Il y a débat en France sur le fait de savoir si le "déconfinement" doit s’opérer de la même manière selon les régions. Et on retrouve ce débat dans plusieurs pays. On peut en effet se demander si l’échelon des gouvernements nationaux est vraiment le bon dans la lutte contre le virus. C’est le « monde d’après ».

Le gouverneur de Californie Gavin Newsom, ici devant le navire hôpital USNS Mercy dans le port de Los Angeles, défie Donald Trump dans la gestion du virus
Le gouverneur de Californie Gavin Newsom, ici devant le navire hôpital USNS Mercy dans le port de Los Angeles, défie Donald Trump dans la gestion du virus © AFP / Carolyn Cole / POOL / AFP

Ah, l’État central ! En France, c’est presque une religion. Et en fait, presque partout dans le monde, l’énorme bouleversement en cours semble donner raison aux partisans des États-nations.

On l’a souligné ici à plusieurs reprises : la crise a favorisé le retour au premier plan des gouvernements nationaux. Par réflexe, les populations se sont tournées vers le référent le plus familier de l’Histoire moderne : l’État, a fortiori dans un pays comme la France. On lui demande de tout faire : donner les moyens de vivre et de survivre, confiner, dé confiner. Pour mieux ensuite pouvoir le critiquer.

Et les gouvernements nationaux, à l’échelon de chaque pays, ne se sont pas fait prier. Ils ont pris des décisions, le plus souvent en s’arrogeant des pouvoirs d’exception, parfois même en récupérant des prérogatives dévolues précédemment aux régions, comme en Espagne. Le tout sans trop se concerter avec les gouvernements des nations voisines.

On voit le résultat : fermetures automatiques des frontières, foire d’empoigne sur les masques, comparaisons morbides entre taux de mortalité par pays, et parfois dérives xénophobes. C’est donc le grand retour du politique dans sa forme nationale, voire nationaliste. Et pas pour le meilleur.

Les Länder clés de la solution en Allemagne

Or il existe deux autres échelles, deux autres échelons possibles de pouvoir: soit plus petit, soit plus grand.

Commençons par le plus petit : les régions, voire les municipalités. Pour combattre le virus, c’est à plusieurs égards, le bon niveau. Puisqu’à chaque fois, au départ, les foyers de contamination sont très localisés : Wuhan, Bergame, Mulhouse, New-York. Il s’agit alors de boucler au plus près, au plus serré. Pouvoir local.

Confier des pouvoirs aux régions ou aux villes, c’est aussi le meilleur moyen de les responsabiliser. Et c’est l’une des raisons qui expliquent la capacité de l’Allemagne à faire face : les Länder, les régions, assument leurs responsabilités.

Pas surprenant, dans ce contexte, de voir ressurgir des tensions entre État central et pouvoirs locaux, dans plusieurs pays.

  • Aux États-Unis, Trump critique les gouverneurs qui veulent maintenir le confinement et qui défient son autorité, à l’image du californien Newsom.
  • En Espagne, plusieurs régions grondent contre la centralisation soudaine de la politique de santé.
  • En Italie, la tension a été forte entre le pouvoir central et la Lombardie. 

En France, des collectivités locales demandent à gérer elles-mêmes leurs approvisionnements de masques. Et on comprend que les régions moins touchées puissent souhaiter plus de liberté de mouvement. C’est le retour de la vieille querelle post 1789 entre les Jacobins centralisateurs et les Girondins.

La nécessaire coopération internationale

Ça c’est pour le plus petit, et il y a donc aussi l’échelon plus grand: c’est la coopération internationale.

Et ça, c’est comme pour le climat, c’est l’échelon cohérent pour coordonner les grandes décisions : collaborer dans la recherche du vaccin, s’entendre sur la gestion des tests, aider les pays plus pauvres pour éviter une flambée épidémique.

C’est aussi le seul échelon efficace pour adopter un vrai plan de relance économique. C’est tout l’enjeu du sommet européen en cours. Chaque État Nation n’a pas la taille critique pour emprunter les sommes colossales nécessaires pour éviter le naufrage. Et pour protéger les populations du chômage de masse.

On voit donc bien le paradoxe : jusqu’à présent la crise renforce les États-Nations et les gouvernements nationaux. Mais hormis dans les dictatures, ils ne sont peut-être pas l’échelon de pouvoir le plus efficace face à l’ennemi d’aujourd’hui. On a tout autant, si ce n’est davantage, besoin de pouvoirs locaux d’un côté et de coordination internationale de l’autre.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.