L’OMS, l’Organisation mondiale de la santé tient donc son assemblée annuelle aujourd’hui et demain. Ce serait la bonne occasion d’y réintégrer Taïwan, auteur d’un sans-faute face au coronavirus. Mais ça n’est pas parti pour : il ne faut pas se fâcher avec Pékin. C’est le « monde d’après ».

Les ministres taïwanais de la santé et des affaires étrangères lors du point presse quotidien sur la maladie du 18 mai
Les ministres taïwanais de la santé et des affaires étrangères lors du point presse quotidien sur la maladie du 18 mai © AFP / Handout / Taiwan CDC / AFP

20 sur 20. Ou presque.Taïwan, cette petite île de 24 millions d’habitants qui défie la Chine communiste depuis 70 ans, est l’élève parfait dans la lutte contre l’épidémie. Le dernier bilan s’y élève à seulement 440 personnes contaminées et 6 morts alors que les côtes chinoises se situent à quelques encâblures.

Taïwan a tout juste sur la gestion de la crise, depuis le début:

  • Réactivité ultra rapide, en grande partie en raison de sa méfiance vis-à-vis de Pékin : demande d’explication dès le 31 décembre, fermeture complète le 4 février.
  • Organisation : production immédiate de masques en très grande quantité (10 millions par jour), prise de température dans les aéroports, traçage des malades.
  • Enfin transparence, avec une conférence de presse quotidienne des autorités de santé publique.

Du coup, la vie normale a pu se poursuivre. Le bon sens serait donc que la communauté internationale toute entière profite de l’expérience de Taïwan. Et que l’île soit réintégrée à l’OMS, au moins en tant qu’observateur lors de l’Assemblée générale annuelle qui a débuté ce midi. Il en va de l’intérêt général de la santé publique mondiale.

Une rivalité inadmissible pour Pékin

Mais le bon sens se heurte à un refus catégorique de Pékin et c’est pourquoi, cet après-midi, dès l’ouverture des travaux, l’OMS a reporté la discussion sur Taïwan à une date ultérieure. Pour Pékin, c’est simple : Taïwan n’a pas le droit d’exister. Ou plutôt si : c’est une simple province chinoise, un ilot de sécessionnistes qui doit être réintégré immédiatement dans le territoire de la Chine communiste.

Et ces dernières années, la pression de Pékin s’est encore accrue. A fortiori depuis que Mme Tsai Ing Wen est à la tête de Taïwan : c’est une championne de l’autonomie de l’île.Au fil des ans, Taïwan a donc été exclu des instances internationales. Et depuis le début de l’épidémie, Pékin a augmenté son intimidation, en renforçant sa présence navale autour de l’île. Le pouvoir chinois, à quelques jours de l’Assemblée Nationale populaire prévue à la fin de cette semaine, veut faire oublier ses errements au début de l’épidémie. Il ne supporte donc pas cette rivalité à sa porte.

Et comme on ne veut pas se brouiller avec Pékin, aucun pays majeur ne reconnait Taïwan. Aujourd’hui presque personne ne se hasarde à réclamer la réintégration de l’île à l’OMS comme observateur. L’Union Européenne, par exemple, n’a pas sauté le pas.

David Taïwan entre le Goliath chinois et le Goliath américain

Quelqu’un, quand même, a sauté le pas, ce sont les États-Unis, et c’est un soutien de poids pour Taïwan. Mais ce soutien constitue un piège parce que Donald Trump défend Taïwan pour de mauvaises raisons. Ce n’est ni son système de santé, ni son modèle transparent qui l’inspirent : tout ça ne constitue pas sa tasse de thé.

Trump défend Taïwan pour deux raisons qui sont tout autres.

  1. C’est un instrument de sa guerre ouverte avec la Chine, une guerre dont il fait le grand sujet de sa campagne électorale. La bataille commerciale en cours, les bruits de botte en mer de Chine, la controverse sur l’origine du virus, en sont les autres illustrations.
  2. C’est aussi un instrument de son combat contre le multilatéralisme, en l’occurrence un alibi pour couper la contribution américaine à l’OMS. Tout comme il cherche à se désengager de toutes les institutions internationales.

Résultat des courses : Taïwan est une sorte de David pris en étau entre deux Goliath, Pékin et Washington. C’est la coopération internationale sur la santé qui paie la facture.

Plus largement, Taïwan est un révélateur de ce face à face Chine / États-Unis qui est de mauvais augure sur tous les sujets et ne présage rien de bon pour personne. 

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.