L’un des effets de l’arrêt de l’économie, c’est l’amélioration de la qualité de l’air, donc on se prend à rêver à un grand plan écologique. Mais c’est l’inverse qui risque de produire. Premier test : la publication prochaine du document révisé de la Commission Européenne sur son Green Deal. C'est "le monde d'après".

La présidente de la commission européenne Ursula Von Der Leyen lors de sa conférence de presse sur la lutte contre le Covid-19
La présidente de la commission européenne Ursula Von Der Leyen lors de sa conférence de presse sur la lutte contre le Covid-19 © AFP / JOHN THYS / POOL / AFP

A première vue, c’est presque un conte de fée écologique. Avec l’arrêt de l’activité économique, on entend les oiseaux dans les villes, on respire dans les rues, et en Inde, on aperçoit désormais l’Himalaya depuis la plaine. C’est sans précédent. Le trafic automobile a chuté de 80 à 90% dans les grandes métropoles occidentales. Le trafic aérien est quasiment à l’arrêt. Une partie de l’industrie manufacturière aussi. Résultat : les émissions de gaz à effet de serre sont en chute libre. 

La crise met aussi en évidence un autre impératif écologiquement vertueux : la nécessité d’en revenir à des circuits courts de production. Afin de ne plus dépendre de la Chine, pour notre approvisionnement en tous genres, des masques aux pièces détachées automobiles. Et plus les circuits seront courts, plus la pollution sera réduite.

Enfin, écologie toujours, l’historique du virus, une transmission à l’homme provenant des animaux sauvages, tend à démontrer combien nos atteintes à la biodiversité se retournent contre nous-mêmes. Bref, tout dans cette histoire participe d’une plaidoirie écologique.

Lobbying industriel à Bruxelles

Mais il est peu probable que ce soit suivi des faits. Le premier risque, le plus évident, c’est la paralysie. Que les décisions nécessaires, notamment pour enrayer le réchauffement climatique, ne soient reportées aux calendes grecques. 

En un mot : on verra plus tard. Il y a plus urgent : la santé. Et ce processus est déjà en cours : la COP 26 prévue en novembre à Glasgow est reportée. C’était un rendez-vous majeur, avec 200 chefs d’Etat présents, pour relancer la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Report également de la Conférence de l’ONU sur les océans prévue en juin.

Même chose au niveau européen. Le Green Deal lancé par la nouvelle commission européenne avec tambours et trompettes a du plomb dans l’aile. Le premier ministre tchèque appelle déjà à oublier ce projet. Tandis que la Pologne ne veut plus entendre parler des quotas d’émission de carbone.

Par-dessus le marché, de nombreuses grandes entreprises estiment que la relance de l’économie exige un report de la grande réforme écologique. Le lobbying bat son plein à Bruxelles. L’environnement pourrait bien en sortir perdant.

Changer la matrice économique sur une base écologique

Alors évidemment un report du plan, ce n’est pas nécessairement un renoncement ! C’est vrai. Mais ça peut aller au-delà du report. Il peut même y avoir recul, marche arrière.

Aux Etats-Unis, on voit déjà que Donald Trump prend prétexte de la crise pour relancer l’oléoduc Keystone ou pour abaisser les exigences antipollution faites aux constructeurs automobiles.

En Europe et en Asie, la tentation sera grande, une fois le confinement derrière nous, de relancer la machine économique à pleine puissance, pour rattraper le temps perdu, pour créer des emplois le plus vite possible. En consommant à tout va, avec son lot d’énergie polluante, pétrole, charbon. Faire comme si toute cette histoire n’avait été qu’une parenthèse. 

L’occasion est pourtant unique, de prendre la mesure de l’urgence climatique. L’occasion de remettre les compteurs à zéro, de faire un reset, de relancer la matrice économique sur une base plus respectueuse de l’environnement. Avec des investissements massifs pour atteindre la neutralité carbone, avec une vraie coordination européenne sur l’éolien ou l’hydrogène propre.

En ayant à l’esprit que l’impératif de santé, désormais revenu au premier plan, est indissociable de l’impératif environnemental. Rappelons par exemple que selon la société européenne de cardiologie, la pollution atmosphérique provoque la mort prématurée de près de 9 millions de personnes dans le monde chaque année. 9 millions !

D’ici à jeudi prochain, la Commission Européenne devrait donc publier une version révisée de son Green Deal. Cette esquisse du « monde d’après » nous dira si on tourne (ou pas) la page du « monde d’avant ».

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