Le Conseil Européen se réunit ce jeudi 23 avril. Pour valider des mesures d’urgence et envisager un plan de relance économique. C’est une croisée des chemins, rien de moins que l’avenir de l’Europe qui se joue demain. Une sorte de « tout ou rien », de « quitte ou double ». C’est le "monde d'après".

Un gigantesque drapeau européen déployé ce 22 avril devant l'ambassade d'Italie à Berlin
Un gigantesque drapeau européen déployé ce 22 avril devant l'ambassade d'Italie à Berlin © AFP / BERND VON JUTRCZENKA / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

Examinons les deux hypothèses. D’abord, le rien, le « quitte », le « fermez le ban ». L’Europe en panne. 

C’est comme ça que l’histoire a commencé. Rappelons les premiers jours de crise : retard au démarrage, absence de solidarité avec l’Italie, cacophonie dans la coordination du confinement, guerre des masques, et j’en passe. En profitant de l’absence de réel pouvoir européen en matière de santé, les États-nations ont repris leur autonomie : chaque pays dans son coin, avec ses mesures, ses frontières. Et ses poussées de nationalisme et de xénophobie.

Fractures Est-Ouest et Nord-Sud

Pour ne rien arranger, les lignes de fracture habituelles au sein de l’Europe se sont accentuées. D’une part la fracture Nord Sud : d’un côté les fourmis économes et frugales (l’Allemagne, les Pays-Bas), de l’autre les cigales endettées (l’Italie en tête). Et peu de solidarité des premières vis-à-vis des secondes. D’autre part la fracture Est Ouest avec, à l’Est, des régimes illibéraux comme la Hongrie, qui profite de la crise pour attaquer un peu plus l’Etat de droit.

Résultat des courses : un euroscepticisme en plein essor, en particulier en Italie, pourtant membre fondateur de l’Union. Continuer sur ce chemin peut conduire à l’implosion pure et simple du projet européen. C’est une option.

Un besoin d'audace financière

L’autre chemin du « Quitte ou Double », c’est donc « Double », plus d’Europe ! C’est la deuxième hypothèse. Et en fait le contexte est porteur. Ça peut paraitre paradoxal de dire ça, mais regardons bien : les États-Unis sont aux abonnés absents, la Chine est efficace mais son leadership moral est faible. Il y a donc une place à prendre, l’Europe a une carte à jouer : séduire en combinant efficacité et démocratie.

Pour emprunter ce chemin-là, il faut d’abord faire preuve lors du sommet de demain d’audace financière. Créer de nouveaux instruments, sans précédent, pour relancer l’économie, avec, par exemple, un emprunt gigantesque effectué par l’Union Européenne elle-même. 1000 voire 1500 milliards d’euros. Le choix d’une dette perpétuelle sur fond d’intérêts très bas. Le choix d’une taxation des géants du numérique, ou d’une taxation écologique. Pour aider directement les plus touchés : les PME par exemple, dans le tourisme ou l’hôtellerie, en Italie, en Espagne, en France.

L'occasion pour une Europe sociale

Si elle choisit ce chemin, l’Europe doit aussi changer de nature. Ne plus être uniquement une entité monétaire mais devenir une puissance protectrice concrète pour les Européens. En se mêlant de sujets précis : 

  • Coordonner la santé : la recherche sur les vaccins, la production de tests et de masques ; 
  • Aider les chômeurs en devenant une Europe sociale, le vieux rêve de Jacques Delors ; 
  • Protéger nos fleurons industriels des appétits étrangers dans les secteurs clés : la sécurité alimentaire, les finances, les transports, l’eau, l’intelligence artificielle.

Dans cette hypothèse, la commission européenne doit s’affranchir, s’imposer, prendre le "lead" sur les gouvernements nationaux.

Monter en puissance ou mourir

Évidemment le plus probable, c’est un entre deux, ni quitte ni double: ce serait la logique habituelle de l’Union Européenne. Des discussions de bouts de gras entre chefs d’État et de gouvernements à n’en plus finir. Chacun défendant son petit intérêt particulier. Avec au bout de la nuit, un compromis illisible pour les populations européennes. Des demi-mesures de solidarité, des demi-plans de relance.

Seulement voilà, dans ce contexte de crise économique énorme qui s’annonce, le milieu du gué peut être synonyme de la première hypothèse : l’implosion. Fermez le ban.

L’ancien président du conseil italien Enrico Letta, une figure de l’Europe, nous le disait cet après-midi : « On dit toujours que les sommets européens sont cruciaux. Celui de demain l’est vraiment. C’est le moment pour l’Europe de s’affirmer comme une puissance stratégique. Ou bien de risquer de mourir ».

C’est tout l’un ou tout l’autre.

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