La récession et le chômage partiels sont en plein essor dans tous les pays touchés par l’arrêt de l’économie. Et avec le confinement, les mouvements sociaux qui s’étaient multipliés dans le monde, sont également paralysés. Mais ils peuvent très bien repartir de plus belle après la crise. C'est "le monde d’après".

Les militaires ont succédé aux manifestants dans les rues de Santiago du Chili
Les militaires ont succédé aux manifestants dans les rues de Santiago du Chili © AFP / MARTIN BERNETTI / AFP

On l’a presque oublié. Il y a quelques semaines encore, l’ébullition sociale était omniprésente : en Algérie, au Chili, à Hong Kong, au Liban, en Irak, sans oublier la France et ses gilets jaunes.

A première vue,l’épidémie a terrassé la contestation. Plus rien. Les manifestations qui secouaient Alger depuis plus d’un an ont disparu, le mouvement du Hirak est KO debout. Les rassemblements ont cessé à Santiago du Chili, à Belgrade, à Bagdad, à Beyrouth. Partout. 

L’explication est double. La première est mécanique : impossible de manifester dans la rue par temps de confinement. Les contestataires sont comme tout le monde : ils ne veulent pas propager le virus. Donc dans la plupart des pays concernés, les appels à rester chez soi se sont multipliés, par esprit de responsabilité. Le meilleur exemple, c’est sans doute le Chili, où les manifestants d’hier sont les premiers à réclamer le confinement aujourd’hui. 

Une occasion en or pour les pouvoirs autoritaires

Le deuxième paramètre est totalement politique : les pouvoirs contestés profitent de l’aubaine pour sauver leur matricule. C’est l’occasion parfaite pour renvoyer les manifestants chez eux, au nom des mesures sanitaires d’urgence. Et c’est comme ça que les arrestations d’opposants ont repris en Algérie, que des blogueurs sont arrêtés en Turquie, que l’armée patrouille dans les rues au Chili, que la censure gagne en Serbie, que la Chine arrête des opposants à Hong Kong.

Le Covid, c’est pain bénit pour les régimes autoritaires. Et comme le dit le juriste américain Douglas Rutzen 

« Il est facile de construire des pouvoirs d’urgence, beaucoup plus difficile de les déconstruire ».

Autrement dit, les libertés perdues aujourd’hui ne seront pas faciles à reconquérir. Le virus semble constituer un enterrement de première classe pour les contestations sociales.

Les germes de l'explosion sociale

Mais il faut se méfier des apparences, parce qu’après la crise, les mouvements sociaux pourraient au contraire redoubler d’intensité. Pour trois raisons.

La première est idéologique. Toute cette histoire apporte de l’eau au moulin des critiques de la mondialisation libérale. Ils y voient la démonstration des conséquences néfastes des délocalisations et de la privatisation des systèmes de santé. Il faut donc s’attendre à un renforcement des appels en faveur d’un nouveau contrat social, d’un nouvel État Providence, comme après la crise de 1929.

La deuxième raison, c’est que la dégradation de la situation économique comporte les germes d’une explosion sociale.

Dans les pays pauvres menacés par la famine évidemment : plusieurs pays africains, une partie de l’Inde. En Occident aussi, et là le meilleur exemple ce sont les États-Unis, avec 22 millions de personnes qui se retrouvent au chômage en l’espace d’un mois, sans couverture santé. La controverse sur la privatisation de la santé se retrouve dans de nombreux pays. Exemple là encore au Chili : c’était un sujet central de la contestation avant le virus, ça le sera encore davantage après.

Une mobilisation numérique virtuelle

Enfin la troisième raison c’est que l’absence de manifestations dans les rues ne signifie pas l’absence de coordination de la contestation. On aurait tort de croire un peu vite, que pendant ce « temps suspendu », rien ne se passe.

Les réunions virtuelles par support numérique ne valent pas seulement pour les comités de direction ou les apéros à distance entre amis. Ils valent aussi pour l’expression de la colère, qui recherche de nouvelles formes de connexion sociale.  Reprenons l’exemple du Chili : on a vu apparaître des concerts de casseroles aux fenêtres des appartements confinés pour dénoncer le pouvoir. Ils ne sont pas nés de nulle part.

On se résume : le virus redistribue les cartes. Il peut favoriser une soif d’ordre et d’autorité évidemment. Mais il peut aussi nourrir la contestation d’une organisation politique qui montre ses limites. 

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