Ce matin, la présidente de la commission européenne Ursula Von der Leyen a prononcé son discours de politique générale devant les euro-députés. C’est l’occasion de dresser un premier bilan de son action, 1 an après son accession à la fonction. Et le verre est à moitié plein. C'est le monde d'après.

Ursula Von der Leyen lors de son discours devant le Parlement européen
Ursula Von der Leyen lors de son discours devant le Parlement européen © AFP / JOHN THYS / AFP

Retenez cet acronyme : SOTEU. S, O, T, E, U, pour, c’est un anglicisme : State of the European Union. 

Le discours sur l’état de l’Union européenne. Ce sera désormais chaque année. Pour se placer au même niveau que le traditionnel « discours sur l’État de l’Union » prononcé par le président américain.

Ce n’est pas un hasard : la commission européenne est en train de monter en puissance, que ça plaise ou pas. Qu’y a-t-il donc dans ce verre à moitié plein ?

Un plan climat ambitieux

D’abord le plan climat : l’objectif fixé ce matin par Ursula Von der Leyen est ambitieux : réduire de 55% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 10 ans. Et l’objectif suivant ce sera neutralité carbone en 2050. Avec de nombreux effets en chaine prévisibles : fin des voitures à énergie fossile d’ici 15 ou 20 ans, isolation et rénovation des bâtiments, refonte des méthodes agricoles. Taxe sur le CO2 ou taxe carbone aux frontières. Et un financement avec des obligations vertes à hauteur de 600 milliards.

Au crédit de la commission au bout d’un an, citons également :

  • Le rôle joué dans l’adoption du plan de relance global avec sa petite révolution : un endettement commun des 27 
  • La fin de la naïveté dans la relation avec la Chine : désormais ce sera donnant donnant ; 
  • Ou le maintien de l’unité des 27 face au Royaume-Uni, malgré les manœuvres de Boris Johnson sur le Brexit.

Lenteur sur l'épidémie et statu quo sur les migrants

Il y a aussi beaucoup d’échecs, le verre à moitié vide, sur l’épidémie pour commencer: retard à l’allumage, déficit de coordination entre les 27 sur les frontières intérieures ou les politiques de dépistage, absence de geste symbolique comme un déplacement en Italie au début de la crise.

Ursula Von der Leyen en est consciente et elle a d’ailleurs débuté son intervention ce matin par ce sujet de l’épidémie. Elle en appelle à créer enfin une Europe de la Santé et à éviter le « nationalisme vaccinal ». Elle a raison.

Verre à moitié vide, également, sur deux autres dossiers :

  • Les migrants: l’incendie du camp de Moria à Lesbos vient nous rappeler à quel point les Européens restent divisés, incapables de se répartir le fardeau. Au moins Ursula Von de Leyen confirme-t-elle la révision du règlement de Dublin dont tout le monde connait l’absurdité ; il fait tout reposer sur les pays de premier accueil comme l’Italie.
  • Echec aussi sur l’état de droit : la commission n’est pas parvenue à enrayer les atteintes aux droits de l’homme à l’Est de l’Union, contre la presse en Hongrie ou la communauté homosexuelle en Pologne.

Le tabou des décisions à l'unanimité

Tout cela démontre que la commission reste tributaire du bon vouloir de chacun des 27 membres de l’Union. On voit bien que chaque pays reste tatillon sur certaines prérogatives : la santé, la défense, la gestion des frontières, etc. Et même sur les sujets plus consensuels comme le climat, il faut s’attendre à ce que certains mettent des bâtons dans les roues, par exemple la Pologne, très dépendante du charbon.

Les logiciels nationaux restent prééminents. Comme le montre, soit dit en passant, le peu de place accordé globalement dans les médias à ce discours de la présidente de la commission, alors qu’il est plus lourd de conséquences pour nous que bien des discours nationaux abondamment couverts. Je passe.

La commission reste en tous cas tributaire de l’unité des 27. Et c’est sa limite. Si vous voulez que nous soyons plus efficaces et plus rapides, a dit en substance Ursula Von der Leyen ce matin, il faut briser la règle de la prise de décision à l’unanimité des 27 pays et passer à la majorité qualifiée. C’est le grand tabou

Dans un monde éclaté, les Européens n’auront d’autre choix que de lever ce tabou à un moment donné, pour exister diplomatiquement, et parler d’égal à égal, avec Trump, Poutine ou Xi Jinping.

On n’en est pas là. Mais tout de même : avec l’appui de Berlin et de Paris, la commission européenne version Von der Leyen s’est davantage imposée en 12 mois que ne l’avaient fait en 15 ans ses prédécesseurs plutôt fades, Jose Manuel Barroso ou Jean-Claude Juncker.

Donc oui, le verre est à moitié plein.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.