Le nombre de victimes du coronavirus est en train d’augmenter fortement en Amérique Latine, en particulier au Brésil. Alors question: cela peut-il ébranler les gouvernements populistes du type de celui de Jair Bolsonaro ? C’est loin d’être acquis. C’est le « Monde d’après ».

Le président brésilien Jair Bolsonaro en pleine épidémie et sans protection fait un selfie avec sa fille et ses partisans, le 3 mai
Le président brésilien Jair Bolsonaro en pleine épidémie et sans protection fait un selfie avec sa fille et ses partisans, le 3 mai © AFP / EVARISTO SA / AFP

Les chiffres sont saisissants : lors de la seule journée d’hier 12 mai, le Brésil a dénombré 881 morts du virus. Un record en une seule journée. Avec 12640 décès, le géant d’Amérique du Sud est désormais l'un des pays les plus touchés au monde

Le nombre de personnes contaminées est déjà supérieur à celui de la France et de l’Allemagne. Et selon l’école de médecine de Sao Paulo, le nombre de cas réels serait 15 fois supérieur aux statistiques officielles !

En fait, l’Amérique Latine est en passe de devenir progressivement un nouvel épicentre de la pandémie. Certains pays restent préservés : le Costa Rica, le Paraguay, ou l'Uruguay. Mais partout ailleurs, l’évolution est rapide et inquiétante. Au Mexique, 350 morts hier : là encore un record en une journée. Et ça pourrait se dégrader, vu la prévalence de l’obésité et du diabète dans le pays. Au Pérou, la mortalité en avril est le double de la normale. En Équateur, les corps ont été entassés dans les rues de Guayaquil, etc. 

L’Amérique Latine, en manque de masques, de tests, de ventilateurs, et en panne économique avant même la pandémie, pourrait payer le prix fort.

L'obscurantisme de Bolsonaro

En quoi cela peut-il menacer les gouvernements en place ? Tout simplement parce que certains d’entre eux font carrément n’importe quoi !

Et là encore, l’exemple type c’est évidemment le Brésil de Jair Bolsonaro. Le président d’extrême droite, n’en rate pas une : retard au démarrage, refus de la distanciation sociale, promotion du jeûne pour lutter contre le virus, consultation d’un astrologue, critique permanente des gouverneurs régionaux qui imposent le confinement. Sans oublier une série de scandales politiques. Trump version Tropiques.

Ce n’est guère mieux au Mexique où le président étiqueté de gauche Manuel Andres Lopez Obrador, brandit des amulettes et des colifichets face au Covid, avec cette formule : « ce sont mes gardes du corps ». Au Mexique, les personnels de santé font d’ailleurs l’objet d’agressions. Obscurantisme et refus du réel également au Nicaragua, opacité au Venezuela.

Bref, l’échec est patent. L’incompétence et la tentation de nier la menace sont d’autant plus fortes que le régime est peu démocratique ou a dérivé vers un populisme aveugle.

Par-dessus le marché, les États-Unis, qui avaient tendance à regarder l’Amérique Latine comme leur chasse gardée, se désintéressent de la situation: zéro soutien logistique. Donc sur le papier, on se dit qu’en toute logique, un gouvernement comme celui de Bolsonaro au Brésil ne devrait pas survivre à l’épidémie.

La Chine pointe le bout de son nez

Sauf que la logique n’a rien à voir là-dedans.

Au Brésil, Jair Bolsonaro conserve une côte de popularité très honorable, à 32% : son socle électoral lui est fidèle. Et 1 Brésilien sur 2 continue d’approuver la gestion de l’épidémie par le gouvernement. Qui plus est, comme aux Etats-Unis, les partisans du président battent le pavé, manifestent tous les samedis pour dénoncer, je cite, un « faux virus », ou s’attaquer aux « médias poubelles ». Ajoutons que la maladie touche d’abord les plus pauvres, dans les favelas ou en Amazonie, qui sont les moins à mêmes de renverser le pouvoir.

On pourrait prendre d’autres exemples : au Mexique, la popularité du président est en hausse à plus de 50%. Colifichets ou pas.

Enfin, depuis que les Etats-Unis sont sortis du jeu, un nouvel acteur pointe le bout de son nez : la Chine, qui aide massivement le Brésil ou le Mexique, en envoyant tests et masques en quantité. « Gracias China », merci la Chine, a  tweeté le ministre mexicain des affaires étrangères. Et Pékin fera tout pour soutenir les régimes populistes qui sont pour elle des alliés objectifs.

Bref Bolsonaro et consorts peuvent très bien survivre au virus.

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