Ce mardi 14 avril l’ambassadeur de Chine en France a été convoqué par le Quai d’Orsay après des commentaires peu diplomatiques sur la gestion de l’épidémie. L'épisode est révélateur : la Chine a beau sembler tirer profit de la situation sur le plan géopolitique, elle n’est pas si forte. C'est le "monde d'après".

Une affiche de remerciement à "notre frère Xi" à Belgrade après l'annonce de l'aide chinoise à la Serbie
Une affiche de remerciement à "notre frère Xi" à Belgrade après l'annonce de l'aide chinoise à la Serbie © AFP / Andrej ISAKOVIC / AFP

Et à la fin, c’est la Chine qui gagne. C’est pour l’heure l’idée qui vient spontanément à l’esprit : Pékin grand gagnant du rééquilibrage géopolitique provoqué par le virus. Trois raisons plaident dans ce sens.

La première, c’est que la Chine donne l’impression d’avoir maîtrisé l’épidémie. Même s’il y a un doute sur le bilan exact dans le pays (officiellement 3300 morts, en réalité peut-être plusieurs dizaines de milliers), il n’en reste pas moins que le pouvoir chinois a enrayé la propagation du virus. Avec des méthodes radicales et autoritaires (le confinement total de la région du Hubei) mais des méthodes efficaces. Et rapporté à la population chinoise, 1 milliard 400 millions d’habitants, le bilan est donc modéré. Il parait presque dérisoire au regard de ce que vivent les pays occidentaux, Italie, Espagne, France, Grande-Bretagne, États-Unis.

Puissance économique et Bons Samaritains

Et puis les Chinois, eux au moins, ils ont des masques, ce qui nous renvoie à la deuxième raison de cette impression de victoire : économiquement, la Chine, c’est plus fort que toi !

Vu de Paris, on ne peut pas se payer le luxe de se fâcher avec les Chinois au moment où on veut leur acheter 600 millions de masques ! Parce qu’ils sont capables, en quelques semaines, de multiplier leur production par 10. Où sont les masques, les tubes de gel, les vitamines, les antibiotiques, et le matériel numérique ? Ne cherchez pas : dans l’usine du monde, en Chine. Bref, Pékin nous tient par le bout du nez. 

Enfin, troisième indicateur : la Chine s’autorise désormais à jouer les Bons Samaritains. En communiquant à outrance sur l’aide qu’elle apporte à l’Italie ou à la Serbie en Europe, à l’Éthiopie ou au Kenya en Afrique. Elle se pose en bienfaiteur de l’Humanité, comme si elle cherchait à endosser le rôle autrefois revendiqué par des États-Unis désormais aux abonnés absents.

Pour toutes ces raisons, cette crise ressemble à une formidable opportunité pour Pékin.

Un redémarrage économique menacé

Mais ce n'est pas si simple. La Chine n’a pas partie gagnée. Reprenons.

Sur la gestion de l’épidémie d’abord. L’histoire n’est pas terminée. D’une part, on voit apparaître en Chine un embryon de deuxième vague de contamination et Pékin demeure d’ailleurs en grande partie confinée. D’autre part, n’oublions pas la responsabilité initiale de la Chine sur l’apparition du virus :  via une transmission à l’homme sur un marché où l’on vendait des animaux sauvages.

Sur la puissance économique ensuite. La Chine est plus fragile qu’il n’y parait. En 10 ans, sa croissance annuelle a chuté de 15% à 6%. La dette flambe. La population vieillit. Et le redémarrage de cette « usine du monde » s’annonce très compliqué, puisque le monde est à l’arrêt. Ajoutons que l’Occident va vouloir limiter sa dépendance en relocalisant sur son sol une partie de sa production. Et qu’au sein du pouvoir chinois, la méthode Xi Jinping ne fait sans doute pas l’unanimité.

Un pouvoir de séduction faible

Reste l’image du Bon Samaritain. Et là, le pouvoir chinois est loin du compte. Il n’est qu’à lire les propos truffés de fausses informations figurant sur le communiqué de l’ambassade de Chine qui a provoqué le rappel à l’ordre effectué par le Quai d’Orsay. Il y est question, par exemple, de personnels des Ehpad qui, en France, auraient déserté leur poste pour laisser mourir les pensionnaires. La propagande façon gros sabots, donc inefficace.

Capture d'écran du communiqué de l'ambassade de Chine à Paris en date du 12 avril
Capture d'écran du communiqué de l'ambassade de Chine à Paris en date du 12 avril / Ambassade de Chine

Si on y ajoute la dérive chinoise vers une société de la surveillance généralisée, Pékin est loin de remplir la place laissée vacante par le déclin américain, en termes de soft power.

On se résume. Que la Chine s’en sorte avec l’image d’une puissance efficace, sans doute. Avec l’image d’une puissance séduisante, ça reste à prouver. Les jeux sont donc loin d’être faits sur le futur leadership mondial.

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