C’est reparti pour un tour : les négociations sur l’accord commercial du Brexit ont repris ce lundi après midi 11 mai. Bouclage impératif au 31 décembre. Et il ne faut pas surtout pas croire que la pandémie de coronavirus change la donne. C’est le « monde d’après ».

Boris Johnson, ici à sa sortie du 10 Downing Street ce lundi 11 mai, a repris ses activités après avoir été malade
Boris Johnson, ici à sa sortie du 10 Downing Street ce lundi 11 mai, a repris ses activités après avoir été malade © AFP / WIktor Szymanowicz / NurPhoto / NurPhoto via AFP

On pourrait se dire que le Covid va faire office de réveille-matin. Wake up call, sortons du mauvais rêve, ce Brexit est une absurdité. On recommence à zéro. On se prend aussi à y songer quand on voit, hier, Paris et Londres s’entendre pour que leurs ressortissants respectifs ne fassent l’objet d’aucune mesure de quarantaine en cas de déplacement chez le voisin.

Et puis surtout le Royaume-Uni est en train de payer pour voir ce qu’est le prix de la solitude.

  • Le plus lourd bilan européen : déjà 32.000 morts, même Boris Johnson a été malade. Et le négociateur du Brexit, David Frost, aussi.
  • Des prévisions économiques catastrophiques : 14% de recul du Produit Intérieur Brut cette année, c’est nettement pire que la France, l’Italie ou l’Espagne.
  • Un système de santé débordé.
  • Et un premier ministre dont la côte de popularité s’effrite : elle n’est plus qu’à 34%. 

Ajoutons que la crise du Covid met en évidence la nécessité d’une vraie coopération internationale en matière de santé. Rappelons que l’Écosse ne veut pas sortir de l’Union Européenne. Et voilà plein de bonnes raisons pour voir Londres changer de logiciel, lors de cette réunion avec l’Union Européenne qui a débuté à 15h.

Londres et Bruxelles toujours à couteaux tirés

Sauf qu'on a du mal à y croire plus de quelques minutes. La partie de poker va continuer, et ce n’est pas imputable au fait que les négociations, distanciation sociale oblige, sont rendues plus ardues par la visioconférence.

En fait, chacun campe sur ses positions. Un accord commercial doit donc être trouvé avant le 31 décembre. C’est infaisable, de l’avis général. Il faudrait donc convenir d’un report. Mais de cela il faut décider avant le 30 juin. Et personne ne veut en prendre l’initiative.

Pourquoi ?

Parce que deux logiciels incompatibles s’opposent, Covid ou pas Covid.

D’un côté, l’Europe veut conclure un accord global : des préférences commerciales pour le Royaume-Uni, et en contrepartie une acceptation par Londres des normes fiscales, sociales, environnementales de l’Union.

En face, le Royaume-Uni ne veut plus ces normes européennes (c’est pour ça qu’il y a eu le Brexit) et il veut négocier des accords secteur par secteur, les transports, les services, etc. Avec un atout dans sa manche : la pêche. Les Européens ont besoin d’accéder aux eaux britanniques. 

Et puis cyniquement, en cas de plongeon économique, Londres pourra toujours incriminer le virus, plutôt que le Brexit. Résultat : tout est bloqué. 

Des Brexiters confortés par la désunion des Européens

Et l’épidémie ne remet pas de bon sens dans la partie de poker. C’est plutôt l’inverse. La crise du coronavirus conforte les Brexiters.

D’abord, elle entretient cette idée que l’on est mieux protégé en fermant ses frontières, dans un splendide isolement. A ceci près que ça marche peut-être pour la Nouvelle Zélande à l’autre bout du monde, beaucoup moins pour le Royaume-Uni, ultra dépendant de ses échanges avec l’Europe. Mais peu importe : le nationalisme du Brexit est conforté.

Ensuite, on ne peut pas dire que depuis deux mois, l’Europe ait fait preuve d’une efficacité flagrante. Les 27 membres de l’Union ont pris leurs décisions en ordre dispersé : chacun pour soi, dans le confinement comme dans le "déconfinement".

L’absence de réelle compétence européenne sur le plan sanitaire n’arrange rien : les Britanniques ne voient pas en quoi Bruxelles pourrait les aider.

Enfin, n’oublions pas le point de départ : Boris Johnson a été très confortablement élu sur un programme simple, « Get the Brexit done ». Faites le Brexit. 

Et même avec une côte de confiance en repli, il reste de loin le leader le plus populaire en Grande-Bretagne.

En fait, dans l’esprit des partisans du Brexit, l’épidémie, non seulement n’invalide pas leur choix, mais elle démontre combien ils sont les précurseurs de l’implosion générale de l’Europe

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