« Journée vaccin » pour Emmanuel Macron: il s’est rendu sur le site de recherche de Sanofi avant d’échanger par visioconférence avec tous les grands laboratoires pharmaceutiques. L’enjeu de taille : cette course au vaccin est le symbole par excellence des arbitrages mondiaux qui vont définir "le monde d'après".

Le laboratoire Biopharma de Shenyang en Chine est l'un des 130 laboratoires dans le monde à chercher un vaccin contre le virus
Le laboratoire Biopharma de Shenyang en Chine est l'un des 130 laboratoires dans le monde à chercher un vaccin contre le virus © AFP / NOEL CELIS / AFP

Ce dossier concentre de grandes lignes de partage des eaux. Il concentre trois problématiques clés, trois alternatives.

La première alternative, c’est le débat public / privé. Les grands labos pharmaceutique sont devenus parmi les entreprises les plus solides au monde. Leur force est telle qu’ils font leurs choix comme bon leur semble. Mais, dans ce paysage où domine le privé, l’épidémie vient de remettre au centre l’importance de la puissance publique dans les questions de santé.

Ce n’est donc pas un hasard si, en Europe en tous cas, les États cherchent à redéfinir leur relation avec les géants de la pharmacie. Hier, l’Allemagne met 300 millions d’euros sur la table pour acquérir 23% du laboratoire CureVac, l’un des plus prometteurs dans la recherche contre le virus. Ce matin, en France, Emmanuel Macron annonce 200 millions d’euros pour aider Sanofi dans la même quête.

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Il s’agit bien de définir les termes d’un nouveau partenariat public / privé sur ces questions, où le bien commun ne s’efface pas derrière la seule recherche du profit. L’enjeu est majeur.

La relocalisation compliquée de l'industrie pharmaceutique

Cela dit, ce n’est pas demain la veille que les laboratoires pharmaceutiques vont se transformer en associations de philanthropie: ils ne vont pas renoncer aussi sec à leurs profits, obtenus grâce à des marges importantes sur les coûts de fabrication. 

Ça nous conduit à la deuxième alternative qui rend ce dossier du vaccin emblématique : la relocalisation, ou pas, des usines de production. Parce qu’en admettant que le vaccin soit découvert, il faudra ensuite le produire en chaine.

A ce jour, l’Asie mène la danse. Près de 80% des produits actifs des médicaments sont fabriqués en Inde ou en Chine. Et la Chine construit déjà des usines pour être capable de sortir à la chaine des centaines de millions de doses d’un futur vaccin. Pour les Européens, l’enjeu c’est de rapatrier une partie suffisante de cette production pour devenir autonomes. L’Italie possède cet atout. Pas la France. C’est dans ce sens qu’il faut entendre l’annonce par Sanofi, toujours aujourd’hui, d’investir près de 500 millions dans une nouvelle usine.

Mais attention, « relocaliser » dans l’industrie pharmaceutique n’est pas simple. Les réseaux de fabrication, par le biais de sous-traitants, sont opaques. Et l’avantage en Asie, c’est que la main d’œuvre est bon marché et les contraintes environnementales faibles. Relocaliser nécessitera des usines mais aussi des compétences. Ça prendra plusieurs années. Et ça peut signifier à terme une hausse du prix des médicaments. Ce n’est pas un choix facile.

L'Europe pour montrer la voie de la coopération internationale

On peut aussi envisager, rêvons un peu, que tout le monde coopère, ça résoudrait le problème ! C’est la troisième alternative, et là encore la course au vaccin est emblématique : course à l’échalote nationaliste, ou coopération internationale.

On voit bien l’intérêt d’une coopération : répartition du fardeau financier, partage des intelligences, le tout dans un but de bien commun pour l’Humanité. On imagine mal les États-Unis ou la Chine ne pas mettre en avant d’abord leur intérêt national, par calcul électoraliste ou par volonté de puissance.

C’est donc à l’Europe de jouer. L’affichage, hier, de l’Allemagne, de l’Italie, des Pays-Bas et de la France en est un bon exemple : avec l’annonce d’un partenariat commun avec Astra Zeneca. Le laboratoire anglo-suédois semble avancé dans ses recherches à Oxford, et ces 4 pays ont donc conclu ensemble un même contrat pour la production de 400 millions de doses à prix coûtant.

On se résume : la course au vaccin est une question de santé. Mais pas seulement. Elle est un concentré des choix sur le monde d’après : le repli ou l’entraide, le privé ou le public, la souveraineté ou la dépendance. Un nouvel équilibre devrait en sortir. On verra bien lequel.

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