Le championnat de football allemand, la Bundesliga, s’apprête en effet à reprendre après-demain samedi 16 juin. Et cet événement, car c’en est un en Allemagne, révèle combien le sport n’a pas le même poids selon les pays. C'est le "monde d'après".

Le stade de Dortmund, ce jeudi 14 mai, se prépare à accueillir la reprise du football en Allemagne
Le stade de Dortmund, ce jeudi 14 mai, se prépare à accueillir la reprise du football en Allemagne © AFP / Ina Fassbender / AFP

Dortmund – Schalke 04. C’est la grande affiche d’après-demain. Les deux clubs rivaux ne sont distants que de 30 kms. C’est un peu l’équivalent d’un Lyon – St Etienne. Et l’énorme stade de Dortmund, 80.000 places, sera donc… vide.

Parce qu’attention, le protocole de 50 pages établi par la fédération allemande est strict : huis-clos, port de masques pour les entraineurs, pas de poignées de main entre les joueurs, etc.

C’est à ce prix que les réticences sanitaires ont été surmontées, alors même que le week-end dernier des footballeurs malades ont été identifiés en Allemagne.

A vrai dire, l’enjeu financier était trop important pour repousser la reprise : 56.000 emplois sur la sellette, 1 club sur 3 menacé de dépôt de bilan du fait de la perte de 300 millions d’euros de droits télévisés.

La Bundesliga est un business énorme.

C’est pareil avec le baseball en Corée, sport numéro un là-bas : il y a donc eu reprise il y a 10 jours. C’est pareil avec le football en Italie : grosse pression pour une reprise à la mi-juin, il y a 250 millions en jeu. Encore pire en Angleterre : 900 millions en jeu.

Seules la France, les Pays-Bas et la Belgique ont renoncé à reprendre leurs championnats respectifs: le poids économique du football est moins important chez nous.

Pression économique sur les gouvernements

Il est intéressant, dans ce contexte économique de regarder le rôle joué par les gouvernements dans cette affaire. Le football professionnel a pris l’habitude de vivre sa vie comme il l’entend, indépendamment des pouvoirs politiques. Et là, depuis deux mois, le voilà soudain contraint d’obéir à la puissance publique, de revenir dans le giron du droit commun

C’est dur à avaler. Par exemple, en Italie lorsque le ministre des Sports dit hésiter à donner son feu vert à une reprise vu le nombre de joueurs malades, le monde du ballon rond dénonce aussitôt « une attaque contre le football ».Par effet en chaine, partout où le poids économique du foot est majeur, la pression est énorme sur le personnel politique: en Italie, en Espagne, en Allemagne, où les patrons des grandes régions, poussés par les clubs, ont persuadé une Angela Merkel pourtant réticente.

Là encore, la France est à part. La décision du gouvernement de fermer le ban cette année n’a pas suscité de levée de bouclier dans le monde sportif, à l’exception du patron de Lyon, Jean-Michel Aulas. Signe que sur ce terrain la parole politique, pourtant souvent contestée en France, s’impose comme légitime. Signe surtout que le football, ici, n’est pas roi.

Le sport sans supporters

Et là on touche à la dimension sociale, au poids du sport dans la société ! L’ancien grand footballeur allemand Lothar Matthaus affirme que « le foot c’est bon pour le psychisme des gens ». Autrement dit, c’est le meilleur moyen de libérer un peu la pression dans cette cocotte-minute confinée liée virus.

En Allemagne, en Italie ou au Royaume-Uni, les clubs de foot ont un rôle de ciment social, beaucoup plus qu’en France, où seule l’équipe nationale déclenche (parfois) une véritable ferveur populaire.

Seulement voilà : peut-il y avoir du sport sans supporters ? Après-demain, il n’y aura donc personne dans le stade de Dortmund, pourtant l’un des plus chauds d’Europe. 370 associations de supporters représentant 150 clubs européens viennent donc de publier un manifeste contre cette reprise des matches, qui, je cite, « place l’argent avant la valeur humaine ».

Et cette situation conduit à de drôles d’idées. En Corée, dans les stades de baseball vides, des faux supporters en cartons sont placés dans les travées pour faire illusion. En Europe, la chaine de télévision Sky imagine de créer en numérique des images virtuelles de supporters pour donner l’illusion que les stades sont pleins pendant les matches. 

On est en plein roman d’anticipation. Bientôt, à ce rythme-là, il n’y aura plus guère de différence entre un match de foot et un jeu vidéo.

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