Après l’annonce du plan Merkel Macron sur la relance économique européenne, tout dépend désormais des autres capitales. Mais au lieu de se focaliser sur les réactions des Pays-Bas et des pays scandinaves, on ferait mieux de regarder ce que l’Est de l’Europe a à nous dire. C'est "le monde d'après".

En Slovaquie tous les hommes politiques portent des masques: ici le premier ministre Igor Matovic et son prédécesseur Peter Pellegrini
En Slovaquie tous les hommes politiques portent des masques: ici le premier ministre Igor Matovic et son prédécesseur Peter Pellegrini © AFP / VLADIMIR SIMICEK / AFP

La scène se passe le 13 mars, vous vous souvenez, juste avant le confinement. A la télévision slovaque, la présentatrice vedette accueille le premier ministre : elle est munie d’un masque et lui demande de faire la même chose. Il obtempère. Depuis, tout le monde, vraiment tout le monde, porte un masque en Slovaquie

Deux mois plus tard, ce pays de 5 millions d’habitants a, de très loin, le plus faible taux de mortalité dans l’Union Européenne : seulement 28 morts et 1500 personnes contaminées. Ce n’est pas qu’une histoire de masques : la Slovaquie a réagi vite, imposé un confinement strict. Et cette politique a fait l’unanimité avec le soutien de la population.

Plus largement, tout l’Est de l’Europe présente un bilan nettement meilleur que le nôtre : à peine plus de 3000 morts au total, 1000 en Pologne et en Roumanie, quelques centaines en Hongrie, etc. Tous ces pays sont différents, mais ils ont des points communs dans la gestion de la pandémie : réactivité, confinement rapide, port du masques, tests à l’entrée de certains pays comme la République Tchèque. Et réflexe citoyen, sur le mode de l’adhésion volontaire aux mesures de protection. Sans doute en partie en raison d’une confiance modérée dans des systèmes de santé moins performants qu’à l’Ouest.

En tous cas, le résultat est là : malgré une population souvent âgée, l’Est de l’Europe a résisté. Beaucoup mieux que nous.

Un alibi pour légitimer des dérives

Ça légitime les pouvoirs en place dans ces pays, et on peut bien entendu se demande si c'est une bonne nouvelle, vu le populisme qui y règne parfois.

Évidemment que ces pouvoirs sont légitimés par leurs résultats face à la pandémie. Dans certains pays, la Serbie, la Croatie, les gouvernements en place veulent d’ailleurs en profiter : ils prévoient des élections en juin et en juillet.

Évidemment aussi que dans certains de ces pays, l’épidémie a servi d’alibi pour renforcer une dérive autoritaire : état d’urgence et censure en Hongrie, attaques contre les journalistes en Slovénie, atteinte aux droits des femmes en Pologne, discrimination contre les Roms en Slovaquie. Tout cela est vrai. 

Une leçon de civisme et de créativité

Mais d’une part, cette évolution n’est pas homogène. Dans plusieurs pays, la contestation est forte contre ces dérives. C’est le cas à Budapest en Hongrie, c’est le cas en Slovénie, où tous les week-ends désormais les opposants défilent à vélo.

Et surtout, d’autre part, ce n’est pas une raison pour refuser d’admettre que l’Est de l’Europe a réussi à limiter la casse. En faisant preuve de civisme collectif. En faisant preuve aussi de créativité : par exemple la Lituanie a été la première à céder ses places publiques aux cafés afin qu’ils puissent redémarrer, en terrasses, en respectant la distanciation sociale.

Un poids majeur dans l'Europe de demain

Pour toutes ces raisons, il faut cesser de les regarder de haut ! Ces pays font désormais partie de l’Union Européenne autant que nous et que les membres fondateurs.

Et en plus, ils ont beau avoir su maîtriser l’épidémie, ils vont malgré tout, et c’est un peu injuste, en payer les pots cassés. Via le contre-coup économique. Cet été, la Croatie va souffrir vu sa dépendance au tourisme. La Roumanie va également trinquer, vu l’importance de ces usines de construction automobile. Et ainsi de suite.

Au-delà de leurs différences et pour certains de leurs dérives, tous ces pays tiennent à l’Europe. Et ils ne veulent pas retourner dans le giron russe. Qui plus est, maintenant que le Royaume-Uni est sorti de l’Union, le centre de gravité de l’Europe s’est de fait déplacé vers l’Est.

Il serait donc sage d’écouter ce que ces pays ont à nous dire : sur leur façon de protéger leur population, sur les plans de relance écologique ou sur les futurs mécanismes de solidarité au sein de l’Union. Le plan franco-allemand présenté avant-hier a peut-être besoin du soutien des Pays-Bas et du Danemark, mais il a aussi besoin du soutien de la Pologne ou de la République Tchèque. 

Tous ces pays de l’Est de l’Europe, par leur gestion de l’épidémie, viennent de nous montrer qu’il est temps de leur faire davantage confiance.

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