Le Chili vient de renouer ce lundi 18 mai avec les manifestations de rue, suspendues depuis le début de l’épidémie. C'est un révélateur : la colère sociale est en train de réapparaître et pourrait s’amplifier. C’est le « monde d’après ».

Les émeutes du 18 mai dans le quartier populaire El Bosque à Santiago du Chili
Les émeutes du 18 mai dans le quartier populaire El Bosque à Santiago du Chili © AFP / Pablo Rojas / AFP

Attention, la rue se réveille, et ce n’est peut-être que le début.

Hier soir, à Santiago, les émeutes ont commencé dans le quartier pauvre d’El Bosque avant de se propager à d’autres zones de la capitale chilienne et de se s’achever en concert de casseroles dans le centre-ville. Les barricades et les tirs de gaz lacrymogène, qu’on n’entendait plus depuis deux mois, sont de retour.

Et un mot résume la colère, un mot projeté en lettres lumineuses sur l’un des plus grands immeubles de la ville : Hambre. La faim. Les plus pauvres des Chiliens n’ont plus rien à manger. Plus d’activité économique, plus de revenus, plus de nourriture.

La colère revient aussi juste à côté, en Bolivie, où les partisans de l’ancien président Morales, contraint à l’exil avant la crise, bloquent les routes. Là encore, ce sont les plus démunis qui manifestent. Même chose en Colombie, où les habitants qui n’ont plus de ressource, attachent des chiffons rouges à leurs fenêtres pour appeler à l’aide. Et depuis début mai, on voit la colère monter à nouveau également au Liban, où les manifestations ont repris. Ou bien à Hong Kong, où rien n’est réglé.

Le creusement des inégalités 

En fait ce qui était là avant l’épidémie, est toujours là, mais en pire. 

La lutte contre le virus a d’abord mis entre parenthèses les manifestations : mesures barrières oblige, rassemblements impossibles. Et ensuite les effets en chaine de l’épidémie creusent encore plus les écarts sociaux à l’origine de la plupart de ces mouvements qui ont secoué la planète l’an dernier. Bien sûr, les inégalités qui étaient là avant, sont encore là, à Santiago au Chili comme à Tripoli au Liban. Mais ça va plus loin : ça se dégrade.

D’une part, le virus se propage encore plus dans les quartiers démunis, en raison de la promiscuité de l’habitat et du manque d’infrastructures de santé. On le constate y compris dans nos sociétés, dans la communauté d’origine pakistanaise en Angleterre ou dans certains quartiers de Seine St Denis ou du Val d’Oise en Ile de France.

D’autre part et surtout, l’arrêt de l’économie touche d’abord les couches sociales défavoriséesqui n’ont aucun bas de laine, aucune réserve pour tenir. Donc très vite, la faim et le désespoir peuvent s’installer : c’est une bombe à retardement. A l’inverse, les classes moyennes et bien sûr supérieures, peuvent s’installer dans le télétravail presque confortablement.

La pandémie est un accélérateur de quasiment toutes les évolutions déjà en cours dans le monde. Et ça va encore plus vite pour les inégalités sociales. Donc il est inévitable que la rue se réveille.

Les politiques face aux cocottes minute

Le plus probable, c’est que ça se détériore encore : les effets de la récession vont se faire sentir de plus en plus dans les mois à venir. Donc après, tout dépend de l’option retenue par les pouvoirs en place.

Option 1 : appelons ça le Canadair. Les gouvernements qui en ont les moyens, s’endettent pour soutenir l’emploi et éviter l’explosion sociale. On arrose massivement pour éteindre le feu. En espérant que ça marche. C’est en gros la stratégie des pays de l’Union Européenne.

Option 2 : appelons ça le couvercle. La répression pour tuer dans l’œuf un redémarrage de la contestation. Arrestations, censures, avec l’alibi de l’état d’urgence imposé par l’épidémie. Stratégie à l’œuvre en Algérie, en Égypte, à Hong Kong. En Inde où le pouvoir nationaliste profite de l’occasion pour chercher à briser la contestation. Mais le sentiment d’injustice est profond et il peut ressurgir.

Enfin option 3 : l’attente. On croise les doigts pour que ça tienne. Mais ça peut exploser en émeutes, émeutes sociales, émeutes de la faim : en Amérique Latine, dans une partie de l’Afrique, et même aux États-Unis, où 36 millions de personnes se retrouvent aujourd’hui sans emploi et sans couverture sociale.

Bref, tout ça ressemble à une collection de cocottes minute.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.