Nouveau débat ce soir entre candidats démocrates aux Etats-Unis, pour affronter Trump à l’automne. Avec un nouveau venu : pour la première fois, le milliardaire M Bloomberg va participer au débat. Il est entré tardivement dans la course et il a des casseroles. C'est pour ça qu'il peut gagner. C'est le monde à l'envers.

Michael Bloomberg en meeting la semaine dernière à Nashville dans le Tennessee
Michael Bloomberg en meeting la semaine dernière à Nashville dans le Tennessee © AFP / Brett Carlsen / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Trump le surnomme Mini Mike. Le petit Michael. En référence à sa taille, 1m70. Et bien sûr pour le rabaisser. Il faut bien dire que Michael Bloomberg n’incarne pas, à première vue, une candidature très séduisante.

D’abord, il n’incarne pas franchement le renouvellement : un homme blanc, sexagénaire, 78 ans. Seul Bernie Sanders est plus âgé que lui. C’est la vieille garde.

Ensuite, il a tout d’un opportuniste. Il n’hésite pas à tourner casaque. Au fil des ans, il a d’abord porté les couleurs du parti républicain, puis il est devenu indépendant, et maintenant le voilà candidat à l’investiture du parti démocrate. Sa ligne politique est floue. Et il s’est lancé dans la course de façon peu orthodoxe, en zappant les premières élections primaires et en misant tout sur les sondages.

Ajoutons qu’il a des casseroles. Bloomberg est réputé sexiste, amateur de blagues salaces, et volontiers misogyne. Auteur par exemple de cette formule : « Si les femmes voulaient qu’on apprécie leurs cerveaux, elles fréquenteraient plus les bibliothèques que les grands magasins ». Sans commentaire. Lorsqu’il était maire de New-York, il avait également mis en place une politique de contrôle au faciès très décriée dans la communauté hispanique. Enfin, l’homme n’est pas d’un contact très chaleureux.

En fait, Bloomberg est surtout plein aux as : 9ème fortune mondiale, 55 milliards de dollars. 17 fois la fortune de Trump ! Et il vient en quelques jours de dépenser 400 millions en publicité électorale.  Autant dire qu’il cherche à « acheter l’élection ». N’en jetez plus !

La 9ème fortune du monde

Et pourtant il peut gagner, pour des tas de raisons.

La première c’est que les Etats-Unis ne sont pas la France. Tous les défauts qu’on vient d’égrener n’en sont pas vraiment aujourd’hui de l’autre côté de l’Atlantique. C’est un homme blanc et âgé, oui mais c’est le cas de tous les candidats les mieux placés pour l’instant. Il est sexiste, mais Trump l’est aussi. Il est richissime, mais aux Etats-Unis, c’est d’abord une qualité, la preuve qu’on a réussi. En plus dans le cas de Bloomberg, ce n’est pas de la richesse par héritage, comme Trump.

Ce qui nous conduit à la deuxième raison : l’argent est le cœur du réacteur politique américain. Face à un électorat souvent peu politisé, la notoriété grâce à la pub joue un rôle central. En l’occurrence, Bloomberg a une stratégie : il met le paquet sur la comm’ dans les 16 Etats du Super Mardi du 3 mars où une grande partie de la primaire va se jouer, notamment en Californie et au Texas.

Enfin, troisième raison, il peut incarner une sorte de PPCM comme on dit en maths, le plus petit commun multiple, au sein d’un parti démocrate très divisé :

Le classement annuel 2019 des milliardaires dans le monde, par le magazine Forbes
Le classement annuel 2019 des milliardaires dans le monde, par le magazine Forbes / Capture d'écran
  • Une ligne modérée, sur laquelle ni Joe Biden ni Pete Buttigieg n’arrivent à se détacher. 
  • Un programme centré sur deux sujets consensuels chez les démocrates : la question climatique et le contrôle des armes à feu, les deux sujets de prédilection de Bloomberg.
  • Et surtout une capacité à battre Trump sur son propre terrain. Et ce sera sans doute la motivation principale des électeurs démocrates.

Depuis quelques jours, tous ses adversaires, y compris Trump, se mettent à le dégommer. C’est la preuve que Bloomberg est désormais pris au sérieux. 

Une démocratie en piteux état

Tout ça n’est pas très rassurant sur l’état de la démocratie américaine mais le fait qu’elle n’est pas très rassurante, la démocratie américaine. Il n’y a plus que les Etats-Unis pour croire posséder la plus grande démocratie au monde.

Dressons un petit inventaire :

  • Tripatouillage dans le découpage des circonscriptions électorales, ce qu’on appelle aux Etats-Unis le gerrymandering.
  • Modification des règles de participation aux débats télévisés en cours de campagne : c’est le cas ce soir, pour permettre à Bloomberg d’en être.
  • Absence de plafonnement des dépenses de candidats, qui favorise mécaniquement les grandes fortunes ou ceux qui sont soutenus par des grandes fortunes. Les riches avant le peuple.
  • Enfin bugs à répétition dans les décomptes de voix. Il y a quelques jours lors de la primaire dans l’Iowa, et ça pourrait se reproduire en fin de semaine dans le Nevada. Et on n’a pas oublié  les recomptages en Floride lors des scrutins présidentiels passés. 

Dans de nombreux pays, ça conduirait à une annulation pure et simple du scrutin. Par exemple ça a été le cas il y a quelques jours dans le petit Malawi en Afrique.

Les Etats-Unis en sont rendus là. Et c’est pour ça qu’un règlement de comptes entre milliardaires, qu’un duel Trump Bloomberg est tout à fait concevable à l’automne prochain.

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