Pendant toute la durée de cette crise du coronavirus, "le monde à l'envers" devient "le monde d’après". Première question: est-ce la fin du leadership américain, vu la propagation de l’épidémie outre-Atlantique ? On est tenté de répondre oui, mais attention à ne pas aller trop vite en besogne.

Donald Trump lors de son point presse sur le coronavirus le 10 avril
Donald Trump lors de son point presse sur le coronavirus le 10 avril © AFP / JIM WATSON / AFP

Nous y voilà donc. Nous sommes lundi de Pâques. Et vous vous souvenez de la prédiction de Donald Trump, il y a quelques semaines : à Pâques, tout sera rentré dans l’ordre. Je ne vous fais pas un dessin. Vous connaissez la situation : les Etats-Unis sont en passe de devenir le cœur de la pandémie. Premier pays touché au monde : 550.000 cas recensés, 22.000 morts, 12.000 patients dans un état grave voire critique.

Donc, oui c’est tentant de voir dans ce tableau le symbole du déclin de l’empire américain. D’y voir d’abord l’échec d’un homme : entre incompétence notoire, hésitations coupables et obscurantisme aveugle, Trump a fait étalage de toutes ses qualités depuis un mois et demi. Et de nombreux Américains font désormais plus confiance à leurs gouverneurs locaux plutôt qu’au patron de la Maison Blanche.

Une Amérique recroquevillée sur elle-même

Cela dit, ça dépasse le cas de Trump, ce sont les Etats-Unis tout entier qui doutent ! C'est l’échec aussi d’un modèle de société. Où plus que partout ailleurs, les budgets pour la santé ont été ratiboisés : moins 50% en 10 ans pour le Centre National de Prévention des Maladies. Et où la couverture sociale est un luxe réservé à ceux qui ont un emploi. Résultat, ce n’est pas un hasard : le Covid tue d’abord les pauvres et les Noirs, à Chicago, Milwaukee ou la Nouvelle Orléans.

Et puis on peut voir aussi dans les événements du mois écoulé le symbole d’une disparition. La disparition du leadership américain au niveau mondial. Aucune prise d’initiative internationale. Les Etats-Unis se sont repliés sur eux-mêmes, ils ont fermé leurs frontières y compris aux Européens. Ils ont définitivement renoncé à donner le tempo, à revendiquer un rôle de porte-drapeau du bien et du progrès.

Pour toutes ces raisons, c’est tentant de conclure que cette crise sonne le glas du leadership américain. A fortiori quand on rêve depuis longtemps de ce déclin, et c’est un rêve très répandu au sein des élites européennes.

La mécanique populiste fonctionne toujours

Sauf que… attention à ne pas aller trop vite en besogne. Reprenons point par point. D’abord, sur le sort de Trump.

En fait il est fidèle à lui-même. Pas de surprise. Il continue de distiller les fausses informations, d’accuser le voisin, de transformer ses points de presse en meetings électoraux. Et de multiplier les apparitions à la télévision, avant hier encore sur Fox News. Et ça marche : son électorat lui reste très fidèle. C’est le propre du logiciel populiste : plus c’est gros, plus ça passe. Trump est toujours bien en place.

Sur le modèle américain ensuite. Ça ne sert à rien de le regarder avec ces lunettes européennes où l’Etat central occupe un rôle majeur. L’Etat providence reviendra peut-être aux Etats-Unis, comme avec Roosevelt après la crise de 1929, ou bien peut—être pas. Mais c’est un choix qui incombe aux électeurs américains. 

Le leadership renforcé des GAFA 

Quant à l’absence de leadership sur la scène mondiale, ça se discute. Que le pouvoir politique de Washington soit effacé, c’est certain. Mais le leadership américain passe, depuis belle lurette déjà, par d’autres biais. J’ai nommé les Gafa, les géants du numérique, qui sont en train d’accroitre encore leur pouvoir à l’occasion de cette crise. Omniprésence des réseaux sociaux, essor de la vente par correspondance, développement du traçage numérique, tout ça c’est pain bénit pour Apple, Google, Facebook et Amazon.

Une hypothèse de fiction pour finir : imaginons qu’un vaccin contre le virus soit découvert par une entreprise américaine. Alors les Etats-Unis redeviendraient aussitôt les rois du pétrole, les GI’s de 1944. Les sauveurs de l’Humanité. Et cette hypothèse n’est quand même pas totalement farfelue.

Donc oui, n’enterrons pas trop vite les Etats-Unis dans « le monde d’après ».

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