Le HCR, le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU publie son rapport annuel sur les mouvements de population dans le monde. Les chiffres sont saisissants. Et on serait bien inspiré de ne pas oublier cette question des réfugiés et des migrants que l’épidémie a reléguée au second plan. C’est le "monde d'après".

Des réfugiés vénézueliens à Cucuta à Colombie le 17 juin
Des réfugiés vénézueliens à Cucuta à Colombie le 17 juin © AFP / Schneyder MENDOZA / AFP

Le titre du rapport est austère : Tendances globales sur les personnes déplacées en 2019. Mais le contenu, 84 pages, est édifiant. Une mine d’or d’informations. Quatre constats sautent aux yeux.

  1. Les réfugiés et déplacés n’ont jamais été aussi nombreux. Près de 80 millions dans le monde, plus que la population française. Un record historique, le double d’il y a 10 ans. C’est la conséquence de conflits qui n’en finissent plus, en Syrie, en Afghanistan, en Birmanie.

  2. Ces réfugiés sont souvent des enfants : plus de 30 millions, 40% du total.

  3. Les réfugiés ne sont pas là où vous le croyez. Pour plus de la moitié, ils sont déplacés dans leur propre pays. Et pour 85% d’entre eux, ils sont ensuite réfugiés dans les pays voisins, souvent des pays pauvres, en voie de développement. Ou des pays qui font office de sas, la Turquie, la Colombie, le Pakistan. A l’inverse, ils ne sont pas dans les pays riches, à une exception près : l’Allemagne.

  4. L’an dernier, il n’y a eu que 385.000 retours au pays. Un nombre sans cesse en diminution. Autrement dit 99,5% des réfugiés ne rentrent pas chez eux. Conclusion simple : il faut changer de logiciel. Et partir du principe qu’ils vont vivre là où ils sont aujourd’hui.

Les premières victimes de la dégringolade économique post Covid

Dans ce paysage, l'épidémie a un double impact.

Le premier a été immédiat : les mouvements de population ont nettement ralenti, voire se sont arrêtés net. Conséquence directe des fermetures de frontière en série partout dans le monde. Un exemple : seulement 23.000 arrivées sur le sol européen, en Espagne, en Italie, en Grèce, via la Méditerranée, depuis le 1er janvier. C’est très peu. Mais c’est un ralentissement provisoire et illusoire.

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Deuxième impact, c’est maintenant : les réfugiés sont les premières victimes des conséquences de l’épidémie. Je ne parle pas tant du sujet sanitaire, même si dans certains camps de réfugiés, le virus peut faire des ravages. Je parle surtout des conséquences sociales. Dans le grand plongeon économique en cours, les réfugiés perdent toutes leurs ressources ; par exemple les Syriens au Liban.

Conséquence suivante : les transferts d’argent effectués vers les familles restées au pays sont en chute libre. Moins 20% selon la Banque Mondiale. Et dans certains pays, ces sommes peuvent représenter jusqu’à 10% de la richesse nationale. Par effet en chaine, la pauvreté s’accroit donc partout.

La politique de l'autruche face aux cocottes minutes à nos portes

Nous sommes donc en présence de bombes à retardement. Ce sujet des réfugiés va revenir. C’est imparable.

Pour l’instant, on fait le choix, en Europe en tous cas, de ne pas le regarder. On a d’autres soucis. Et du coup, le nouveau « pacte migratoire » qui faisait partie des grands projets de la nouvelle commission européenne, est repoussé aux calendes grecques. Même l’Allemagne, qui prend la présidence de l’Union dans deux semaines et qui est pro-active sur le sujet, ne semble pas décidée à relancer les débats. Vu l’ampleur des désaccords au sein de l’Union.

Seulement voilà, pendant qu’on regarde ailleurs, le niveau monte dans les cocottes minutes. Surtout dans ces pays de transit pour les réfugiés, ces pays à nos portes, la Turquie, l’Egypte, la Jordanie, la Libye qui en plus est en guerre. La dégradation économique peut être telle dans tous ces pays, sur l’emploi ou le commerce, que de nouveaux mouvements de population semblent inévitables.  On voit déjà par exemple des tensions apparaître à la frontière gréco-turque.

Plus on attendra, plus le sujet va devenir compliqué, entre la gestion des anciens réfugiés déjà présents et l’accueil des nouveaux qui vont chercher à venir. Pas simple. Mais la politique de l’autruche n’est pas la meilleure.

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