourd’hui par une Assemblée populaire élue en 2017, sous Abdelaziz Bouteflika donc. 

L’apaisement avec la France, à voir. Ce n’est pas un hasard si le 1er novembre a été choisi pour ce scrutin : c’est la date-anniversaire du début de la guerre d’indépendance. Abdelmadjid TEBBOUNE n’hésite pas à souffler sur les braises et à entretenir le ressentiment vis-à-vis de l’ancien colonisateur.

Quant à la justice, troisième point, elle s’acharne d’abord sur la presse et les militants du « hirak ». Les procès s’enchaînent en Algérie. Avant-hier encore, un procureur a réclamé 4 ans de prison en appel contre le journaliste Khaled Drareni, condamné à 3 ans de détention en première instance. 

Ce correspondant de TV5 Monde, fondateur du site d’informations en ligne Casbah Tribune, est notamment accusé d’« atteinte à l’unité nationale ». Il n’aurait pourtant fait que son métier en couvrant le mouvement de contestation.

45 militants du « hirak » sont aujourd’hui en prison.

La presse est prise pour cible. Le journal El Watan a publié un article sur la fortune des enfants de l’ancien chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, homme fort du pays jusqu'à sa mort le 23 décembre 2019.  

Sanction immédiate : le pouvoir l’a privé de publicité publique alors que l’Etat est le plus gros annonceur du pays.

Risques de mutation du "hirak"

L’épidémie de Covid-19 a servi les intérêts du régime. Le mouvement de contestation a été stoppé net en mars dernier. Interdiction de se rassembler.

Mais le virus n’a pas éteint le « hirak », loin de là. Il a même donné à la population de nouvelles raisons de protester… La crise économique s’est aggravée. Et personne ne fait confiance aux autorités pour gérer la pandémie. Les mesures de distanciation sociale sont peu suivies. On voit très peu de masques dans les rues d’Alger. Le bilan officiel de 1600 morts serait en réalité bien plus lourd.

Récemment, des contestataires sont à nouveau descendus dans les rues le vendredi, dans plusieurs villes d’Algérie,

Beaucoup d’Algériens se disent prêts à reprendre le mouvement après les mesures de confinement. Mais d’autres sont découragé. Le soulèvement pacifique n’aura finalement mené à rien, si ce n’est à la perpétuation du régime. 

Des experts redoutent ainsi une mutation du « hirak » : un mouvement violent cette fois, peut-être des émeutes, avec des revendications plus sociales. Et toujours le même objectif : la fin du système en place.

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