De plus en plus de voix se demandent si la démocratie américaine n’est pas menacée, vu la controverse soulevée par Trump sur la succession de la magistrate décédée et vu les récentes tensions raciales. Mais il y a des garde-fous: la démocratie en Amérique a les moyens de résister. C'est le "monde d'après".

Plusieurs rassemblements spontanés ont eu lieu devant la Cour Suprême pour rendre hommage à la juge progressiste Ruth Bader Ginsburg qui vient de décéder
Plusieurs rassemblements spontanés ont eu lieu devant la Cour Suprême pour rendre hommage à la juge progressiste Ruth Bader Ginsburg qui vient de décéder © AFP / ALEX EDELMAN / AFP

Je vous rassure, je n’ai pas viré naïf. J’ai des yeux pour voir comme tout le monde : évidemment qu’il y a des raisons d’être inquiet.

Cette marche forcée engagée par Donald Trump pour nommer un successeur conservateur à Ruth Bader Ginsburg démontre à quel point le président américain se moque de la morale. Jamais juge à la Cour Suprême n’a été nommé à 6 semaines d’un scrutin présidentiel. Il s’agit bien d’ancrer la plus haute instance judiciaire dans un camp. Avec peut-être même des arrière-pensées en cas de contentieux électoral lors du scrutin de début novembre.

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Et cet épisode n’est que le dernier rebondissement d’un processus général en cours : la polarisation à l’extrême d’un pays coupé en deux. Où la violence de certaines milices et de certains groupuscules peut faire basculer le pays dans la guerre civile dès le 4 novembre, si désaccord il y a sur le résultat du vote.

Cet épisode de la Cour Suprême agit également comme un révélateur sur une certaine immaturité démocratique américaine. Étrange tout de même, ce système où des juges sont nommés à vie, où les présidents ont la haute main sur la désignation des magistrats, et où les deux grands partis maitrisent une bonne part de l’organisation du processus électoral (emplacement des bureaux de vote, édition des bulletins, etc). Tout ça ne sent pas la transparence..

Donc vous mélangez tout ça, et oui il y a de quoi s’inquiéter, c’est certain.

L'indépendance des juges

C’est donc désormais très tendance de crier à la menace de disparition de la démocratie américaine. Mais il y a quand même des garde-fous. Commençons par la Cour Suprême elle-même. Ne sous-estimons pas l’esprit d’indépendance de ce pilier institutionnel des États-Unis. L’histoire récente nous le démontre. 

Rappelons que la Cour, avant même cet épisode de la succession de Ruth Bader Ginsburg, a déjà basculé dans le camp conservateur : 5 juges contre 4. Après deux nominations effectuées par Trump : celles de Neil Gorsuch puis de Brett Kavanaugh. Et bien cela n’a pas empêché la Cour de rendre, ces derniers mois, plusieurs décisions phares qui donnent raison au camp progressiste.

Elle a successivement choisi :

Dans le cas de ce dernier jugement, deux juges conservateurs ont appuyé la décision, dont Neil Gorsuch, l’un de ceux nommés par Trump, qui a même rédigé les conclusions. Ça a mis Trump hors de lui.

Alors il ne s’agit pas de sous-estimer combien la nomination d’un nouveau magistrat ultra-conservateur pourrait avoir un impact sur les enjeux de société. Mais le fait est que les juges, une fois nommés à la Cour Suprême, ont une haute idée de leur fonction : protéger les institutions. Y compris contre les pressions politiciennes.

L'armée comme un garant

Évidemment les juges n’y suffiront pas pour protéger les institutions. Mais ils ne sont pas les seuls.

Rappelons-nous de cet autre épisode, juste avant l’été, lorsque Donald Trump, après la mort de George Floyd à Minneapolis, a voulu instrumentaliser la Bible et en appeler à l’intervention de l’armée dans les rues. Il y a eu une levée de boucliers.

Du côté de l’armée, tous les chefs d’État major, présents et passés, ont signifié très fermement que l’armée n’est pas là pour tirer dans la foule. Et que les soldats respectent les institutions.Ce n’est pas un détail : l’armée est un corps très respecté aux États-Unis et elle n’est pas insurrectionnelle.

Du côté de la religion, plusieurs Églises, catholiques, baptistes, épiscopaliens, ont dénoncé l’attitude de Trump, aux « antipodes des positions de Jésus ». Et face à ce double revers, le président américain a dû modérer ses ardeurs.

Nous en sommes là. La démocratie américaine est-elle menacée ? Oui sans doute. Mais elle l’est d’abord par ceux, dirigeants politiques, Trump en tête, qui devraient l’incarner.

Ses défenseurs, ses garants, aujourd’hui, s’appellent davantage la justice, l’armée, voire certaines Églises. Étonnant paradoxe. 

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