Le confinement strict imposé depuis hier soir à Pékin attire les regards de toute la planète, inquiète d’un retour du virus. Mais il faut sans doute prendre cette information avec prudence, et regarder davantage l’évolution de l’épidémie en Inde, plutôt qu’en Chine. C’est le « monde d’après ».

Tests en série auprès de travailleurs dans le quartier de Dongcheng à Pékin après l'annonce du confinement ce 17 juin
Tests en série auprès de travailleurs dans le quartier de Dongcheng à Pékin après l'annonce du confinement ce 17 juin © AFP / XINHUA / Xinhua via AFP

Il y a une logique là-dedans. Logique d’avoir le regard attiré par les événements des dernières heures à Pékin. Pour des tas de raisons.

  1. Il y a cette formule employée par la mairie de la ville : « situation extrêmement grave ». 137 nouvelles infections détectées, à partir du marché au gros de Xinfadi, l’équivalent de Rungis.

  2. Les mesures de confinement sont radicales : fermeture des écoles, retour au télétravail, annulation d’un millier de vols aériens, interdiction des groupes dans les restaurants

  3. On parle de la Chine, le pays d’où tout est parti à la fin de l’année dernière, et qui plus est de sa capitale. Des cas à Pékin, ça parle plus au grand public que des cas au fin fond des campagnes chinoises.

  4. Enfin cet épisode alimente la crainte de tout le monde : une deuxième vague, en l’occurrence après 55 jours sans aucun cas officiel à Pékin. Nos peurs s’y reflètent, on imagine déjà le retour du virus en Europe, à la fin de l’été.

Tout ça aimante le regard vers la Chine.

Par comparaison personne ne prête attention à l’Inde, qui est en retrait des grands enjeux internationaux, et qui concentre beaucoup moins l’intérêt médiatique. On a tort.

Une deuxième vague devenue outil de communication en Chine

Pour tout dire, sur la Chine, cette formule « situation extrêmement grave à Pékin » laisse perplexe. Pourquoi ? Parce que 137 cas en 6 jours pour 21 millions d’habitants, pardon mais ce n’est quand même pas énorme. On a connu pire et de beaucoup.

Alors de deux choses l’une. Soit c’est nettement plus grave que ça, et il y a des milliers de cas dissimulés, par exemple dans les campagnes. C’est possible. Soit l’écho donné par le pouvoir chinois lui-même à cette résurgence du virus, obéit à d’autres objectifs. Lesquels ? Potentiellement deux.

Premièrement : de la communication externe. Un message envoyé au monde : regardez, nous sommes vigilants, réactifs, organisés. Une affirmation de puissance, tout en renvoyant l’ascenseur sur la responsabilité de la maladie, puisque le quotidien China Daily évoque « un virus mutant venant d’Europe ». Deuxième objectif, de la maîtrise interne : le confinement de Pékin, c’est l’occasion de renforcer le contrôle du pouvoir central sur la capitale, d’accroitre encore le rôle de surveillance des comités de quartiers.

Donc ne soyons pas naïfs : il est possible que l’on soit en présence, à Pékin, d’un foyer contrôlé dont la divulgation publique sert d’abord un objectif de propagande.

Une catastrophe en cours en Inde

L'Inde, c'est un miroir inversé de la Chine, c'est l’affaire dont personne ne parle mais qui est beaucoup plus grave.

Les chiffres sont catastrophiques. 11.000 nouveaux cas par jour ! 500 fois plus qu’à Pékin. 2000 morts lors de la seule journée d’hier. Un doublement du nombre de victimes en moins de 10 jours. 350.000 personnes contaminées. Au rythme actuel, il y aura 200.000 morts d’ici la fin juillet, pic prévisible de l’épidémie là-bas. Et encore on ne parle là que des chiffres officiels. En plus, ce n’est que la « première vague ».

Sur le terrain, ça veut dire quoi ? Des hôpitaux débordés à Mumbaï et New Delhi, où le manque de lits de réanimation est criant. Et des campagnes de plus en plus touchées, dans les provinces de Bihar ou de l’Uttar Pradesh.

Pour ne rien arranger, les pluies de la mousson arrivent, avec leurs cortèges de maladies, la dengue, le paludisme, dont les symptômes sont proches du coronavirus.  Enfin,l’organisation politique est confuse : confinement précipité, puis déconfinement désorganisé, puis « reconfinement » dans certaines régions, sur fond de conflit entre le pouvoir nationaliste central et plusieurs dirigeants locaux.

Alors oui, il faut peut-être regarder la santé en Inde avant de faire le jeu de la comm’ en Chine.

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