Le coronavirus est désormais une pandémie mondiale, constat de l’OMS. Fait marquant: cette pandémie est gérée essentiellement par chaque pouvoir politique dans chaque pays. Comme quoi les États n’ont pas abandonné tout rôle au profit des pouvoirs économiques. Ils sont même remis au centre. C'est le monde à l'envers.

Le président chinois Xi Jinping s'est rendu mardi 10 mars à Wuhan berceau de l'épidémie de coronavirus
Le président chinois Xi Jinping s'est rendu mardi 10 mars à Wuhan berceau de l'épidémie de coronavirus © AFP / Xie Huanchi / XINHUA

Dans chaque pays, le processus est le même. Vers qui la population se tourne—t-elle pour faire face à la crise sanitaire ? Vers l’Etat. Aux oubliettes, le discours à la mode sur la fin du politique, selon lequel les grandes entreprises, la Bourse, pourquoi pas les ONG, que sais-je, gouverneraient le monde. Lorsque la menace devient significative, c’est vers l’État que l’on regarde. Avec ses incarnations, les services publics : l’armée (voire la police) pour la sécurité au sens strict. Les médecins, les hôpitaux pour la sécurité sanitaire.

C’est vrai évidemment en Chine, où l’État contrôle tout. C’est vrai en France, où le point quotidien de la direction générale de la santé est guetté comme parole d’évangile. En fait, c’est vrai partout. Et c’est comme ça que chaque État, dans son coin, chez lui, met en place ses mesures face au coronavirus.

Chaque État est tenu pour responsable par ses citoyens. En positif : on lui demande l’organisation, la protection, l’information face au virus. En négatif : si un truc cloche, c’est lui qu’on critique. Parce qu’il en dit trop, ou pas assez, ou trop tôt, ou trop tard, ou trop vite. Et la critique la plus forte va se produire évidemment là où l’État parait le plus défaillant. On le voit en Italie aujourd’hui avec une infrastructure sanitaire aux abois. 

Bref, le coronavirus démontre que l’État reste l’acteur politique central.

Le besoin d'une Europe de la santé

Et si on regarde ce constat à l’envers, ça veut dire que le supra-étatique, la coordination internationale, sont aux abonnés absents. On l’a déjà dit ici-même au sujet de l’Organisation Mondiale de la Santé, qui se contente de compter les points, dans un climat général de défiance vis-à-vis des institutions multilatérales.

On peut le dire aussi de l’Union Européenne. Jusqu’à hier en tous cas, c’était silence radio. Et fait révélateur : ça ne venait à l’idée de personne de le reprocher à Bruxelles. La réaction est enfin venue hier 10 mars, mais elle est d’abord de nature économique : un fonds pour aider les entreprises en difficulté. Et un appel du pied à la banque centrale européenne, qui se réunit demain, afin qu’elle fasse un geste monétaire.

C’est bien. Mais on aurait pu attendre une réaction centrée en priorité sur la coordination sanitaire entre les 27 : harmoniser la remontée des données sur les malades, coordonner la recherche sur le vaccin, financer la production de masques de protection, aider les hôpitaux publics. Et à terme ne plus dépendre de l’Inde et de la Chine pour la fourniture en principes actifs des médicaments, en pénicilline, en paracétamol, etc. 

Sauf que voilà, jusqu’à présent, la santé n’est pas de la compétence de l’Europe qui n’a pas de pouvoirs en la matière. Il serait peut-être temps que ça change parce que chaque État ne pourra pas tout faire tout seul. Ce n’est ni faisable, ni souhaitable.

L'illusion de la fermeture des frontières

En fait ce retour des États au centre peut avoir des effets pervers, au moins trois.

Premier risque : la surenchère démagogique, entre États. La course à l’échalote, sous la pression médiatique anxiogène à souhait : à qui prendra la mesure la plus radicale, la plus spectaculaire. En espérant, pourquoi pas, au passage, en tirer un bénéfice électoral.

Deuxième risque : la restriction des libertés publiques par le pouvoir, le gouvernement qui entend incarner l’État. Au nom d’une préoccupation légitime (protéger la santé), limiter les mouvements des individus. Le cas type, évidemment, c’est la Chine. Où l’épidémie vient de permettre au pouvoir de renforcer son contrôle social sur la population : surveillance généralisée, utilisation des données personnelles. L’Occident n’est pas à l’abri de cette évolution. On l’a vu avec la multiplication des lois anti-terroristes, là encore pour un motif légitime au départ.

Enfin troisième risque : la confusion entre le besoin d’État central et le nationalisme. Et là, il y a une mesure qu’on agite comme un hochet : fermer ses frontières. La nation, comme un prétendu bouclier contre la maladie. La Russie ne laisse plus entrer les Chinois. Israël met en quarantaine tous les étrangers. Et même dans l’espace Schengen, l’Autriche boucle sa frontière avec l’Italie. Avec souvent des arrière-pensées : par exemple, en Egypte on interdit les Qataris (adversaires politiques), et en Corée du Sud, le gouvernement se voit reprocher d’avoir aidé la Chine.

Comme si fermer une frontière allait régler le problème et arrêter le virus, alors que l’Histoire montre à peu près le contraire.

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