Ce mercredi 13 mai, la commission européenne doit présenter ses préconisations sur une réouverture progressive des frontières au sein de l’Union. Mais pour l’instant, on en est loin. Et ça ne va pas se résoudre d’un coup de baguette magique. C’est le « monde d’après ».

Un fonctionnaire polonais contrôle les véhicules à Görlitz à la frontière entre la Pologne et l'Allemagne
Un fonctionnaire polonais contrôle les véhicules à Görlitz à la frontière entre la Pologne et l'Allemagne © AFP / Sebastian Kahnert / dpa-Zentralbild / dpa Picture-Alliance via AFP

Disons-le franchement : jusqu’à présent c’est le bazar. La cacophonie. Le degré zéro de la concertation entre Européens. 

Dernier épisode en date : l’Espagne, ce 12 mai au matin, a décidé de se barricader. Quarantaine pour tout étranger qui entre sur le territoire. Ça vaut pour l’instant jusqu’au 24 mai, mais ça pourrait se prolonger.

En fait, à part l’Irlande, qui fait peu de contrôles à ses frontières, presque tout le monde a rétabli des murs. Sur les 27 pays de l’Union, 16 affichent officiellement une interdiction d’entrée pour les étrangers, même pour les voisins. 

Et surtout, il y a au moins cinquante nuances de fermeture:

  • Il est quasiment impossible d’entrer en Pologne ou en Hongrie. 
  • On peut entrer en Allemagne si on vient des Pays-Bas mais pas de France, pourquoi mystère. 
  • Il faut un test pour entrer en République Tchèque.
  • Les travailleurs roumains sont autorisés en Autriche mais pas les autres, etc.
  • Et si vous voulez passer la frontière franco-belge, il suffit d’attendre la fin d’après-midi, il n’y aura plus de contrôles.

C’est presque entre la France et le Royaume-Uni que c’est le plus facile de circuler, un comble après le Brexit ! Bref, non seulement il n’y a plus d’espace de libre circulation mais c’est tellement confus qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits.

La saison touristique estivale en péril dans l'Europe du Sud

Et donc l’Union Européenne veut essayer d’y mettre bon ordre ! Elle a bien raison. Avec trois objectifs.

Le premier est économique : la saison estivale approche. Et pour les pays du Sud, l’enjeu du tourisme est crucial : 10 à 20% de la richesse nationale en dépend en Grèce, en Croatie, au Portugal, en Espagne, en Italie, en France. Et le tourisme « local », par les ressortissants nationaux dans chaque pays, ne comblera pas le manque à gagner. La Grèce en particulier demande des corridors touristiques sécurisés d’un point à un autre de l’Europe.

Le deuxième objectif est symbolique : envoyer un message d’espoir aux Européens. L’Union est capable de faire rouvrir certaines frontières pour que vous puissiez passer vos vacances au soleil, si vous le souhaitez et le pouvez. Le document préparatoire de la commission s’appelle d’ailleurs, ce n’est pas un hasard, « L’Europe a besoin de se reposer ».

Enfin il y a l’enjeu politique. C’est l’occasion pour Bruxelles de montrer sa capacité à ré accorder les violons sur des règles communes d’ouverture ou de fermeture des frontières. 

Dans cette logique, la commission pourrait proposer une carte de l’Europe un peu comme en France : des zones vertes et des zones rouges. Par exemple : vous vivez au nord de l’Allemagne, c’est en vert, vous pouvez aller dans le sud de l’Italie, c’est en vert aussi. Et en zone rouge : ceinture, ou libre arbitre des pays concernés.

Des frontières à usage politicien plus que sanitaire

Alors, question évidemment : est-il possible de mettre fin à la cacophonie ? Pas évident. Pourquoi ? Parce que ces décisions prises jusqu’à présent au niveau national, dans chaque pays, ne relèvent pas de la rationalité sanitaire.  

En termes de propagation du virus, le Grand Est (par exemple) à plus à voir avec la Belgique qu’avec l’Aquitaine, Paris plus à voir avec Madrid qu’avec Marseille. Donc fermer les frontières (du moins entre pays) est d’une efficacité contestable sur la maîtrise de l’épidémie. Et soit dit en passant, à l’heure où nous parlons, c’est plus le monde extérieur qui devrait se protéger de l’Europe que l’inverse.

Non ces décisions relèvent davantage de la gesticulation politique, voire politicienne. L’objectif, pour chaque gouvernement, c’est de se légitimer lui-même, et aussi de séduire son électorat en lui donnant l’impression qu’il le protège. A fortiori avec à l’arrière-plan, la pression des mouvements de droite radicale nationaliste. 

Donc tout ça rend le pari européen difficile : si demain la commission parvient à convaincre les 27 membres de l’Union de renoncer à leurs calculs nationaux à la petite semaine, et d’en revenir à une utilisation rationnelle des frontières, alors chapeau bas ! 

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